Je n'avais pas achevé qu'elle me dit d'une voix bien claire, comme
quelqu'un qui ne dormait pas:
--Quoi donc, mon homme?
--Tu es sûre que la veilleuse est éteinte?
Elle hésita:
--Oui... Mais oui...
--Ça n'est pas vrai! Je suis aveugle!
--Mon pauvre homme... Mon pauvre homme...
--Lève-toi, criai-je... Ouvre les volets... que je voie.
--Mais ce n'est pas la peine; il n'est pas jour encore...
--Si! si! Lève-toi! Ouvre!
J'entendis la fenêtre grincer et les persiennes battre.
--Tu vois bien, murmura-t-elle, qu'il fait nuit.
--Ah! bon Dieu! Je respirai! Elle m'avait dit vrai! J'avais cru, tant
les heures m'avaient paru longues, qu'il faisait jour, que la veilleuse
brûlait et que je ne la voyais plus... Il faisait encore nuit, bien
nuit!...
Alors, monsieur, dans le silence et dans _ma nuit_, le petit coq, muet
depuis des jours, chanta! Il chanta, d'une voix triomphante qui dut
gonfler son cou et le dresser sur ses petites pattes.
Il chanta, et je compris que le jour que je ne verrais plus jamais était
là, que la veilleuse éclairait la pièce, et que ma femme, depuis des
heures, me mentait pieusement, pour retarder l'instant où j'aurais tout
appris!...
Le coq chanta encore, joyeux, peut-être parce qu'il savait que j'étais
aveugle, et j'entendis ma pauvre vieille qui pleurait.