Je viens te faire part des désirs de Jésus sur ton âme. Rappelle-toi
qu'il n'a pas dit: Je suis la fleur des jardins, la rose cultivée, mais:
«_Je suis la Fleur des champs et le Lis des vallées._»[214] Eh bien, tu
dois rester toujours _une goutte de rosée_ cachée dans la divine corolle
du beau Lis des vallées.
Une goutte de rosée, qu'y a-t-il de plus simple et de plus pur? Ce ne
sont pas les nuages qui l'ont formée, elle naît sous le ciel étoilé. La
rosée n'existe que la nuit; quand le soleil darde ses chauds rayons, les
charmantes perles qui scintillent à l'extrémité des brins d'herbe se
changent bientôt en vapeur légère. Voilà le portrait de ma petite
Céline... Céline est une goutte de rosée descendue du beau ciel, sa
patrie. Pendant la nuit de cette vie, elle doit se cacher dans le calice
vermeil de _la Fleur des champs_; nul regard ne doit l'y découvrir.
Heureuse petite goutte de rosée, connue de Dieu seul, ne t'arrête pas à
considérer le cours retentissant des neuves de ce monde, n'envie même
pas le clair ruisseau qui serpente dans la prairie. Sans doute son
murmure est bien doux, mais les créatures peuvent l'entendre, et puis le
calice de _la Fleur des champs_ ne saurait le contenir. Pour approcher
de Jésus, il faut être si petit! Oh! qu'il y a peu d'âmes qui aspirent à
être petites et inconnues! «Mais, disent-elles, le fleuve et le
ruisseau ne sont-ils pas plus utiles que la goutte de rosée? Que
fait-elle? Nous la jugeons propre à rien, sinon à rafraîchir un instant
la corolle fragile d'une fleur champêtre.»
Ah! vous ne connaissez pas la véritable _Fleur champêtre_! Si vous la
connaissiez, vous comprendriez mieux le reproche de Notre-Seigneur à
Marthe. Le Bien-Aimé n'a besoin ni de nos œuvres éclatantes, ni de
nos belles pensées; s'il veut des conceptions sublimes, n'a-t-il pas ses
Anges, dont la science surpasse infiniment celle des plus grands génies
de ce monde? Ce n'est donc ni l'esprit, ni les talents qu'il vient
chercher ici-bas... Il ne s'est fait _la Fleur des champs_ qu'afin de
nous montrer combien il chérit la simplicité.
_Le Lis de la vallée_ ne demande _qu'une goutte de rosée_, laquelle,
pendant une nuit seulement, restera cachée aux regards humains. Mais
lorsque les ombres commenceront à décliner, que _la Fleur des champs_
sera devenue _le Soleil de Justice_[215], l'humble compagne de son exil
montera jusqu'à lui comme une vapeur d'amour; il arrêtera sur elle un de
ses rayons, et, devant toute la cour céleste, elle brillera
éternellement, comme une perle précieuse, éclatant miroir du Soleil
divin.
Lettre XVe.