Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice au-dessus de nos
forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute
l'amertume du calice qu'il présente à notre âme. Lorsqu'il demande le
sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à
moins d'une grâce toute particulière, de ne pas s'écrier comme lui au
jardin de l'Agonie: «_Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi_...» Mais
empressons-nous d'ajouter aussi: «_Que votre volonté soit faite et non
la mienne._»[258] Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin
Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu'il a tremblé à la vue du calice
amer, ce calice qu'il avait autrefois si ardemment désiré.
Monsieur l'Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur
vous l'a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe
qu'il vous présente. Un saint l'a dit: «_Le plus grand honneur que Dieu
puisse faire à une âme, ce n'est pas de lui donner beaucoup, c'est de
lui demander beaucoup._» Jésus vous traite en privilégié; il veut que,
déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous
sauviez des âmes. N'est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a
racheté le monde? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre
vie pour lui; mais le martyre du cœur n'est pas moins fécond que
l'effusion du sang; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J'ai
donc bien raison de dire que votre part est belle, qu'elle est digne
d'un apôtre du Christ.
Lettre IIe.
1896.
Travaillons ensemble au salut des âmes; nous n'avons que l'unique jour
de cette vie pour les sauver, et donner ainsi au Seigneur des preuves de
notre amour. Le lendemain de ce jour sera l'éternité; alors Jésus vous
rendra au centuple les joies si douces que vous lui sacrifiez. Il
connaît l'étendue de votre immolation, il sait que la souffrance de ceux
qui vous sont chers augmente encore la vôtre; mais Lui-même a souffert
ce martyre pour sauver nos âmes. Il a quitté sa Mère, il a vu la Vierge
Immaculée debout au pied de la Croix, le cœur transpercé d'un glaive
de douleur; aussi j'espère que notre divin Sauveur consolera votre bonne
mère, et je le lui demande instamment.
Ah! si le divin Maître laissait entrevoir à ceux que vous allez quitter
pour son amour la gloire qu'il vous réserve, la multitude d'âmes qui
formeront votre cortège au Ciel, ils seraient déjà récompensés du grand
sacrifice que votre éloignement va leur causer.
Lettre IIIe.