Lorsque, le lendemain, Max retourna chez Louise, il fut stupéfait en
apprenant qu’elle était partie; le concierge ne put donner aucun
éclaircissement.
--Un valet est venu, dit-il au vicomte, un bel homme, avec une livrée
superbe, il apportait une lettre, il est resté là-haut assez longtemps;
quand il a été parti, mademoiselle Louise est descendue, elle a amené un
marchand de meubles, a vendu toutes ses affaires, puis a mis le reste
dans un fiacre et est partie sans dire où elle allait.
--Niais! cent fois niais j’étais! s’écria Max, et je croyais à son
amour! quelle leçon! Un autre, je le vois, aura été moins respectueux et
plus adroit que moi. N’importe, je veux la retrouver.
Et le vicomte, pendant huit jours, se livra à toutes les investigations
possibles.
Peines perdues, Louise était introuvable.
Deux ou trois agents qu’il avait mis en campagne furent obligés d’avouer
leur impuissance.
Alors le découragement le prit.
Il se fit toute sorte de raisonnements plus spécieux les uns que les
autres, pour se prouver qu’il n’aimait pas Louise. Il n’y put parvenir.
Il finit par se laisser entraîner par son père chez la marquise de
Chevonceux.
Henriette, qui un moment avait tremblé, était au comble de la félicité.
L’orgueilleuse héritière, dont l’esprit lunatique et railleur, le
superbe dédain et le mâle aplomb effrayaient les plus braves, fut
charmante pour Max.
Elle l’aimait, le regard du vicomte la dominait. Elle eût trouvé du
bonheur à lui obéir, elle qui avait toujours dominé. Pour lui, elle eut
cette timide gaucherie d’une pensionnaire, cette fraîche candeur d’une
jeune fille.
Max s’en revint tout surpris et dans un état d’esprit tout différent.
--M’aimerait-elle? pensait-il. Pourrai-je être heureux avec elle? Et
puis, deux cent mille livres de rente!...
Pourtant cette idée de n’épouser que de l’argent lui fit honte, il ne se
sentait aucun amour pour Henriette.
Le comte jouissait avec délices de l’embarras de Max, qui se lisait sur
sa figure; il se félicitait de son adresse.