NOTE SUR LES ROIS DU KAARTA.

C’est au règne de Bitton ou Tiguitton à Ségou que commence l’histoire

des Massassis du Kaarta, à l’époque où Bitton les chasse de Sountian

(près Mourdia).

Sey Bamana était l’aîné des fils vivants de Massa par suite de la mort

de Massa Sey-Colo, mort sans enfants, et de Douafouloucoro tué à

Sountian. Suivi de sa famille, de ses serviteurs et esclaves, il

s’enfuit au Diombokho, au village de Niamiga (près Kanamakhounou), et

s’y installa. S’appuya-t-il, comme l’a dit Raffenel, sur les Diawaras

pour venir à bout des Bambaras du Kaarta ou au contraire fut-il accepté

par ceux-ci, comme étant de la même race ? Toujours est-il qu’il

gouverna quelques années.

Raffenel le fait gouverneur de 1754 à 1758.

Suivant nos informations, son règne serait antérieur à cette date. Car

il résulte des dates que nous avons établies que Bitton ou Tiguitton

régna environ de 1700 à 1743, puisque après la mort de Dékoro, son fils,

Tomassa prend le pouvoir vers 1744. Ce serait donc à coup sûr avant 1744

qu’il faudrait placer l’avénement de Sey Bamana, si tant est qu’on

puisse dire qu’il y eut avénement.

Sey Bamana comme ses successeurs était bien en effet chef de la famille

des Massassis et comme tel obtenait bien une certaine déférence de ses

parents et certains tributs de la population. Mais jamais son pouvoir

n’eût pu aller jusqu’à obtenir de ses cousins ou neveux une obéissance

passive telle que la comporte l’expression de roi. Suivant moi, les rois

bambaras du Kaarta n’étaient pas plus rois que ne l’est l’Almami du

Fouta ou le Tunka du Guoy ou du Kaméra.

Après Sey Bamana, sur la durée du gouvernement duquel nous n’avons pu

avoir de données précises, c’est Dénimba Bo, son frère cadet, qui le

remplace et non Bonodain, son fils, comme on l’a dit à Raffenel. Du

reste d’après les usages des Bambaras et des Peuhls les fils de Sey

Bamana ne pouvaient prendre la place de leur père qu’après la mort de

ses frères cadets.

Dénimba Bo habitait dans le Bélédougou à Tonéguéla ; il y réunit une

armée de gens de bonne volonté et vint camper à Kemmou (Guémou) (Kemma

de Park), il y construisit le premier village de ce nom et n’ayant

encore que soixante cavaliers il commença la guerre avec le Kaarta. Il

fut bientôt maître du pays, et n’eut plus qu’un obstacle en la personne

de Demba Ségo, chef de Koniakary.

Ce chef voyant Dénimba Bo venir l’attaquer appela à lui ses alliés et

reçut des renforts du Kaarta, du Khasso et même du Fouta, si bien que

l’armée de Dénimba Bo eut peur et que le monarque ayant voulu persévérer

dans son entreprise fut abandonné de tous à l’exception de son griot. Il

ne voulut cependant pas reculer, et se confiant dans les prédictions

qu’on lui avait faites, il monta sur la montagne de Tapa (montagne

circulaire près Koniakary) et là renvoya son griot en lui confiant son

cheval et ses harnachements pour qu’il les portât à son père.

Des hommes qui allaient couper du bois aperçurent le monarque abandonné,

qui loin de se sauver les regardait aussi. Il était tellement beau, dit-

on, qu’ils crurent voir un personnage surnaturel et se sauvèrent à

Koniakary. Sur leur description on reconnut l’infortuné prince et on

envoya s’en saisir. Sa mort fut un affreux supplice qu’il supporta

vaillamment sans donner signe de souffrance. Il fumait sa pipe, nous dit

notre informateur. Après lui vient Sira Bo, son frère, cinquième fils de

Massa ; on lui attribue la prise de Koniakary, dont il s’empara, dit-on,

grâce aux discordes intestines du Diombokho. Si cela est vrai il faut

croire que sur la fin de son règne ou sous son successeur, Demba Ségo

rentra en possession de cette ville, car en 1795 Mongo Park nous y

signale un prince de ce nom tandis que Daisé Coro, le successeur de Sira

Bo, règne au Kaarta.

Après Sira Bo, son frère Daisé Coro prend le gouvernement vers 1790 ; on

prétend qu’il était plus âgé que Sira Bo et qu’il aurait dû commander

avant lui, mais qu’il s’était désisté en sa faveur par reconnaissance

pour la mère de Sira Bo à laquelle il devait la vie.

Lorsque leur famille avait été mise en fuite et qu’on les recherchait

pour les massacrer, la mère de Sira Bo qui en se sauvant portait alors

son fils sur le dos, trouva Daisé, le prit avec elle et afin de ne pas

exciter les soupçons elle lui passa une corde au cou comme à un esclave

et parvint ainsi à le sauver. La bonté de Daisé Coro nous a été signalée

par Mungo Park. Malgré cela ce trait d’abnégation ne peut néanmoins que

nous étonner beaucoup, car il est aussi rare chez les noirs qu’il

pourrait l’être chez des peuples plus civilisés.

Ce fut Daisé qui appelé à Ségou par les frères de Mansong alla s’emparer

de Yamina. Il paya cher cette incursion et à l’appui du récit de Mongo

Park nos informations nous apprennent que ne se sentant pas assez fort

pour résister à l’armée de Mansong, il se sauva au Guidi-Oumé où ce roi

le rejoignit. Il y eut un combat d’une journée après lequel on campa et

Daisé ayant renvoyé toutes les femmes en arrière à Maka-Yakaré vit son

armée déserter. Il se sauva lui-même dans la nuit et l’armée de Ségou

retourna sur ses pas ravageant tout le pays et brûlant tous les

villages, entre autres l’immense village de Dédougou (?).

Daisé Coro, battu, alla se replacer à Diokha où il continua à régner.

Moussa Koura Bo, son frère, lui succéda vers 1800 (à partir de ce moment

j’admets les dates de Raffenel).

Lors de la fuite de Ségou ce prince fut pris comme esclave, et son

maître, craignant de s’en voir dépossédé, lui avait, pour l’empêcher

d’être reconnu, marqué la figure par des coupures comme on en faisait

alors aux esclaves au lieu des coupures ordinaires que se font les

Bambaras Courbaris (trois coupures parallèles allant de la tempe au

menton ; les Massassis n’en faisaient que deux). Devenu grand, ce jeune

prince s’échappa de chez ses maîtres et vint se faire reconnaître ; ce

qui ne put être fait que grâce au témoignage d’un vieux marabout.

Ce fut Moussa Koura Bo qui une fois au pouvoir acheva de ruiner le

Khasso (rive droite). Il eut aussi à soutenir une lutte contre le Ségou,

dont il repoussa l’armée. A sa mort ce furent les enfants du dernier

fils de Massa nommé Bakary qui revendiquèrent le trône. Ils y avaient

droit, leur père étant mort et étant les aînés de la famille.

1808. Ce fut Tiguinkoro qui le premier des petits-fils de Massa régna.

Il eut des succès, notamment dans le Bambouk qu’il ravagea en s’avançant

jusqu’au Dentilia.

1811. Sakhaba, son frère, le remplaça. Il poussa ses expéditions

jusqu’au Manding à travers le Bélédougou et le Birgo.

1815. Après lui c’est Mori Bo, nommé aussi Bodia, qui prend le pouvoir.

Il est fils de Dénimba Bo.

Il fonda Elimané où il habita. Il combattit le Fouta et le Haut-Sénégal,

il prit Lanel et en emmena toute la population en esclavage.

Mori Bo essaya aussi ses forces contre le Bondou ; il attaqua vers la

fin de son règne Boulébané qui appartenait à l’Almami Saada, père de

l’Almami actuel. Mais il ne put s’en emparer. Après lui, on passe à la

génération suivante. C’est Gran qui monte sur le trône (1832) ; il est

arrière-petit-fils de Massa, et petit-fils de Daisé Coro par Diamadoua,

son père, mort sans régner.

Ce fut ce prince qui prit Tuabo et en emmena toute la population en

esclavage. J’ai connu divers témoins de son règne et entre autres Samba

Naé, Bakiri pris enfant par lui à Tuabo et que j’ai retrouvé à Ségou ;

il n’avait été libéré que grâce à Samba N’diaye qui, lorsqu’El Hadj fut

maître du Kaarta, le réclama comme son parent.

Gran habitait Elimané et de là dirigeait ses expéditions.

Deux fois il s’avança jusqu’à Tamba, mais fut toujours repoussé ; son

frère Mahmady Kandia le remplaça en 1843 et régna jusqu’au moment où El

Hadj s’empara du Kaarta. C’est lui qui fonda Nioro où il mourut

tranquillement après s’être rendu au prophète.

Depuis cette époque, El Hadj régna de nom, mais le Kaarta est gouverné

par Mustaf ou Mustapha, esclave d’El Hadj qui habite Nioro. Les

Massassis dispersés et sans force ont essayé en 1845 pendant mon séjour

à Ségou de soulever le pays, mais ils ont échoué et leur coalition a été

dispersée par l’armée de Nioro.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 344 / 368 题