SOMMAIRE

Le prince de Metternich Portrait. Une soirée chez le prince de

Metternich.--Courrier de Paris.--Horticulture. Exposition des produits

de l'Horticulture à l'Orangerie de la Chambre des Pairs. _Cinq

gravures._--La Vengeance des Trépassés par F. G. Nouvelle (fin).--Du

progrès de l'idée morale dans l'histoire de l'humanité.--Beaux-Arts..

Salon de 1843. _Translation de la sainte case de la Vierge, par Devéria;

l'Enfant et le Chien, par Maindrom; un Convoi de Blessés, par Charlet;

un Ménestrel, par Couture; Statue de Duquesne, par Dantan aîné._-La fin

de Don Juan (dix-septième chant).--La Phrénologie, chansonnette. Musique

de M. G. Héquet, paroles de M. Durandeau. _Gravure._--Théâtres.

Mademoiselle de La Vallière; l'Homme de Paille; les Cuisines. _Une scène

de mademoiselle de La Vallière; Porte St-Martin._--Bulletin

bibliographique.--Modes. _Gravure.--Napoléon adoré dans un temple

chinois._--Amusement des Sciences.--Rébus.

[Illustration: Le prince de Metternich[1].]

[Note 1: Ce portrait de M. de Metternich est gravé d'après le

tableau de Lawrence. Aujourd'hui M. de Metternich n'est plus aussi jeune

que lorsqu'il posait devant l'illustre artiste anglais. Mais aucun des

portraits lithographiés depuis en Allemagne n'était assez satisfaisant

pour pouvoir être préféré.]

Depuis bien des années. M. de Metternich occupe en Autriche la première

place. Plusieurs princes se sont succédé sur le trône, et il est demeuré

chef du cabinet, poursuivant avec impassibilité toutes les conséquences

de son système politique. La monarchie autrichienne, telle qu'elle

existe aujourd'hui, est son oeuvre. C'est grâce à lui qu'elle s'est

relevée sur les ruines du Saint-Empire Romain, et que, depuis 1813

jusqu'à nos jours, elle a joué un si grand rôle dans les affaires de

l'Europe.

Clément Wenceslas, comte de Metternich-Winneburg-Ochsenhausen, est né à

Coblentz, le 15 mai 1773, d'une des meilleures familles du pays. A l'âge

de quinze ans il fut envoyé à l'Université de Strasbourg, où il eut pour

condisciples le comte de Loewestine et Benjamin Constant. Le mouvement

révolutionnaire éclatait au moment où il achevait sa philosophie. Il

compléta ses études en Allemagne, parcourut la Hollande et l'Angleterre,

et revint à Vienne pour épouser, à l'âge de vingt et un ans, la fille du

fameux prince de Kaunitz. M. de Metternich, destiné à la carrière de la

diplomatie, assista d'abord comme simple secrétaire au congrès de

Radstadt, puis il accompagna le comte de Stadion dans ses missions en

Prusse et en Russie. Il allait être nommé ambassadeur à Pétersbourg

lorsque, le traité de Presbourg changeant tout à fait la situation de

l'Autriche en Europe, il fut envoyé à Paris. Dans ce poste difficile, M.

de Metternich se conduisit avec habileté. Convaincu que le meilleur

moyen de reconquérir quelque influence en Europe était de conserver une

stricte neutralité, tout en demeurant dans une alliance étroite avec

Napoléon, il s'attacha par-dessus toutes choses à plaire au

tout-puissant Empereur: c'était la politique adoptée par la cour de

Vienne, et il y réussit à merveille. Tout en M. de Metternich plaisait à

Napoléon, qui cherchait alors à reconstituer en France une cour et une

noblesse. M. de Metternich joignait aux avantages de la naissance des

manières élégantes, de la politesse, une physionomie noble et

distinguée; jeune, brillant, d'un esprit fin, d'une parole facile, il

était aussi ce que l'on appelle un homme à bonnes fortunes; il

paraissait à toutes les fêtes de la cour; on admirait le luxe de ses

équipages et de sa maison. Ses formes séduisantes avaient gagné

Napoléon, qui, tout en regrettant de le voir si jeune, car il n'avait

alors que trente-trois ans, l'accueillait avec faveur, et se plaisait à

le regarder comme l'expression du système français en Autriche.

On espérait à Vienne pouvoir conclure une alliance étroite entre la

France et l'Autriche; on rappelait en toute occasion le traité de 1756

Au milieu de ces rêves, Napoléon partit pour la fameuse entrevue

d'Erfurth. Dans les plans qui y furent agités, on sacrifiait l'Autrirhe.

Dès lors le cabinet de Vienne prêta l'oreille aux insinuations de

l'Angleterre, et se prépara sourdement à rompre le traité de Presbourg,

à l'aide des subsides de la Grande-Bretagne M. de Metternich eut pour

mission de couvrir les préparatifs militaires, et s'en acquitta si bien

que, lorsque l'Autriche se déclara, Napoléon, furieux d'avoir été si

longtemps trompé, donna l'ordre au ministre de la police d'enlever M. de

Metternich, qui était demeuré à Paris, et de le faire conduire de

brigade en brigade jusqu'à la frontière. Fouché adoucit cet ordre

brutal, et se contenta de faire accompagner l'ambassadeur autrichien par

un seul capitaine de gendarmerie.

Deux mois après, la victoire avait prononcé: le _Moniteur_ proclamait

que _la maison de Lorraine avait cessé de régner_, et l'Autriche

subissait la paix qu'il plaisait à l'Empereur de lui donner par le

traité de Vienne. M. de Metternich, durant toute cette campagne, était

resté au quartier-général de son souverain, avec le titre de ministre

d'État. Il tenait pour la paix. La nécessité fit prévaloir son opinion,

et l'empereur d'Autriche crut être agréable à Napoléon et témoigner de

la loyauté avec laquelle il voulait remplir ses engagements, en nommant

M. de Metternich chancelier d'État, c'est-à-dire premier ministre, avec

la direction des Affaires étrangères: M de Metternich avait trente-six

ans. Alors éclata la pensée qui a dirigé la politique de l'Autriche

jusqu'à la retraite de Moscou: reconquérir par une alliance étroite avec

la France ce qu'elle avait perdu par la guerre. Le mariage de Napoléon

avec une archiduchesse d'Autriche fut le premier acte de cette

politique. Bientôt après des mécontentements éclatent entre la France et

la Russie, et M. de Metternich négocie et conclut avec Napoléon, pour

l'Autriche, une alliance offensive et défensive. Mais c'est quand la

désastreuse retraite de Russie fut porté le premier coup à la fortune de

Napoléon, que se développa l'habileté de M. de Metternich: l'on voit

alors avec combien d'adresse, de fermeté, il s'efforce de relever son

pays et de lui rendre son rang parmi les grandes puissances. Il serait

trop long d'analyser ici les négociations suivies par ce ministre depuis

ce moment jusqu'à la ruine de l'Empire français.

En 1813, M. de Metternich ne voulait sûrement pas la ruine de Napoléon,

mais seulement substituer à son immense puissance une balance européenne

qui mit l'Autriche, la Prusse et la Russie dans un état d'indépendance à

l'égard de la France. Napoléon découvrit clairement pour la première

fois ces intentions de M. de Metternich dans des conférences à Dresde. Il

se révoltait contre l'audace des peuples qu'il avait tant de fois

écrasés. Les prétentions de M. de Metternich l'irritaient violemment;

cédant à un mouvement de colère, il lui dit: «Metternich, combien

l'Angleterre vous donne-t-elle pour jouer ce rôle contre moi?» M. de

Metternich pâlit, et ne répondit pas; mais comme Napoléon, dans la

vivacité de ses gestes, avait laissé tomber son chapeau, il ne se baissa

pas pour le ramasser, comme il l'eût fait par étiquette dans toute autre

circonstance. Cette parole outrageante contribua peut-être à la ruine de

l'Empereur. Des ce moment M de Metternich prêta l'oreille aux sentiments

des populations allemandes, et promit la coopération de l'armée

autrichienne, forte de 200,000 hommes, au plan de campagne tracé par

Bernadotte dans le congrès de Trachenberg.

Au milieu des longues et difficiles négociations qui amenèrent la chute

de Napoléon et la restauration des Bourbons. M. de Metternich s'appliqua

surtout à relever la maison d'Autriche de l'état de faiblesse et

d'abaissement où l'avait plongée sa lutte contre la France, et à lui

créer une puissance nouvelle qui put contre-balancer l'empire que la

Prusse exerçait sur l'Allemagne du nord Ce fut là le but de tous ses

efforts dans le congrès de Vienne, qu'il présida en quelque sorte; et il

y réussit en gagnant à l'Autriche la Lombardie et les bords de la mer

Adriatique. Depuis lors. M. de Metternich s'est appliqué exclusivement à

maintenir intacte son oeuvre ébranlée par de fréquentes secousses.

Comprimer le mouvement libéral qui agitait les populations italiennes,

arrêter les progrès de la Russie; c'est à cela que s'est réduite toute

la politique de M. de Metternich au dedans et au dehors. Jusqu'ici le

succès a couronné ses efforts.

Dans l'administration intérieure de l'Autriche, M. de Metternich semble

persuadé que la liberté civile est nécessaire pour tous, mais que les

peuples ne doivent avoir que juste assez de liberté politique pour ne

troubler ni l'esprit ni la durée des gouvernements Les circonstances

l'ont cependant maintes fois détourné de ces principes déjà peu

tolérables. La monarchie autrichienne se compose d'éléments hétérogènes

entre lesquels il n'y a jamais eu ni alliance complète ni fusion: ce

sont la Bohème, la Pologne, la Hongrie, le Tyrol, l'Italie; et certes on

ne peut voir là des éléments d'ordre et de durée: aussi, dans

l'administration intérieure, il règne un système de défiance et

d'oppression effrayant. La police est le principal ressort du

gouvernement, peut-être le seul, et il n'y a, dans cette immense et

puissante monarchie, ni lumières, ni moralité, ni force véritables.

La vie privée de M. de Metternich a été traversée par bien des malheurs

domestiques, que les distractions du monde n'ont pas toujours pu

effacer. On le dit bon, affable, et ses ennemis mêmes ne lui refusent

pas les qualités qui font l'honnête homme. Le tracas des affaires n'a

pas empêché M. de Metternich de cultiver son esprit et des talents

littéraires fort distingués. Avec une remarquable facilité d'expression,

il a un goût pur, une manière noble d'exprimer sa pensée, même dans ses

notes diplomatiques, on le sens est presque toujours caché sous des

phrases techniques. C'est à lui que l'on doit l'introduction dans les

protocoles de cette forme qui en appelle toujours à la postérité, des

passions et des progrès contemporains. M de Metternich possède à

merveille notre langue, il en connaît toutes les délicatesses, et il la

parle avec beaucoup de pureté. Les personnes qui l'approchèrent lorsque

la maladie de sa femme l'appela à Paris, en 1825, furent surprises de

trouver en lui presque de la vanité littéraire. Il connaissait tous nos

bons auteurs, jugeait les contemporains avec une remarquable sagacité,

et on avait peine à concevoir que ce grand politique eût trouvé le

loisir d'étudier les plus futiles productions de la littérature

contemporaine de notre pays. On dit que M. de Metternich a préparé des

mémoires étendus, appuyés de pièces justificatives, et qu'à l'exemple du

prince de Hardenberg, il les a écrits en français.

A cette esquisse biographique nous ajouterons l'article suivant, qui

nous est communiqué par un étranger tout à fait digne de foi.

L'Illustration, No. 0012, 20 Mai 1843 · 第 5 / 31 题