VIII.

So Juan felt beneath her grace's eye

As, I have sung, and I confess his feeling

Acts strongly on my own, I can't tell why;

But as I like plain, honest, upright dealing,

I'll e'en confess I'm half afraid to try

Another line; my pen's, like Juan, reeling;

For 'tis indeed an awkward situation,

Might end in.... heav'ns!--now don't say what--flirtation.

(Qu'il y songe! ce Briarée aux cent plumes!) [5] et puis (tenez votre

rire, mes amis) le masque du pudique _Little_ [6] se couvre, à la pensée

de ce qui va arriver, de je ne sais quel rouge qu'il nomme de la

rougeur.

[Note 5: La _Revue d'Édimbourg_. Voir la satire de Byron intitulée:

_English Bards and Scotch reviewers_.]

[Note 6: _Little_. Thomas Moore a publié, sous ce pseudonyme, des poèmes

un peu plus qu'anacréontiques.]

III. Croyez-vous donc, Gifford, aux faits nécessaires? avez-vous partagé

cette insigne folie des probabilités qui réduisent l'avenir au calcul,

mathématisant avec du hasard, et additionnant le fortuit, comme ils font

de leurs X? Oh! ne savez-vous pas, Gifford, mon maître, qu'il y a des

abîmes entre les deux idées qui vont se succéder, et qu'entre le

tressaillement de la main de don Juan et ce qui d'avance fait rougir

Little, il y a un monde, et peut-être la fin du monde?

IV. Oui, la fin du monde; à tout prendre, ce serait une merveilleuse

façon de sortir de cette anxiété, et ce ne serait pas de trop pour

apaiser le courroux de Johnson et rendre au sourcil de Murray sa courbe

habituelle. N'en plaisantez pas, Gifford, le moyen n'est pas trop

exagéré pour me sauver de cet embarras; car ce moyen fera bien d'autres

choses: il tuera du même coup Babylone et une fourmi, un Walter Scott et

un Southey[7]. Pardon, Scott!

[Note 7: _Southey_. Le poète Laurent, ennemi de Byron.]

V. Il coupera par le milieu, au même moment, la parole d'un Fox et la

grimace d'un *****, le coup d'épée de Napoléon (qui n'en donna jamais)

et le coup de bâton de polichinelle, le flot de l'Océan qui tonne, et la

roulade de la cantatrice; que de choses incomplètes, Gifford! que de

Voltaires manqués! que de grandeurs inachevées! que de petitesses

éteintes à ce moment suprême! Décidément, voici la fin du monde.

VI. Au dernier vers de la dernière stance du seizième chant de don Juan,

il arriva ceci, que la terre fut détruite. Une comète ardente s'était

abattue sur elle et s'était comme engravée dans les profondeurs creusées

par sa chute. L'astre avait enroulé le globe de ses cheveux de feu et

l'en éteignait de toutes parts. La terre poussa d'horribles mugissements

de douleur, les planètes en furent troublées dans leur marche, et dans

leurs cercles reculés Jupiter et Saturne en furent émus.

VII. L'incendie avait éclaté dans l'Asie. On eût dit d'une mer de feu

qui montait sans cesse, entraînant dans ses flots rouges les villes qui

fondaient comme la cire, se brisant contre les montagnes, se soulevant

jusqu'à leurs crêtes et lançant en vapeur leurs glaciers éternels; et

quand elles étaient desséchées, les montagnes se brisaient

d'elles-mêmes, s'entrouvraient et tombaient, comme la chaux que l'eau

vient de dissoudre, dans cette mer enflammée, qui les dévorait.

VIII. Puis l'Afrique, ses déserts de sable, surpris par le souffle de

feu qui venait, se calcinèrent en une contrée de cristal; mais cette

métamorphose fut courte. L'incendie accourut à la suite de son souffle,

et les plaines vitrifiées se réduisirent en cendres. L'Europe périt

aussi tout entière: les glaces du pôle bouillonnèrent, et, s'étant

dissipées, laissèrent à nu l'axe de fer sur lequel la terre avait

incessamment pivoté jusqu'à ce moment de douleur et de mort.

IX. Car les convulsions de la nature étaient grandes. Pour l'homme, sa

douleur n'était rien, sa voix était soudainement étouffée, et il ne lui

était pas même laissé le temps d'invoquer ses dieux. Car aux vapeurs

approchantes de l'incendie, ils mouraient frappés, dissous en cendres

impalpables, comme si le feu les eût déjà atteints. Les temples et leurs

dieux étaient aussi consumés avec les pensées, les ambitions, les amours

et les haines.

X Alors, la mer de feu, vainqueur du pôle aux extrémités de l'Afrique,

se déploya devant l'Océan. Ce fut une bataille terrible. Les deux

ennemis face à face s'armèrent de toute leur puissance: l'incendie

élevait ses mille pyramides, l'Océan lui opposait jusque dans la nue ses

vagues gigantesques. Tous deux s'entrelaçaient, et tandis que les

flammes traversaient les vagues et brûlaient au milieu d'elles, ailleurs

c'étaient les vagues qui s'abattaient sur les flammes pour les écraser

et les éteindre.

XI. L'Océan rugissait furieux aux affreux sifflements de son ennemi;

mais les embrasements de la terre qui se consumait fournissaient sans

relâche à celui-ci des forces nouvelles. La mer, au contraire,

s'affaiblissait de plus en plus en vapeurs; ses vagues retombaient

brûlantes dans son sein; les rives de feu la pressaient et marchaient en

avant. Sa force l'abandonna, elle se reposa calme, comme un martyr

résigné à la mort; elle n'opposa plus rien aux faux vainqueurs, et,

exhalant ses derniers soupirs, elle laissa à nu ses profondeurs

palpitantes et calcinées.

XII. Il n'y eut plus de mer! il n'y eut plus de combat! L'incendie,

agrandi de sa victoire, passa. Il dévora les îles; l'Amérique tout

entière se tordit comme une corde au feu; les volcans eux-mêmes

n'étaient pas épargnés. Comme si l'incendie céleste eût dédaigné de

reconnaître ces flammes décolorées et froides de la terre, il insultait

à leur inertie, il mettait le feu à leurs feux et il enflammait leurs

flammes.

XIII. C'en était fait de la terre: un vêtement de feu l'enveloppait de

toutes parts; ses entrailles brûlaient aussi et dardaient jusqu'aux

cieux les métaux liquéfiés. Cependant ce squelette consumé par

l'incendie implacable s'amoindrissait de plus en plus; les flammes

elles-mêmes s'affaiblissaient autour de ce globe de cendres et rampaient

humbles et expirantes; il n'y avait plus rien à dévorer. L'incendie

vainqueur succomba sur le corps de sa victime, et sa dernière flamme se

perdit dans les airs avec un bruit léger.

XIV. Alors vint un grand vent... Il brisa ce noyau de cendres et le

dissipa en nuages obscurs dans l'espace. Il ne resta plus rien de la

terre, pas même la ruine qui marque ce qui a été. Rayée du nombre des

mondes, elle disparut; son atmosphère fut anéantie aussi, et les sphères

des autres planètes, se rapprochant avec une grande secousse, envahirent

la sienne et formèrent un nouvel ordre.

XV. Don Juan et la folle duchesse de Fitz-Fulke avaient aussi disparu

avec les débris de la terre, et remarquez l'immense développement que

donna cet incendie à ma _Juanude_ ou à ma _Juaneida_, comme il vous

plaira de l'intituler, car mes personnages ne vont plus désormais ramper

sur la terre, mais leurs âmes immatérielles se répandront dans l'univers

avec leur coquetterie et leurs amours.

XVI. Il n'y aura plus de terre, mais il y aura l'espace. Adeline ira à

tire-d'aile se réfugier dans l'anneau de Saturne, et s'y balancer comme

une goutte de rosée à la fleur qui vacille avec elle; l'âme de don Juan

poursuivra la folle immatérialité de la duchesse au travers des étoiles,

tandis que le jaloux Fitz-Plantagenet enfourchera quelque comète errante

pour atteindre ces âmes amoureuses.

XVII. Car la scène serait élargie; elle aurait l'univers pour lieu et le

temps pour durée: la virginale Aurora irait aussi promener ses rêveries

au milieu des cieux, et absorbée dans les tendres idées qu'elle ne

démêle pas bien elle-même, elle s'en irait préoccupée et pensive,

heurter une étoile qui fuirait effrayée du choc..... Mais c'en est assez,

je suis harassé de cette poésie, et me voici de retour dans le corridor

de Norman-Abbey.

XVIII. Don Juan, comme vous le savez, venait de sentir sa main palpiter

sur la taille palpitante de la duchesse, lorsque..... tout à coup un

bruit se fit entendre à l'extrémité du corridor. Aussitôt sa main

retombe d'elle-même. La duchesse se dresse froide et inquiète, et leurs

yeux, qui ne voyaient pas dans l'obscurité, se tournèrent cependant vers

le bruit, comme pour le regarder et le mieux entendre.

XIX. Et maintenant, ô Little, très-pudibond Little vous comprenez que la

fin du monde n'était point nécessaire pour rassurer votre

timidité.--Tous deux écoutant, retenant leur haleine: ils aspiraient, le

cou tendu les moindres parcelles du bruit, les plus légers atomes qui

troublaient la silencieuse sérénité de cette nuit.--Ils crurent entendre

quelques pas, et bientôt après un faible rayon de lumière vint

scintiller à leurs yeux.

XX. Mais déjà la duchesse avait deviné ce qu'elle n'avait pu voir, car

les femmes sont toutes ainsi; elles ont un vingtième sens qui devine et

pressent; il y a dans elles de l'instinct et de l'inspiration du

prophète, quand l'homme raisonne encore, elles savent déjà. Lady

Fitz-Fulke, pour échapper à quelque sotte catastrophe, avait donc

poursuivi son rôle de fantôme et, glissant comme une ombre, avait

disparu.

_La suite à un prochain numéro._

L'Illustration, No. 0012, 20 Mai 1843 · 第 25 / 31 题