L'AIR BRULE, LA CHAUDE MAGIE...

Que tu es heureuse, cigale, quand, du sommet des arbres,

abreuvée d'une goutte de rosée, tu dors comme une reine.

ANACREON.

L'air brûle, la chaude magie

De l'Orient pèse sur nous,

Nous périssons de nostalgie

Dans l'éther trop riche et trop doux.

On entrevoit un jardin vide

Que la paix du soir inclina,

Et là-bas, la mosquée aride

Couleur de sable et de grenat.

La dure splendeur étrangère

Nous étourdit et nous déçoit:

Je me sens triste et mensongère:

On n'est pas bon loin de chez soi.

Ce ciel, ces poivriers, ces palmes,

Ces balcons d'un rose de fard,

Comme un vaisseau dans un port calme,

Rêvent aux transports du départ.

Ah! comme un jour brûlant est vide!

Que faudrait-il de volupté

Pour combler l'abîme torride

De ce continuel été!

Des oeillets, lourds comme des pommes,

Epanchent leur puissante odeur;

L'air, autour de mon demi-somme,

Tisse un blanc cocon de chaleur...

Dans la chambre en faïence rouge

Où je meurs sous un éventail,

J'entends le bruit, qui heurte et bouge,

Des chèvres rompant le portail.

--Ainsi, c'est aujourd'hui dimanche,

Mais, dans cet exil haletant,

Au coeur de la cité trop blanche,

On ne sent plus passer le temps;

Il n'est des saisons et des heures

Qu'au frais pays où l'on est né,

Quand sur le bord de nos demeures

Chaque mois bondit, étonné.

Cette pesante somnolence,

Ce chaud éclat palermitain

Repoussent avec indolence

Mon coeur plaintif et mon destin;

Si je meurs ici, qu'on m'emporte

Près de la Seine au ciel léger,

J'aurai peur de n'être pas morte

Si je dors sous des orangers...

Les vivants et les morts · 第 70 / 150 题