Il y a trois ans, nos âmes n'avaient pas encore été brisées, le bonheur
nous souriait ici-bas; mais Jésus nous a regardées, et ce regard s'est
changé pour nous en un océan de larmes, mais aussi en un océan de grâces
et d'amour. Le bon Dieu nous a ravi celui que nous aimions avec une si
grande tendresse; n'est-ce pas afin que nous puissions dire
véritablement: «_Notre Père qui êtes aux cieux_»? Qu'elle est consolante
cette divine parole! Quels horizons elle ouvre à nos yeux!
Ma Céline chérie, toi qui m'adressais tant de questions lorsque tu étais
petite, je me demande comment tu ne m'as jamais fait celle-ci: «Pourquoi
donc le bon Dieu ne m'a-t-il pas créée un ange?» Eh bien, je vais te
répondre quand même:--Le Seigneur veut avoir ici-bas sa cour comme
là-haut, il veut des anges-martyrs, des anges-apôtres; et s'il ne t'a
pas créée un ange du ciel, c'est qu'il te veut un ange de la terre, afin
que tu puisses souffrir pour son amour.
Céline, ma sœur chérie! les ombres bientôt se seront dissipées, aux
durs frimas de l'hiver succéderont les rayonnements du soleil
éternel... bientôt nous serons dans notre terre natale; bientôt les
joies de notre enfance, les soirées du dimanche, les épanchements
intimes nous seront rendus pour toujours!