MA CÉLINE CHÉRIE,

Il y a des moments où je me demande s'il est bien vrai que je suis au

Carmel; parfois, je n'y puis croire! Qu'ai-je donc fait au bon Dieu pour

qu'il me comble de tant de grâces?

Déjà un mois que nous sommes séparées! Mais pourquoi dire séparées?

Quand l'océan serait entre nous, nos âmes resteraient unies. Cependant,

je le sais, tu souffres de ne plus m'avoir, et si je m'écoutais, je

demanderais à Jésus de me donner tes tristesses; mais vois-tu, je ne

m'écoute pas, j'aurais peur d'être égoïste, voulant pour moi la

meilleure part, c'est-à-dire la souffrance.

Tu as raison, la vie est souvent pesante et amère; il est pénible de

commencer une journée de labeur, surtout quand Jésus se cache à notre

amour. Que fait-il ce doux Ami? Il ne voit donc pas notre angoisse, le

poids qui nous oppresse; où est-il? Pourquoi ne vient-il pas nous

consoler?

Céline, ne crains rien, il est là, tout près de nous! Il nous regarde;

c'est lui qui nous mendie cette peine, ces larmes... il en a besoin pour

les âmes, pour notre âme; il veut nous donner une si belle récompense!

Ah! je t'assure qu'il lui en coûte pour nous abreuver d'amertume, mais

il sait que c'est l'unique moyen de nous préparer à _le connaître comme

il se connaît, à devenir des dieux nous-mêmes_! Oh! quelle destinée! Que

notre âme est grande! Elevons-nous au-dessus de ce qui passe,

tenons-nous à distance de la terre; plus haut, l'air est si pur! Jésus

peut se cacher, mais on le devine...

Lettre IIe.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 68 / 403 题