La descendance mâle de Luther s'éteignit en 1759. (Ukert, I, p. 92.)

Il y a dans l'église de Kieritzsch (village saxon), un portrait de la

femme de Luther en plâtre, portant l'inscription suivante: _Catarina

Lutheri gebohrne von Bohrau_, 1540. Ce portrait avait appartenu à

Luther. (Ukert, I, 364.)

[a79] Page 220, ligne 11.—_Cette période d'atonie..._

Il s'indigne à son tour contre les prédicateurs trop véhémens. «Si

N***, écrit-il à Hausmann, ne peut se modérer, je le ferai chasser par

le prince.

»Je vous avais déjà prié, dit-il au même prédicateur, de prêcher

paisiblement la parole de Dieu, en vous abstenant de personnalités et

de tout ce qui peut troubler le peuple sans aucun fruit... Vous parlez

trop froidement du sacrement et restez trop long-temps sans communier.»

(10 février 1528.)

«Il nous est arrivé de Kœnigsberg un prédicateur qui veut faire je

ne sais quelles lois sur les cloches, les cierges, et autres choses

semblables... Il n'est pas bon de prêcher trop souvent, j'apprends que

chaque dimanche on fait trois sermons à Kœnigsberg. Qu'est-il besoin?

deux suffiraient; et pour toute la semaine, ce serait assez de deux ou

trois. Lorsqu'on prêche chaque jour, on monte en chaire sans avoir

médité son sujet, et l'on dit tout ce qui vient à la bouche; s'il ne

vient rien de bon, on dit des platitudes et des injures.—Plaise à

Dieu de modérer les langues et les esprits de nos prédicateurs. Ce

prédicateur de Kœnigsberg est trop véhément, il a toujours des paroles

sombres, tragiques, et des plaintes amères pour les moindres choses.»

(16 juillet 1528.)

«Si je voulais devenir riche, je n'aurais qu'à ne plus prêcher,

je n'aurais qu'à me faire bateleur; je trouverais plus de gens

qui voudraient me voir pour de l'argent, que je n'ai d'auditeurs

aujourd'hui.» (Tischr., p. 186.)

[a80] Page 220, ligne 19.—_Honorons le mariage..._

Le 25 mai 1524, il écrivait déjà à Capiton et Bucer: «J'aime fort ces

mariages que vous faites de prêtres, de moines et de nonnes; j'aime

cet appel des maris contre l'évêque de Satan, j'aime les choix qu'on

a faits pour les paroisses. Que dirai-je, je n'ai rien appris de vous

dont je n'aie une joie extrême. Poursuivez seulement et avancez en

prospérité... Je dirai plus, on a dans ces dernières années, fait assez

de concessions aux faibles. D'ailleurs, puisqu'ils s'endurcissent de

jour en jour, il faut agir et parler en toute liberté. Je vais enfin

songer moi-même à rejeter le froc, que j'ai gardé jusqu'à présent pour

le soutien des faibles et en dérision du pape.» (25 mai 1524.)

[a81] Page 222, ligne 6.—_Je n'ai point voulu refuser de

donner à mon père l'espoir d'une postérité..._

«L'affaire des paysans a rendu courage aux papistes et fait tort à

la cause de l'Évangile; il nous faut, nous aussi, porter plus haut

la tête. C'est dans ce but que pour ne plus attester l'Évangile de

paroles seulement, mais par mes actions, je viens d'épouser une nonne.

Mes ennemis triomphaient, ils criaient: Io! io! J'ai voulu leur

prouver que je n'étais pas encore disposé à faire retraite, quoique

vieux et faible. Et je ferai d'autres choses encore, je l'espère, qui

troubleront leur joie et appuieront mes paroles.» (16 août 1525.)

Le docteur Eck publia un recueil intitulé: _Epithalamia festiva in

Lutherum, Hessum (Urbanum Regium) et id genus nuptiatorum_. On y

trouve entre autres pièces une hymne de dix-neuf strophes, intitulée:

_Hymnus paranymphorum_, et commençant par ces mots: _Io! io! io! io!

gaudeamus cum jubilo_, etc.; une _Additio dithyrambica ad epithalamium

Mart. Lutheri_, dans le même mètre; un _Epithalamium Mart. Lutheri_ en

hexamètres commençant ainsi: _Dic mihi, musa, novum_, etc. Hasemberg

fit sur le même sujet une satire intitulée: _Ludus ludentem Luderum

ludens_.

Luther y répondit par différentes pièces dont le recueil fut imprimé

sous le titre: _La fable du lion et de l'âne_.

Luther était à peine marié, que ses ennemis répandirent le bruit que sa

femme venait d'accoucher. Érasme accueillit ce bruit avec empressement

et se hâta d'en faire part à ses correspondans; mais il se vit obligé

plus tard de le démentir. (Ukert, I, 189-192.)

[a82] Page 225, ligne 6.—_Tous les jours les dettes nous

enveloppent davantage..._

En 1527, il fut obligé de mettre en gage trois gobelets pour cinquante

florins et d'en vendre un pour douze florins. Son revenu ordinaire ne

s'éleva jamais au-dessus de deux cents florins de Misnie par an.—Les

libraires lui avaient offert une somme annuelle de quatre cents

florins, mais il ne put se résoudre à les accepter.—Malgré le peu

d'aisance dont il jouissait, sa libéralité était extrême. Il donnait

aux pauvres les présens de baptême destinés à ses enfans. Un pauvre

étudiant lui demandant un jour quelque peu d'argent, il pria sa femme

de lui en donner; mais celle-ci répondit qu'il n'y en avait plus dans

la maison. Luther prit alors un vase d'argent et le remit à l'étudiant

pour qu'il le vendît à un orfèvre. (Ukert, II, p. 7.)

«Je lui aurais volontiers donné de quoi faire sa route, si je n'étais

accablé par la multitude des pauvres, qui, outre ceux de notre ville,

accourent ici comme en un lieu célèbre.» (avril 1539.)

«Je t'en supplie, mon cher Justus, par grâce, arrache du trésorier cet

argent qu'il est si difficile d'avoir et que le prince a promis à G.

Scharf... Tu donneras, s'il le faut, une quittance en mon nom.» (11 mai

1540.)

«Luther se promenant un jour avec le docteur Jonas et quelques autres

amis, fit l'aumône à des pauvres qui passaient. Le docteur Jonas

l'imita, en disant: «Qui sait si Dieu me le rendra?» Luther lui

répondit: «Vous oubliez que Dieu vous l'a donné.» Le mot de Jonas

indique fortement l'inutilité des œuvres qui résultait de la doctrine

de Luther. (Tischr. 144, verso.)

«Le docteur Pommer apporta un jour au docteur Luther cent florins dont

un seigneur lui faisait présent, mais il ne voulut point les accepter;

il en donna la moitié à Philippe et voulut rendre l'autre au docteur

Pommer qui n'en voulut pas.» (Tischr., p. 59.)

«Je n'ai jamais demandé un liard à mon gracieux seigneur.» (Tischr., p.

53-60.)

[a83] Page 226, ligne 14.—_Je ne leur demande rien pour mon

travail..._

«Un commerce légitime est béni de Dieu, comme lorsque l'on tire un

liard de vingt; mais un gain impie sera maudit. Ainsi l'imprimeur ***

a gagné beaucoup sur les livres que je lui ai fait imprimer; avec un

liard il en gagnait deux.... L'imprimeur Jean Grunenberger me disait

consciencieusement: Seigneur docteur, cela rapporte beaucoup trop; je

ne puis avoir assez d'exemplaires. C'était un homme craignant Dieu,

aussi a-t-il été béni de notre Seigneur.» (Tischr. p. 62, verso.)

«Tu sais, mon cher Amsdorf, que je ne puis suffire à nos presses, et

voilà que tout le monde me demande de cette pâture; il y a ici, près de

six cents imprimeurs.» (11 avril 1525.)

[a84] Page 238, ligne 17.—_Pourquoi m'irriterai-je contre les

papistes? tout ce qu'ils me font est de bonne guerre..._

Ils cherchaient cependant, à ce qu'il semble, à se défaire de lui par

le poison.

(Janvier et février 1525.) Luther parle dans deux lettres différentes,

de juifs polonais, qui auraient été envoyés à Wittemberg pour

l'empoisonner (Judæi qui mihi venenum paravere), moyennant le

prix de 2000 ducats. Comme ils ne dénoncèrent personne dans leur

interrogatoire, on allait les mettre à la torture, mais Luther ne le

souffrit point, et il s'employa même à les faire mettre en liberté,

quoiqu'il n'eût aucun doute sur le nom de l'instigateur.

«Ils ont promis de l'or à ceux qui me tueraient, c'est ainsi

qu'aujourd'hui combat, règne et triomphe le saint-siége apostolique, le

régulateur de la foi, la mère des églises.» (Cochlæus, p. 25.)

Un Italien de Sienne mangea avec le docteur Martin Luther, causa

beaucoup avec lui, et resta à Wittemberg quelques semaines, peut-être

pour savoir comment les choses s'y passaient. (Tischr. p. 416.)

Des tentatives d'un autre genre eurent aussi lieu.

«Mathieu Lang, évêque de Salzbourg, m'a recherché d'une manière si

singulière, que sans l'assistance particulière de notre Seigneur,

j'eusse été pris. En 1525, il m'envoya par un docteur vingt florins

d'or, et les fit donner à ma Catherine, mais je n'en voulus rien

prendre. C'est avec l'argent que cet évêque a pris tous les juristes,

de sorte qu'ils disent ensuite: _Ah! c'est un seigneur qui pense

bien._ Lui cependant, se tient tranquille et rit en tapinois. Une

fois il envoya à un curé qui prêchait l'Évangile, une pièce de Damas,

pour qu'il se rétractât, et il dit ensuite: Est-il possible que ces

luthériens soient de si grands fripons, qu'ils fassent tout pour de

l'argent?» (Tischreden, p. 274, verso.)

Mélanchton, qui ne rompit jamais avec les lettrés de la cour

pontificale, fut pendant quelque temps soupçonné d'avoir reçu des

offres.

Un jour, on apporta une lettre de Sadolet à Sturmius, dans laquelle il

flattait Mélanchton. Luther disait: «Si Philippe voulait s'arranger

avec eux, il deviendrait aisément cardinal, et n'en garderait pas moins

sa femme et ses enfans.

»Sadolet, qui a été quinze ans au service du pape, est un homme plein

d'esprit et de science; il a écrit à maître Philippe Mélanchton le plus

amicalement du monde, à la manière de ces Italiens, peut-être dans

l'espoir de l'attirer à eux, au moyen d'un cardinalat. Il l'a fait sans

doute par l'ordre du pape, car ces messieurs sont inquiets; ils ne

savent comment s'y prendre.—Le même Sadolet n'a aucune intelligence

de l'Écriture, comme on le voit dans son commentaire sur le psaume 51.

Les papistes n'y entendent plus rien, ils ne sont plus capables de

gouverner une seule église; ils se tiennent fiers et raides dans le

gouvernement et crient: Les décisions des Pères ne comportent point de

doute.»

[a85] Page 239, ligne 6.—_Persécution..._

«Aux chrétiens de la Hollande, du Brabant et de la Flandre (à

l'occasion du supplice de deux moines augustins, qui avaient été brûlés

à Bruxelles).

«... Oh! que ces deux hommes ont péri misérablement! Mais de quelle

gloire ils jouiront auprès du Seigneur! c'est peu de chose d'être

outragé et tué par le monde pour ceux qui savent _que leur sang est

précieux, et que leur mort est chère à Dieu_, comme disent les psaumes

(116, 15). Qu'est-ce que le monde comparé à Dieu?... Quelle joie,

quelles délices les anges auront-ils ressenties, en voyant ces deux

âmes! Dieu soit loué et béni dans l'éternité, de nous avoir permis, à

nous aussi, de voir et entendre de vrais saints, de vrais martyrs, nous

qui jusqu'ici avons adoré tant de faux saints! Vos frères d'Allemagne

n'ont pas encore été dignes de consommer un si glorieux sacrifice,

quoique beaucoup d'entre eux n'aient pas été sans persécutions. C'est

pourquoi, chers amis, soyez allègres et joyeux dans le Christ, et

tous, rendons-lui grâce des signes et miracles qu'il a commencé

d'opérer parmi nous. Il vient de relever notre courage par de nouveaux

exemples d'une vie digne de lui. Il est temps que le royaume de Dieu

s'établisse, non plus seulement en paroles, mais en actions et en

réalité...» (juillet 1523.)

«La noble dame Argula de Staufen, soutient sur cette terre un grand

combat; elle est pleine de l'esprit, de la parole et de la science

du Christ. Elle a envahi de ses écrits l'académie d'Ingolstad, parce

qu'on y avait forcé un jeune homme, nommé Arsacius, à une honteuse

révocation. Son mari, qui est lui-même un tyran, et qui a maintenant

perdu une charge à cause d'elle, hésite sur ce qu'il doit faire. Elle,

elle est au milieu de tous ces périls avec une foi forte, mais, ainsi

qu'elle me l'écrit elle-même, non pas sans que son cœur s'effraie.

Elle est l'instrument précieux du Christ; je te la recommande, afin que

le Christ confonde par ce _vase infirme_ les puissans et ceux qui se

glorifient dans leur sagesse.» (1524.)

_A Spalatin._ «Je t'envoie les lettres de notre chère Argula, afin

que tu voies ce que cette femme pieuse endure de travaux et de

souffrances.» (11 novembre 1528.)

La traduction de la Bible par Luther, donna à tous envie de disputer;

on vit jusqu'à des femmes provoquer les théologiens, et déclarer que

tous les docteurs n'étaient que des ignorans. Il y en eut qui voulurent

monter en chaire, et enseigner dans les églises. Luther n'avait-il pas

déclaré que par le baptême tous devenaient prêtres, évêques, papes,

etc.? (Cochlæus, p. 51.)

[a86] Page 239, ligne 9.—_On nous laisse périr de faim..._

Un jour qu'il était question, à la table de Luther, du peu de

générosité que l'on montrait à l'égard des prédicateurs, il dit: «Le

monde n'est pas digne de leur rien donner de bon cœur; il veut avoir

des gueux et des criards impudens, tels que le frère Mathieu. Ce frère,

à force de mendier, avait obtenu de l'électeur la promesse qu'on lui

achèterait une fourrure. Comme le trésorier du prince n'en faisait

rien, le prédicateur dit en plein sermon, devant l'électeur: «Où est

donc ma fourrure?» L'ordre fut renouvelé au trésorier, mais celui-ci

différant encore de l'exécuter, le prédicateur parla de nouveau de sa

fourrure, dans un autre sermon où l'électeur était présent. «Je n'ai

pas encore vu ma fourrure,» dit-il, et c'est ainsi qu'il obtint à la

fin ce qu'il désirait.» (Tischreden, p. 189, verso.)

Du reste, Luther se plaint lui-même du misérable état dans lequel se

trouvent les ministres: «On refuse de les payer, dit-il, et ceux qui

jadis prodiguaient des milliers de florins à chacun des fourbes sans

nombre qui les abusaient, ne veulent pas aujourd'hui en donner cent

pour un prêtre.» (1er mars 1531.)

«On a commencé à établir ici (à Wittemberg), un consistoire pour les

causes matrimoniales, et pour forcer les paysans à observer quelque

discipline et à payer les rentes aux pasteurs, chose qu'il faudra

peut-être faire aussi à l'égard de quelques-uns de la noblesse et de la

magistrature.» (12 janvier 1541.)

[a87] Page 239, ligne 22.—_Apparitions..._

«Joachim m'écrit qu'il est né à Bamberg un enfant à tête de lion, qui

est mort promptement: qu'il a aussi apparu des croix au-dessus de la

ville, mais que le bruit qui s'en répandait a été étouffé par les

prêtres.» (22 janvier 1525.)

1525. «Les princes meurent en grand nombre cette année; c'est là

peut-être ce qu'annonçaient tant de signes.» (6 septembre 1525.)

Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome I · 第 20 / 29 题