CHAPITRE XI.

Ce me seroit chose impossible de pouvoir rapporter icy en detail tous

les discours, & les diverses demandes de nos Mariniers, car comme

l'oisiveté règne puissamment sur les Navires, aussi y agissent ils

ardamment pour charmer leurs ennuys: J'avois tout sujet de me contenter

du sieur du Pont nostre Vice-admiral, & des officiers de son bord, quoy

qu'en partie de contraire Religion, pour ce que ne faisoit aucun mal à

personne, aucun ne nous vouloit de desplaisir, & s'abstenoient mesme à

nostre considération, de beaucoup de vains discours ordinaires à gens de

marine.

A l'issue des repas si autre chose ne les occupoit, ses questions

roulloient sur le tapis, ou plustost sur le tillac, car les tapis n'ont

point là de lieu, & falloit excuser le tout, car la paix n'en a jamais

esté interrompue, ny nos discours alterez, & pour ce qu'en matière

d'entretien il se faut rendre capable de tout, ou fausser compagnie, &

de demeurer muet il ne seroit pas tousjours possible, pour ce que

l'homme est d'une telle nature, que s'il n'a sa consolation en Dieu, il

la cherche aux créatures.

Le sieur du Pont comme Chef, fut le premier qui nous interrogea, car

comme il estoit d'un naturel complaisant & jovial, il avoit tousjours le

petit mot en bouche pour rire. D'où vient le proverbe qui dit:

l'Affrique n'apporte elle rien de nouveau.

Je ne luy respondit autre chose sinon avoir leu que cela procedoit de ce

que pour le grand deffaut d'eau qu'il y a, à cause des chaleurs

excessives, les animaux y meurent de soif, de maniere que toutes sortes

de bestes courans pour boire se meslent ensemble, & de là nouveaux

animaux s'engendrent.

Qui a esté le premier inventeur des couriers, dit un autre. Resp. Pirrhe

Roy des Epirotes, car comme il eut trois armées en diverses parties du

monde, & qu'il demeurast assiduement en la cité de Tarente, sçavoit les

nouvelles de Rome en un jour, celles de France en deux, celles

d'Allemagne en trois, & celles d'Asie en cinq.

D'où est venue la coustume de donner les estrenes, à sçavoir le don

qu'on presente au commencement de l'année. Resp. Elle est venue des

anciens Romains: car les Chevaliers souloient par chacun an au premier

jour de Janvier offrir au Capitole les estrennes à Cesar Auguste, qu'oy

qu'il fut absent, laquelle façon de faire est depuis venue jusques à

nous.

Mais dit le Cuisinier qui a esté l'inventeur des masques, & momeries,

lesquels mesmes sont en usage chez les Hurons ainsi que m'aviez appris.

Resp. Je ne vous en puis dire autre chose, sinon avoir leu que les

Corybantes prestres de la Deesse Cybele en avoient esté les inventeurs,

& s'embarbouilloient le visage avec du noir, d'où est venu ce mot

maschurée, qu'on dit en Italien mascarati.

Un parpaillot d'un humeur assez discourtoise, & qui voulut donner son

mot, nous demanda d'où venoit la coustume que nous autres Catholiques

faisions le signe de la Croix en baillant, & donnions le salut de paix à

ceux qui esternuoient.

Resp. L'an de nostre salut 619, en Italie, courut une sorte de maladie

qu'en esternuant on mouroit soudain quelquefois. Ce qui donna des lors

entrée à la coustume que quand on voyoit quelqu'un commencer à

esternuer, on luy disoit, Dieu vous ayde. Le bailler estoit

semblablement occasion de mort soudaine, pour remedier à quoy en

baillant on commença en l'Eglise Romaine à faire le signe de la Croix

sur la bouche; & delors, comme on dit, tel inconvenient cessa.

Monsieur Goua. Qui est celuy qu'on doit estimer sage. Resp. Celuy qui

mesprise les biens & honneurs de ce monde, pour servir à Jesus-Christ.

Un bon Charpentier bien devot: comment peut-on parvenir à cette union de

l'ame avec Dieu. Responce. En pratiquant ces quatre mots: Moy, Toy,

Esclave, Roy. En l'Oraison s'imaginer estre seul au monde avec Dieu. Se

faire esclave & valet de tout le monde pour l'amour de Dieu, Estre Roy &

dompteur de ses passions & propres affections pour l'amour du mesme

Dieu.

Combien de coeurs faut-il avoir pour acquerir la perfection. Resp.

Trois. Un coeur de fils envers Dieu, un coeur de mere envers son

prochain & un coeur de juge envers soy-mesme.

Quelle est la pensée la plus profitable à salut. Resp. Croire que tous

les autres sont dignes du Paradis, & nous seuls dignes de l'Enfer, c'est

à dire juger bien d'un chacun, & ne juger mal que de soy mesme.

Un certain. Quel est l'estat le plus noble, le plus parfait, & le plus

asseuré à salut qui soit au monde.

Responce. Le Religieux & solitaire.

Monsieur Joubert: par quel raison.

Resp. Par la mesme que Jesus-Christ a dit, si tu veux estre parfait; va

& vend tous tes biens, & les donne aux pauvres, & me fuit. Saint Laurent

Justinian disoit que Dieu avoit caché la grace de la Religion aux

hommes, par ce que si tous la cognoissoient, tous voudroient estre

Religieux. J'aymerois mieux une grace en la Religion, que douze au

monde, disoit le B. Frère Gille, car ma grace peut estre facilement

conservée, & augmentée en la Religion par le bon exemple de mes Freres,

& mes douze au monde facilement perdues par les divers objets, & mauvais

exemples qui s'y donnent. Nous donnons l'arbre & le fruict à Dieu, & les

mondains que le seul fruict.

Un jeune homme un peu libertin nous demanda par quel reigle quelqu'uns

tenoient qu'il y va plus de femmes en Paradis que d'hommes, veu la

fragilité de leur sexe, & un si grand nombre qui s'adonnent au mal; Mon

sentiment fut que la femme estoit plus portée à la pieté que l'homme, &

moins fragile, puis qu'elle s'adonnoit moins au mal, & que s'il y en a

un grand nombre de mauvaises, il y a un bien plus grand nombre d'hommes

vicieux.

Le sieur de la Vigne. Pourquoy dit l'escriture, que mieux vaut

l'iniquité de l'homme, que la femme bien faisante. Resp. Pour ce qu'il y

a plus de danger de tomber en peché en communiquant trop familieremnt

avec une belle femme qu'en frequentant un homme vicieux.

Le Pilotte. Pourquoy les Turcs gens Infidelles croyent ils les femmes

bannies du Paradis Resp. Pour ce qu'elles ne sont point circoncises.

Disans que personne n'entre dans le Paradis qui ne soit circoncis. Or

les femmes ne sont point circoncises entr'eux, & par consequent il n'y a

point de Paradis pour elles. Il n'en est pas de mesme des femmes des

Perses, lesquels ont trouvé l'invention de les circoncire, & leur faire

esperer un Paradis Mahometique.

Un petit parpaillot changeant de discours dit, que c'estoit grand pitié

de voir le Ecclesiastiques seculiers estre si peu portez à la pieté & à

faire du bien aux pauvres, et que parmy les personnes mariées, on y

voyoit plus de charité.

Responce. Vous avez raison Monsieur, mais encores s'en trouve il un

grand nombre fort gens de bien, & qui abhorrent l'avarice, & s'adonnent

à la vertu, avec une humilité qui me fait honte à moy mesme, je ne dis

pas seulement des simples Prestres, mais des Cardinaux, Evesques, Curez,

Docteurs, & Chanoines, que je n'oze icy nommer, dont je prie Dieu me

faire la grâce d'egaler un jour leur vertu.

J'ay veu, dit un Catholique, beaucoup de Temples des Huguenots, tant en

France, qu'aux pays estrangers, mais ils sont tous bastis de neuf. Resp.

Une Religion nouvelle ne peut avoir de Temples vieux, & ce fut la raison

pour laquelle le villageois ne voulut point escouter le Ministre

Huguenot disant qu'il n'y avoit pas encor de lierre aux murailles de son

Eglise, & que les nostres estoient toutes chenues de vieillesse.

Ah dit un parpaillot, nous sommes venus de nouveau pour vous reformer

vous avez raison dit un Mattelot, car vous mariez les Prestres, vous

avez retranché les Caresmes, abbatez les Autels, & faites les Demons

converties pauvres Catholiques, quels miracles avez vous jamais faits.

Or dit un autre laissons là les disputes de Religion, qui bien fera bien

touverra, car nous sommes asseurez que le Paradis n'est que pour les

gens de bien Mais qu'ont fait ces deux jeunes Genrilhommes qui sont là à

la chaisne. R. Ils s'estoient voulu battre, dit le Contre-Maistre, &

pour les mettre d'accord on les a tous deux mis à la quesne, dit il en

son Normand.

D'où vient dit un certain, que nous autres François changeons si souvent

de mode en nos habits; & que les Nations estrangeres sont si constantes

en leur façon de s'habiller qu'on n'y voit jamais de changement. Resp.

C'est qu'ils ont l'esprit plus solide que nous, ou qu'ils ont moins de

curiosité. Nous le voyons mesme aux personnes sages d'entre nous

lesquels se tiennent tousjours à la modestie, & n'outrepassent jamais la

bienseance deue à leur condition.

Le Chirurgien qui jusques alors avoit gardé le silence, dit qu'il

s'estonnoit fort que nous razions nos barbes, estant l'ornement de

l'homme.

Resp. Nostre vie doit estre conforme à celle de nostre Pere, & si un si

grand Sainct s'est conformé aux anciens, & observé l'ordonnance de

l'Eglise qui enjoint à tous les Ecclesiastiques de razer leur barbe, il

ne faut point d'autre raison pour nous faire mespriser cette

superfluité.

Ouy dit un gros Mattelot, & s'est il conformé aux anciens avec son

bonnet pointu, comme nous voyons porter à quelques Religieux de vostre

ordre. Resp. La consequence n'en est pas bonne, car s'il y en a qui

ayent trouvé bon de le porter de la sorte, n'est pas à dire que S.

François l'ait porté pointu, s'est une liberté qu'ils se font donnée,

aussi n'estoit il point rond, ains de forme quarrée à peu prés comme

celuy que nous portons.

Garçon, dit Monsieur du Pont au Mattelot, il n'importe pas qu'un capuse

soit rond, quarré, ou pointu, mais que le Religieux observe bien sa

regle & pour moy j'ay quelquefois leu les Chroniques de S. François, &

ay tousjours aymé les Religieux de son Ordre, mais à dire vray,

l'obeissance qu'on dit autrement les Cordeliers, a donné un grand nombre

de Saincts à l'Eglise, & y a encores parmy eux de grands serviteurs de

Dieu, que le monde ne cognoist point, lesquels s'y perfectionnent en

bien faisant, & non point en regardant à la vie de quelques libertins,

desquels le Collège de Jesus Christ n'a pas esté exempt, ny l'Ordre

pendant le vivant mesme de S. François.

Mais à quel propos tant de sortes de Religieux répliqua le Mattelot.

Resp. Le lustre d'un Roy, & la grandeur d'un Prince gist en la bonne

conduite, & se fait voir en la multitude, & diversité de ses serviteurs,

comme la beauté de l'Eglise en ses ceremonies, & au grand nombre, &

union de ses Religieux & Ecclesiastiques.

Vostre raison est très bonne, dit lors un passager, mais vous estes

beaucoup qui vous dites de sainct François, & si on ne sçait à qui

attribuer la Regle. Il y a des Tertiaires qui se veulent dire de

l'Ordre, & passent mesme souvent pour Recollects, & Capucins, ainsi que

j'ay veu en quelques lieux, & cependant je cognois plusieurs de leurs

Convents qui possedent de bonnes rentes, ont des colombiers, & glapiers,

& reçoivent argent & pecune, & vous dites que cela ne vous est pas

permis, ils sont donc transgresseurs de vostre Règle, & manquent à cette

union.

Response. Ils ne sont point transgresseurs de nostre Règle, car ils ne

l'ont jamais professée ny observée, ains une troisiesme, qui avoit esté

faicte pour les personnes seliers seulement, laquelle n'a rien de commun

avec la nostre, qui est celle mesme que sainct François a observée

durant sa vie.

Ils auroient donc grand tort s'ils se disoient Capucins, ou Recollects,

par cela seroit vous scandalizer, & faire passer pour Religieux qui

faites profession d'une Reigle & ne l'observez point.

Response. Cela est bien véritable Monsieur, mais pour couper broche à

tous ces discours, & vous faire une fois sçavant pour toutes. Je vay

vous distinguer les Ordres de sainct François, & puis nous parlerons

d'autres choses, ou bien nous prierons Dieu, car desja la chandelle est

à l'habitacle.

Je seray fort ayse d'apprendre ces distinctions, dit Monsieur du Pont, &

est mesme necessaire que chacun les sçache pour beaucoup de raisons,

poursuivez donc vostre discours.

Il faut que vous sçachiez, Messieurs, que sainct François nostre Chef &

Patriarche, establit trois Ordres, le premier qu'il nomme des Frères

Mineurs, est aujourd'huy divisé en trois corps d'Observantins dits

Cordeliers, Recollects & Capucins, qui sont tous trois les vrays Freres

Mineurs & Observateurs d'une mesme Règle & Profession.

Le second de pauvres Dames, ou filles de saincte Claire. Le troisiesme

qui estoit quasi à la mode des Confrairies d'aujourd'huy est des

penitens de l'un, & l'autre sexe, d'hommes, & de femmes vivans en leur

propres maisons.

Les seuls Freres Mineurs sont obligez par leur Regle de vivre des seuls

aumosnes offertes, ou mandées, & ne doivent recevoir argent, rentes n'y

revenus, sans licence expresse du sainct siege, auquel ont eu recours

les Frères Mineurs conventuels, qui par ce moyen vivent en conscience

possedans du revenu.

Les filles de saincte Claire doivent estre pauvres & mendiantes, sinon

celles qui sont privilegiées, non qu'elles mesmes puissent sortit de

leur Monastere pour mandier leur vie, car ce n'est pas le propre de

filles, mais on leur ordonne des Tertiaires ou Frères au chappeau, qui

ont soin d'elles en cest office.

Pour les Penitens du troisiesme Ordre de l'un & l'autre sexe, mariez, &

non mariez vivans en leurs propres maisons, ils n'ont autre loix que

celle des Chrestiens, & d'observer une Reigle fort facile, que sainct

François leur a laissée pour contenter leur devotion, & non pour en

faire aucun corps de Religion, comme il est très probable en ce que plus

de deux cens cinquante ans après la mort de ce sainct Pere, il n'y en a

point eu d'estably, & n'estoit pas necessaire de faire outre l'intention

au Sainct, & apporter trouble en son Ordre, par cette multiplication de

Religion, desja trop grande aujourd'huy en l'Eglise.

L'Ordre des Peres Tertiaires que l'on appelle à Paris Picpuces, ou

Capucins de Picpuces est le mesme que S. François établit pour les

seculiers de l'un & l'autre sexe, que le R. P. Vincent premier fondateur

de cette Congregation a accommodé à son usage, & à celuy de ses Freres,

avec le pied nud, & un habit non bleu, ou perse, avec une couroye de

cuir pour ceinture, comme j'ay veu en quelques Tertiaires, mais tel

qu'il ne differe presque en rien du nostre, qu'à leur long manteau, à

leur grande barbe, & à deux grandes moizettes ou pièces de drap

attachées à leur capuce qui leur descedent jusque à la ceinture & à la

couleur du drap, lequel ils portent de laine obscure, comme les Minimes,

& non ourdy de blanc, & tissu de noir, comme les Freres Mineurs, ce qui

n'empeche pas qu'ils ne passent souvent pour Recollects ou capucins,

quoy qu'ils ne le soient point, & nous soient bien differents en Règle &

maniere de vie, comme ayans argent, rentes & revenus, & nous chose qui

soit que pauvreté, à laquelle nostre S. Patriarche nous a reduit par sa

Règle, ce que je dis, non pour les blasmer, car je ne touche pas à leur

vertu, mais pour ce qu'il est necessaire que soyez esclaircy, &

destromper ceux qui s'estoient laissé persuader qu'ils estoient Freres

Mineurs, Recollects, ou Capucins, & ne le sont point ains Tertiaires ou

Tiercelins, c'est à dire du troisiesme Ordre estably par S. François,

pour les seculiers, mariez ou non mariez, vivans dans leur propres

maisons.

Or dit le Maistre du Navire, fort honneste homme, à sa pretendue

Religion prés, car luy mesme s'offrit de me monstrer la Sphère: vous

vous dites d'un mesme Ordre & profession, les Cordeliers, les Capucins,

& vous, qui sont les premiers, & plus anciens de vous trois, car pour

les Tertiaires ou Picpuces, leur fondateur est encor vivant.

Estant ainsi pressé & honnestement obligé, je fus contraint de rappeller

ma memoire, songer à ce que j'avois autrefois leu, & puis je leur parlay

de la sorte.

Messieurs, Les Pères Recollects ont eu leur commencement des l'an 1486,

deux cens septante sept ans après l'institution de la Règle qui commença

en l'an mille deux cens neuf, & septante & un an après la reformation

des Pères de l'Observance, dits Cordeliers, qui ne prennent leur origine

de plus haut que du Concile de Constance, tenu l'an mille quatre cens

quinze, duquel ils receurent leur confirmation par les peres assemblez

(le Siège Apostolique vaquant) bien qu'il ayt eu son commencement l'an

mille trois cens octante, par le vénérable. Frere Paul de Trinci Lay qui

en est le fondateur, Dieu ayant voulu establir cette saincte Reforme sur

le baze, & fondement de l'humilité, de laquelle ce serviteur de Dieu

estoit particulierement doué, bien qu'il eut esté tres-noble au monde.

Les Pères Capucins qui sont venus du depuis ont commencé leur

Reformation l'an mille cinq cens vingt cinq, laquelle ne prend

neantmoins son origine que l'an mille cinq cens vingt huict, le

treiziesme de Juillet, que le Pape approuva cette Religion trente neuf

ans après les Peres Recollects.

Le fondateur ou celuy qui a donné commencement à la Reformation des

Peres Recollects, a esté le vénérable Frere Jean de la Puella Ferrara,

personnage tres-insigne en saincteté & merite. Il prit naissance dans

l'Espagne des Ducs de Beiar, il estoit propre nepveu du Roy Catholique

Dom Ferdinand V. & possedoit la Comté de Benalcazar, & ensemble de

grands biens.

Estant touché d'une inspiration divine il quitta les grandeurs de la

terre, & rompit tout à faict avec le monde, pour se consacrer

entierement au service de nostre Dieu, sous les enseignes du Seraphique

sainct François, & depuis il obtint du Pape Innocent VII, par

l'entremise d'Elizabeth Reyne d'Espagne, licence de bastir quelques

Monasteres de Recollection, pour y garder estroittement la Règle de

sainct François, avec ceux seroient portez de la mesme volonté que luy.

Ce qui arriva l'an de grâce mille quatre cens octante neuf.

Il fut le premier qui porta le tiltre de Custode, & exerça cette charge

depuis l'an mille quatre cens nonante, jusques à l'an 1495 qu'il deceda.

Le fondateur ou celuy qui a donné commencement à la Reformation des PP.

Capucins a esté le Vénérable Frère Mathieu Basci, personnage très

insigne en saincteté & merite natif du Chasteau de Basci, situé aux

confins de Monfestre en Italie, lequel prit habit de Religion en un

Monastere appellé sainct Sixte des Peres de l'observance, puis les

quitta & donna commencement à la Reformation des Pères Capucins l'an

1525.

Et ayant attiré quelque compagnons comme le Venerable Frere Louys &

quelque autres, ils obtindrent du Pape Clément VII par l'entremise de la

Duchesse d'Urbin la confirmation de leur Ordre par une Bulle dattée du 1

Juillet l'an 1528 les soumettant neantmoins tousjours aux Freres Mineurs

Conventins en la confirmation de leur Prelat, comme nous le sommes au

General de tout l'Ordre S. François.

Or les Annales de leur Ordre nous asseurent que ce P. Louys qui avoit

souvent infinis travaux, pour establir & amplifier cette sainte

Reformation par un secret jugement de Dieu il quitta tout, & s'alla

faire Hermite. Et le Pere Mathieu ne mourut point dans l'Ordre, ains

s'en retourna quelque années devant son trespas à Venize, entre les

Pères de l'Observance où il mourut dans la maison du Curé de S. Moyse le

5 Aoust, aprés avoir receu ses derniers Sacremens des Pères de

l'Observance & fut enterré dans le Convent des Observantins de Venize,

appellé la Vigne.

Voyla en general le commencement de ces saincts Ordres, desquels Dieu a

pris un soin très-particulier, & ne faut point s'estonner si le Pere

Louys aprés avoir bien peiné pour restablissement des PP. Capucins,

s'est faict Hermite, il faut croire que ça esté par inspiration divine,

& pour avoir un peu de repos aprés le travail, cela s'est veu en

plusieurs autres bons Religieux, ausquels la solitude favorise la

perfection & la vertu de ceux qui ont vieilly en la Religion comme il

est dit en la vie des Peres.

Le bon Frere Mathieu qui a esté le premier commençant, a esté auffi le

premier qui retournant vivre au sein de la mere, d'où il avoit tiré les

enfans qui ont suivy la première pointe, on ne peut en cela qu'admirer

les jugemens de Dieu. Le Bon Frere Nicolas, tres-sainct personnage, qui

mourut il y a quelque années en Espagne avoit esté premierement

Cordelier, puis Recollect, se fit aprés Capucin, & retourna mourir

Recollect, & luy ayant esté demandé la raison de tous ces changemens il

respondit. Je ne puis faire autre chose que la volonté de Dieu, les

Cordeliers & Observantins sont Saincts, les Recollects sont Saincts, les

Capucins sont Saincts, & pour moy, je croy avec luy, & vous donne advis

que j'apperçois la terre que l'on appelle de la Heve & que bien tost

nous arriverons à Dieppe moyennant la grace de nostre Seigneur, comme

nous fismes fort heureusement le mesme jour, & de là de nostre pied à

nostre Convent de Paris, où nous rendimes nos actions de graces au tout

puissant & receumes la charité de nos Freres, autant consolez de nostre

retour que marris de ne nous pouvoir allez tesmoigner les effects de

leur bienveillance, laquelle je prie Dieu recompenser dans le Ciel,

Amen.

_Fin du troisiesme Livre._

HISTOIRE

DU CANADA,

ET

VOYAGES DES PERES

Recollects en la

nouvelle France.

en Canada.

Histoire du Canada et voyages que les Freres mineurs recollects y ont faicts pour la conversion des infidelles. · 第 73 / 90 题