I
Pour jolie, elle l’était. Jamais les Saumurois ne purent prendre sur eux
de l’appeler autrement que la belle Aurélie. On se mettait aux portes
quand elle traversait la rue Saint-Jean pour gagner la place de la
Billange.
Le sous-préfet lui trouvait «un port de reine,» et le vieux docteur
Béclard admirait--en latin--sa démarche de déesse.
Elle avait des cheveux noirs qui n’en finissaient pas, fins et pourtant
ondés, de grands yeux profonds et avec cela une peau si fine et si
transparente, qu’on voyait le sang courir dessous.
On lui prêtait beaucoup d’esprit; elle était noble par sa mère, une La
Palissadière, s’il vous plaît. Enfin son père, en plein cercle
littéraire, avait déclaré qu’il donnait 250,000 francs de dot, trousseau
non compris.