26 décembre 1895.

Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice au-dessus de nos

forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute

l'amertume du calice qu'il présente à notre âme. Lorsqu'il demande le

sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à

moins d'une grâce toute particulière, de ne pas s'écrier comme lui au

jardin de l'Agonie: «_Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi_...» Mais

empressons-nous d'ajouter aussi: «_Que votre volonté soit faite et non

la mienne._»[258] Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin

Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu'il a tremblé à la vue du calice

amer, ce calice qu'il avait autrefois si ardemment désiré.

Monsieur l'Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur

vous l'a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe

qu'il vous présente. Un saint l'a dit: «_Le plus grand honneur que Dieu

puisse faire à une âme, ce n'est pas de lui donner beaucoup, c'est de

lui demander beaucoup._» Jésus vous traite en privilégié; il veut que,

déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous

sauviez des âmes. N'est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a

racheté le monde? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre

vie pour lui; mais le martyre du cœur n'est pas moins fécond que

l'effusion du sang; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J'ai

donc bien raison de dire que votre part est belle, qu'elle est digne

d'un apôtre du Christ.

Lettre IIe.

1896.

Travaillons ensemble au salut des âmes; nous n'avons que l'unique jour

de cette vie pour les sauver, et donner ainsi au Seigneur des preuves de

notre amour. Le lendemain de ce jour sera l'éternité; alors Jésus vous

rendra au centuple les joies si douces que vous lui sacrifiez. Il

connaît l'étendue de votre immolation, il sait que la souffrance de ceux

qui vous sont chers augmente encore la vôtre; mais Lui-même a souffert

ce martyre pour sauver nos âmes. Il a quitté sa Mère, il a vu la Vierge

Immaculée debout au pied de la Croix, le cœur transpercé d'un glaive

de douleur; aussi j'espère que notre divin Sauveur consolera votre bonne

mère, et je le lui demande instamment.

Ah! si le divin Maître laissait entrevoir à ceux que vous allez quitter

pour son amour la gloire qu'il vous réserve, la multitude d'âmes qui

formeront votre cortège au Ciel, ils seraient déjà récompensés du grand

sacrifice que votre éloignement va leur causer.

Lettre IIIe.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 121 / 403 题