Tout à l'heure votre enfant a versé de douces larmes; des larmes de
repentir, mais plus encore de reconnaissance et d'amour. Aujourd'hui je
vous ai montré ma vertu, mes trésors de patience! Et moi qui prêche si
bien les autres! Je suis contente que vous ayez vu mon imperfection.
Vous ne m'avez pas grondée... cependant je le méritais; mais en toute
circonstance, votre douceur m'en dit plus long que des paroles sévères;
vous êtes pour moi l'image de la divine miséricorde.
Oui, mais Sœur ***, au contraire, est ordinairement l'image de la
sévérité du bon Dieu. Eh bien, je viens de la rencontrer. Au lieu de
passer froidement près de moi, elle m'a embrassée en médisant: «Pauvre
petite sœur, vous m'avez fait pitié! Je ne veux pas vous fatiguer,
laissez l'ouvrage que je vous ai demandé, j'ai eu tort.»
Moi qui sentais dans mon cœur la contrition parfaite, je fus bien
surprise de ne recevoir aucun reproche. Je sais bien qu'au fond elle
doit me trouver imparfaite; c'est parce qu'elle croit à ma mort
prochaine qu'elle m'a ainsi parlé. Mais n'importe, je n'ai entendu que
des paroles douces et tendres sortir de sa bouche; alors je l'ai trouvée
bien bonne, et moi je me suis trouvée bien méchante!
En rentrant dans notre cellule, je me demandais ce que Jésus pensait de
moi. Aussitôt, je me suis rappelé ce qu'il dit un jour à la femme
adultère: «Quelqu'un t'a-t-il condamnée[244]?» Et moi, les larmes aux
yeux, je lui ai répondu: «Personne, Seigneur... ni ma petite Mère, image
de votre tendresse, ni ma Sœur ***, image de votre justice; et je
sens bien que je puis aller en paix, car vous ne me condamnerez pas non
plus!»
O ma Mère bien-aimée, je vous l'avoue, je suis bien plus heureuse
d'avoir été imparfaite que si, soutenue par la grâce, j'avais été un
modèle de patience. Cela me fait tant de bien de voir que Jésus est
toujours aussi doux, aussi tendre pour moi. Vraiment, il y a de quoi
mourir de reconnaissance et d'amour.
Ma petite Mère, vous comprendrez que, ce soir, le vase de la miséricorde
divine a débordé pour votre enfant. _Ah! dès à présent, je le reconnais:
oui, toutes mes espérances seront comblées... oui, le Seigneur fera pour
moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs_...
Lettres à Sœur Marie du Sacré-Cœur.
Lettre Ire.