UNE MÈRE.

Simon, en marchant avec le gendarme, avait d'abord, pour se mettre bien

avec lui, fouillé sa poche, tiré sa petite boîte à «pralines,» et,

prenant la sienne, il lui avait dit:

--Peut-on vous offrir une friandise?

Le gendarme, en voyant ce qu'on lui offrait, avait fait une telle

grimace, que le matelot l'avait jugé du coup: _un terreux!_ Mais, comme

il ne pouvait se dispenser de parler, il lui demanda:

--Qu'est-ce que c'est que la femme qui m'a fait demander?

--C'est une particulière qui depuis tantôt rôdait autour de la

maison... On l'a attrapée au moment où elle grimpait après la grille

pour escalader...

--Pour escalader?... Une femme? Et elle grimpait?

--Oui... On l'a arrêtée; on a voulu la mener chez vous, elle a

refusé... et enfin, lorsqu'on l'a questionnée, elle a dit qu'elle

venait à cause de vous et qu'elle était là pour vous.

Le matelot Simon n'était pas ordinairement pâle; il avait le visage

fleuri, le nez ruisselant de carmin et les oreilles presque saignantes,

et cependant il rougit, mais il rougit à en devenir presque noir. Il

était bien aise que la nuit dissimulât son pudique embarras... C'est

que Simon était pur... Simon se trouvait beau, il s'aimait; mais il

ne permettait à personne de l'aimer... Une femme qui rôdait le jour

autour de la maison, qui cherchait à s'y introduire la nuit pour lui,

Simon... Certainement, cela le flattait... Il avait souvent, dans ses

récits de voyages, raconté que des princesses de toutes les couleurs

s'étaient pendues à son cou. C'est qu'alors il racontait ses rêves,

et il savait bien que cela n'existait pas. Mais cette fois, c'était

vrai. Une femme l'aimait dans l'ombre; il y avait autour de lui un oeil

ardent qui cherchait son regard, et il n'avait rien vu... C'est avec une

certaine émotion dans la voix qu'il demanda au gendarme:

--Dis donc, est-ce qu'elle est jeune?...

--Oui..., elle a de vingt-cinq à trente ans.

Simon fut obligé de mettre la main sur son coeur pour en comprimer les

battements...

--A-t-elle l'air d'une personne riche?... A-t-elle l'air d'une

étrangère?

Simon revenait tout de suite à ses rêves... Il pensait tout de suite

aux contes qu'il se faisait à lui-même, une reine, une princesse

d'une île merveilleuse, qui, risquant tout, bravant tous les dangers,

traversait le monde pour venir lui demander sa main. Le gendarme était

un homme positif, qui lisait les passeports et qui d'un coup d'oeil voit

tout; il répondit:

--Elle a une robe de laine, un châle de dentelles, des boucles

d'oreilles en or.

Des boucles d'oreilles en or! Simon était radieux; il attendait la fin

de la phrase; le gendarme se taisait. Il demanda timidement:

--Et dans le nez?

Le gendarme s'arrêta et il fronça ses sourcils, gros comme des

sangsues, sur ses yeux ronds, au regard doux... Il se fâchait; il

croyait que le matelot voulait se moquer de lui... et d'un ton rogue, il

dit:

--Qu'est-ce que vous dites?

Simon comprit. «Si c'est une princesse, pensa-t-il, pour ne pas être

remarquée, elle s'est simplement vêtue et elle a retiré l'anneau de

son nez.» Il demanda avec crainte:

--Gendarme, dis-moi, est-elle belle?

Le gendarme eut un sourire et un clignement d'yeux qui montrait que

la vue de celle qu'il appelait «la particulière» lui avait été

agréable, et il dit simplement:

--Les yeux bleus, nez droit, bouche petite, menton rond, visage ovale,

cheveux blonds, sourcils bruns, teint pâle. Signe particulier: néant.

Tout cela avait été dit d'une traite et presque sans respirer. Simon

avait regardé le gendarme, et il restait la bouche ouverte... Il avait

peu ou pas compris.

--Qu'est-ce que vous avez dit?

--C'est le signalement

--Ah! bien...

Il y eut un silence de quelques minutes... On arriva à la caserne.

Simon était très ému, et, se préparant à l'entrevue de celle qui

l'aimait, il mouillait ses doigts de salive et lissait ses cheveux...

Les idées les plus folles passaient par le cerveau du matelot, et

il voulait être beau, il voulait plaire; il tirait sa vareuse, il

appliquait bien son grand col, il passait sa manche sous son nez... et,

enfin, il se proposait de frapper un grand coup sur l'esprit de la reine

kanaque qui s'était dérangée de si loin pour le venir trouver; car

Simon était absolument convaincu que c'était une princesse des îles

les plus extravagantes qui le faisait demander. La malheureuse avait

été prise pour une drôlesse, à cause de son amour immodéré.

D'abord, ce n'est pas une Française, une Européenne, qui monterait

après des grilles pour l'idole de son coeur.

Il entra; on le conduisit au poste, et Simon faisait la risette, pour

recevoir d'une façon aimable celle qui le demandait, lorsque tout à

coup une femme se plaça devant lui et dit:

--Simon, est-ce que je suis une voleuse?

Le matelot fit un saut en arrière en exclamant:

--Madame!... Vous!... c'est vous qu'ils ont... prise..., arrêtée...

Qui donc?

Et le matelot, furieux, les sourcils froncés, jetait des regards de

défiance autour de lui...

--C'est vous!... vous, madame!...

Puis changeant, passant tout à coup de la colère aux larmes, il se

précipita aux genoux de la malheureuse Geneviève, en sanglotant et en

disant:

--Vous, ma lieutenante... Vous allez revenir, n'est-ce pas?... Vous

allez venir l'embrasser, cette petite, elle a besoin de sa mère...

Madame Geneviève..., venez, venez. Il faudra bien qu'on vous reçoive.

On juge de l'étonnement du chef de poste, du bourgeois qui avait guidé

les gendarmes, et des deux agents qui avaient arrêté la pauvre

femme comme une voleuse. Sans qu'il pensât seulement à donner des

explications au chef de poste, le matelot entraînait Geneviève en lui

disant:

--Venez..., venez, ma lieutenante.

Et, bouleversée par l'émotion de son ancien serviteur, émue par sa

brutale affection, Geneviève le suivit, les larmes aux yeux. Tout le

long du chemin, Simon bavardait sur Jeanne sans comprendre lui-même ce

qu'il disait, tant il était ravi de ce qui arrivait.

Lorsqu'ils furent devant la maison, il dit:

--Nous y voilà, madame Geneviève... Vous allez la voir...

Geneviève s'appuyait sur le petit mur; elle allait atteindre le but, et

la force lui manquait.

--Maintenant, ma lieutenante, dit le matelot, gare dessous! C'est ici

qu'il faut du courage.

--J'en aurai, dit bravement Geneviève en se redressant.

Le matelot ouvrit la grille, et ils entrèrent.

Geneviève, en disant qu'elle aurait du courage, voulait se le persuader

à elle-même; mais elle était anéantie, écrasée. Tant qu'il n'avait

été question que de lutter pour arriver à un résultat, elle avait

été forte; prévoyant ce qui arriverait, Geneviève se disait qu'elle

avait le courage du _courage_ qu'elle avait eu. Elle avait été au

danger comme l'homme va au combat, décidée à tout... Et à cette

heure, sur le terrain, les armes prêtes, elle avait peur!... Elle

avait le désir de reculer... Ce qui la préoccupait le plus, c'était

l'engagement de l'action.... Ah! si Jeanne avait été là! Alors, elle

l'aurait prise dans ses bras, et ferme, calme, elle aurait attendu qu'on

vînt la lui arracher.

Elle suivit le matelot. Celui-ci montait le perron, ouvrait la porte

du vestibule, la faisait entrer... C'était un sanglier que Simon; il

donnait de la tête... En avant! disait-il, sans raisonner, sans mesurer

ce qu'il faisait; il marchait, voulant brutaliser tout, il fallait en

finir... Et coûte que coûte. Simon sentait revivre en lui l'affection

qu'il avait eue pour son ancienne maîtresse; ému chaque jour par les

questions de la petite Jeanne, parlant sans cesse de sa mère,--Simon

voulait ce qu'il appelait l'abordage.

Il faisait tout à fait nuit, et tout dormait dans le pavillon, excepté

Pierre, seul dans le salon; étendu sur le canapé, il lisait... Et

c'était par les interstices des contrevents qui fermaient les fenêtres

du salon, que l'on voyait filtrer la lumière... Le matelot savait que

son maître, chaque soir, avant de gagner sa chambre, restait une heure

ou deux dans le salon, écrivant ou lisant... Jusqu'alors, il avait

trouvé cela absolument ridicule, ne s'expliquant pas les raisons qui

poussaient son lieutenant à perdre, dans un travail inutile, le temps

qu'on pouvait donner au sommeil... Le sommeil! pour Simon, c'était le

rêve, c'est-à-dire la fortune, les honneurs..., un monde absolument

bâti par son imagination, un monde qu'il gouvernait... Le sommeil!

fallait-il être fou pour lire quand on pouvait dormir!

Au contraire, à cette heure, il était heureux de ce qu'il appelait le

vice du lieutenant.

Il dit à Geneviève:

--Restez là. Attendez... Pas de bruit... Je reviens... Restez là.

Et, prenant la main de Geneviève, il la dirigea dans l'ombre, la plaça

devant la porte en répétant:

--Ne bougez pas. Restez là!

Et il partit. La pauvre femme tremblait; oppressée, elle respirait avec

peine, et se domptant, voulant être forte, elle se dressait; elle

fut obligée, cependant, de s'appuyer sur le mur pour ne pas tomber.

L'incertitude, l'inconnu même, au-devant duquel elle allait, en était

la plus grande cause. Était-ce son mari? était-ce sa fille qu'elle

allait voir devant elle lorsque cette porte s'ouvrirait, cette porte

que la lumière encadrait d'un rayon? Elle avait peur; elle se sentait

lâche; elle redoutait ce qu'elle avait tant désiré. Et cependant,

appuyée sur la porte pour se soutenir, elle tendait l'oreille et

n'entendait rien, rien...

Les minutes étaient des siècles.

Simon avait tourné le pavillon, et, par l'office, il était entré dans

la maison; il était arrivé à l'autre porte du salon et avait frappé.

A cette heure, tout le monde était ordinairement couché. Pierre,

étendu sur le divan, lisait. Il se leva, étonné, et dit:

--Entrez!

En voyant son matelot, il fut plus impatienté qu'étonné. Il lui dit

tranquillement:

--Que veux-tu à cette heure?... Pourquoi n'es-tu pas couché?

Le matelot s'avança tête nue, et, embarrassé, balbutiant, il

répondit:

--Je voulais me dormir...; mais ça ne s'est pas pu... Il y a des

affaires... et il faut finir ça.

L'incohérence de ce langage fit lever la tête à Pierre, qui,

regardant fixement son matelot, s'aperçut aussitôt du bouleversement

de ses traits, de son allure singulière, de son embarras, et cependant

de sa volonté d'agir, car, au premier mot d'impatience de son

lieutenant, le matelot Simon s'éclipsait ordinairement.

Pierre, les sourcils froncés, le regard perçant, demanda au matelot:

--Qu'est-ce qu'il y a, Simon?... Que veux-tu dire?

--Je veux dire... je veux dire... Et puis ça m'ennuie, parce que vous

allez dire non, et cependant il n'y a pas, là... tonnerre de Brest! il

faut en finir...

Pierre avait repoussé son livre, il regardait son matelot avec

inquiétude, se demandant s'il n'était pas fou.

Simon, semblant faire un effort, prenant un brusque parti, s'écria:

--Il faut en finir, quoi! Il y a quelqu'un qui vous demande, qui veut

vous voir... Et il n'y a pas à dire non! il faut...

L'allure, le langage du matelot déplaisaient à Pierre, il allait

s'impatienter; il demanda sévèrement:

--Qui me demande?... Que signifie cette comédie?

--Qui vous demande?...la comédie?... Tenez, voilà..., mon lieutenant,

vous vous fâcherez, vous me chasserez... mais bon sens... de bon

Dieu... cette enfant-là, elle me fait pleurer quand elle me demande sa

mère, et il faut qu'on la lui rende.

Et, courant vivement, il traversa le salon, ouvrit la porte, puis,

prenant Geneviève par la main, il la fit entrer, en disant:

--C'est ma lieutenante qui veut vous voir.

Pierre se recula étourdi en la reconnaissant. Geneviève tomba à

genoux sur le seuil et dit, en tendant vers lui ses mains jointes:

--Grâce!... Grâce!...

Pierre s'était écrié avec stupéfaction:

--Geneviève!...

Et d'un geste prompt, montrant la porte à son matelot, il avait

ajouté:

--Va-t'en vite, toi; nous causerons demain.

Simon s'était envolé. Il avait presque sauté par-dessus une chaise,

et, la porte étant fermée, seul dans le couloir, les larmes dans les

yeux, il disait:

--Espère! espère!... Il me fera ce qu'il voudra... Pas moins vrai

qu'ils sont ensemble... et que je vais aller réveiller la petite

Jeanne.

Pierre, les sourcils froncés, le ton rude, demanda:

--Que me voulez-vous, madame?

--Pierre, Pierre..., en grâce, rends-moi mon enfant,..

Et elle tendait vers lui ses mains jointes, et sa voix était suppliante

et son allure était humble. Pierre avait recouvré tout son calme; il

lui dit:

--Relevez-vous, madame, je n'ai pas de grâce à accorder... Pierre

Davenne, l'homme auquel vous vous adressez, est mort... Vous êtes

veuve!...

Geneviève le regardait, étonnée, cherchant à lire des impressions

sur sa face; mais le visage de Pierre était immobile; son regard, un

instant enflammé lorsqu'il l'avait vue, était comme éteint; elle fut

effrayée de ce calme, et dit timidement:

--Je suis prête à tout supporter, à tout entendre..., à tout

subir... Le châtiment sera ce que tu voudras, point de pardon... Mais

laisse-moi près de mon enfant...

--Madame, vous parlez d'un passé mort... Vous n'avez plus d'époux,

vous n'avez plus d'enfant.

A ce mot Geneviève se releva... et audacieuse, crâne, elle s'écria:

--Je n'ai plus d'enfant!... plus d'enfant! Je supplie, vous refusez!...

J'exige alors... Je veux mon enfant...; je suis ce que vous voudrez,

la dernière des créatures, châtiez-moi, insultez-moi... Faites-moi

passer devant un tribunal, jetez-moi la honte au visage, j'ai fauté, je

dois subir la peine... Mais il n'est pas un tribunal qui vous autorisera

à garder mon enfant... J'ai sur lui autant de droits que vous...

Pierre, en voyant Geneviève se relever et dicter sa volonté, la

regarda, étonné, semblant, ne pouvoir en croire ses yeux et ses

oreilles... Il avait beaucoup souffert, il savait être froid; il

répondit doucement:

--Je vous ai dit, madame, que vous êtes veuve... Celui que vous

cherchez est mort. Pierre Davenne n'existe plus... et sa fille n'est

plus en France...

--Ah! je sais que Jeanne est ici... et je ne sortirai qu'avec elle.

Le front de Pierre se plissa... Il s'avança vers Geneviève, et lui

dit:

--Vous sortirez d'ici seule, comme vous êtes entrée... Seule,

entendez-vous, et vous oublierez où se trouve cette maison... Si vous

voulez que pour un jour, pour une heure, celui que vous avez outragé,

celui que vous avez désespéré revive... que votre volonté soit

faite... Veuve, personne n'avait rien à vous dire: votre passé est

inconnu, et, s'il reste en vous quelques sentiments honnêtes, vous

pouvez vous relever par une vie nouvelle... Si, au contraire, vous

voulez être encore la femme de Pierre Davenne..., vous n'êtes plus

que la misérable, ingrate et infâme, la fille pauvre, prise par un

honnête homme qui lui donnait sa fortune... et de plus son nom,--un nom

honoré et respecté,--un honnête homme qui l'adorait, qui n'avait que

les soins qu'elle lui donnait, qui avait quitté pour elle, la pauvre

petite ouvrière, la carrière brillante des armes... Vous n'êtes plus

que la femme coupable, à laquelle on avait donné le bonheur et qui a

rendu la honte!... Madame Pierre Davenne, c'est la femme déshonorée,

que son mari repousse; c'est la mère indigne qui se salit, oubliant

qu'au-dessous de la loi, la société, le monde injuste, fait supporter

aux enfants la faute des mères... Vous voulez votre enfant, et

pourquoi? Femme coupable, le foyer vous est fermé, et vous voulez

condamner votre enfant à la vie que vous devez subir!

Pierre s'était emporté, violent, cruel, il parlait vite, l'oeil en

flamme, les poings serrés. Geneviève, écrasée sous cette accusation,

sous ce jugement, mais blessée, meurtrie par les outrages, ne voulait

plus céder sur un point; femme, elle supportait tout; mère, elle

exigeait, et elle était prête à se venger du mal que, dans son

emportement, Pierre lui faisait subir. Pierre continua:

--Finissons-en, puisque vous avez besoin de faire connaître à tous ce

que vous êtes; appelez-moi donc devant un tribunal... et nous verrons

si, lorsque je dirai ce que vous êtes..., des juges vous croiront digne

encore d'élever notre enfant... Jeanne est élevée par moi... Vous ne

la verrez jamais... Vous n'avez plus d'enfant... Jeanne est ma fille, ma

fille à moi.

C'était trop pour Geneviève. Elle était trop abaissée et elle voulut

se venger avec les armes dont son mari se servait contre elle. Elle se

redressa, et, cynique, insolente, elle lui dit:

--Votre fille... à vous... Qu'en savez-vous?...

Elle n'avait pas achevé que Pierre s'était précipité sur elle, la

tenant par le cou, prêt à l'étrangler, exclamant:

--Misérable!

Effrayée, épouvantée, et comprenant seulement trop tard la portée du

mensonge qu'elle venait de commettre, elle se laissa tomber aux pieds de

son mari, ne cherchant pas à lutter, mais s'écriant aussitôt:

--Non! non! Pierre... non! j'ai menti... je suis une misérable!

Et pantelante, s'offrant en sacrifice, appelant le châtiment, elle

étendit les bras, offrant sa poitrine. Elle ajouta:

--Je l'ai mérité, tue-moi... ici... et c'est la dernière grâce que

je te demande, que, morte, j'aie l'adieu de mon enfant... Frappe!

Le mouvement de colère qui avait entraîné Pierre s'éteignit

aussitôt; il était honteux de lui; son bras s'était levé sur une

femme. A cette pensée, le rouge brûlait son visage... Il venait de

souffrir en une seconde plus qu'il n'avait souffert en toute sa vie...

Jamais cette infernale pensée ne s'était présentée à son cerveau...

Cette enfant, l'adoration de sa vie, sa Jeanne, l'enfant d'un autre...

Oh! c'était trop... trop!

Geneviève, sous les coups terribles qui lui avaient été portés,

n'était parvenue à se monter que par des efforts incessants.--Depuis

quatre ans, elle avait, par une vie de sainte,--non par la vie

claustrale et la dévotion, mais par le travail, par l'utile, par le

vrai, dans le bien enfin, elle avait essayé de racheter son passé...

Si elle avait été cacher ses douleurs dans un couvent, elle n'aurait

pas eu la lutte constante à soutenir entre le bien et le mal...

isolée, défendue... Elle était rentrée dans la vie, la vie du

pauvre, qui se lève tôt et travaille jusqu'au soir pour avoir le pain

du jour... Belle, elle était restée sourde à toutes les avances.

Pas un jour, pas une heure, elle ne s'était dit:

--Je suis libre!

Au contraire, sa devise nouvelle, depuis qu'elle avait eu la liberté de

la veuve, avait été: le devoir.

Veuve! Bah! elle n'y avait jamais songé, elle pensait:

--Je suis mère!...

Puis elle souffrait de cette autre pensée;

--Je suis coupable!

Et elle revenait chaque jour, en larmes et à genoux, sur la tombe de

l'époux demander pardon de sa faute!...

L'expiation avait été longue et pénible, et, à cette heure, elle

espérait qu'on aurait tenu compte, non du sacrifice, mais de ce qu'elle

appelait le devoir accompli. Au contraire, bien plus sévère qu'à

l'heure de la faute, ce passé dont elle avait honte, cette boue de sa

vie, on la lui jetait à la face; sa vie honnête, sa vie nouvelle,

ses luttes avec le misérable qui l'avait perdue, ces luttes dont elle

était sortie aussi pure, on ne les comptait pas.

La pauvre femme ne savait pas que, du jour où Pierre avait joué la

lugubre comédie de la mort, il avait eu la force de se considérer

comme mort; jamais il n'avait pensé à elle, jamais il ne s'était

informé de sa vie; les démarches du matelot lui étaient personnelles;

il ne l'avait écouté qu'une fois, le jour où il avait dit:

--Elle est honnête, elle vit de son travail...

Il avait répondu:

--Elle verra son enfant lorsque celle-ci sera assez grande pour la voir

sans danger.

C'est que Pierre était un homme de fer, sévère pour lui, cruel pour

les autres, et bien convaincu de la vérité des vers de Boileau:

L'honneur est comme une île escarpée et sans bords;

On n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.

Sa femme avait manqué à l'honneur, sa femme était perdue... Homme,

il était incapable de poursuivre une femme de sa vengeance. Non! il

l'avait abandonnée à sa boue; il lui avait retiré «lui»; il la

condamnait à vivre avec son amant, et surtout à l'oubli. Mais il

frappait sur l'homme. A l'une, le mépris dédaigneux dans l'oubli; à

l'autre, la haine, la haine implacable, mortelle.

Le frère, cet ami était venu chez lui, avait mordu la main tendue,

déshonoré le foyer, il avait été indigne, traître, ingrat et

lâche... Pas de pitié... Nature entière, Pierre, en sortant de la

tombe, avait choisi le nom qui le peignait le plus justement:

Jean Sévère. Et jusqu'au bout, sans faiblesse, sans pitié, il

accomplissait la tâche qu'il s'était imposée: la vengeance!

Sa femme était morte pour lui...

Son ami, il mourrait... Et Pierre ne redoutait plus l'heure où il

aurait à se placer devant lui, il l'attendait...

Geneviève, au contraire, croyait que son mari s'intéressait à sa vie,

savait les cruautés de l'expiation, et c'est pour cela qu'un cri

de haine, un mensonge,--un crime à cette heure,--était sorti de sa

bouche.

En voyant ce que ce mot avait fait, Geneviève aurait donné sa vie pour

ne pas l'avoir dit.

Après son accès de colère, accès qui n'avait pas duré plus que

l'éclair, Pierre, écrasé, était retombé sur le canapé et, redevenu

faible comme un enfant, prenant sa tête dans ses mains, il fondit

en larmes. Et ses sanglots désespéraient la malheureuse femme. Se

traînant à genoux jusqu'à ses pieds, elle s'écriait:

--J'ai menti... Je suis une indigne créature, punis-moi, châtie-moi...

Oh! si tu savais ce que j'ai souffert pour revoir ma Jeanne... Pierre,

Pierre, oh! je t'en supplie, ne pleure pas ainsi... Tu sais bien qu'elle

est ta fille...

--Oh! si vous saviez, malheureuse, le doute affreux que vous avez jeté

en moi!... Si vous saviez de quelle infernale pensée ma vie va être

assiégée!... L'unique être pour lequel je vis... Mais, malheureuse

femme, vous ne pensez donc pas que cette enfant a besoin de moi pour

vivre... Vous ne sentez donc pas qu'en m'arrachant l'affection sacrée

dont mon coeur est plein, c'est un crime nouveau ajouté aux autres!

--Pardon, Pierre..., j'ai menti... Sur elle, sur ma Jeanne..., devant

Dieu, je le jure..., j'ai menti; tu me martyrisais, j'ai commis une

infamie pour me venger... Grâce... encore une fois...

Il y eut une longue minute de silence pendant laquelle on n'entendait

que les sanglots étouffés des deux malheureux. Pierre était bien

forcé de se l'avouer, l'amour de jadis était mort véritablement.

Sa femme était belle, sa femme était jeune, nous l'avons dit; Pierre

ignorait la vie exemplaire par laquelle Geneviève avait essayé de

racheter le passé. Et cependant que lui demandait-elle? Son enfant!

Elle ne pouvait avoir la pensée d'emmener Jeanne; ce qu'elle désirait,

ce qu'elle réclamait, c'était donc sa place au foyer, près de son

enfant. Et cela semblait impossible à Pierre. Il fit un effort, essuya

ses yeux et demanda:

--Enfin, que voulez-vous?

Geneviève releva vers lui ses beaux yeux suppliants et dit:

--Je te demande, Pierre, de m'accueillir... Je suis maintenant habituée

au travail..., tu me considéreras comme ta servante...; mais tu me

laisseras près de mon enfant, je subirai tout... Je la respecterai,

_Elle_...

--Que me dites-vous là, madame?... _Elle_... Vous parlez de celle

qui, regrettant le malheur survenu par elle à cause de vous, s'est

sacrifiée pour élever votre enfant à l'heure où vous vous étiez

rendue indigne de cette mission sainte... Sous ce toit, madame, ne

vivent que d'honnêtes gens... Mlle Madeleine de Soizé est restée ce

qu'elle était, la fiancée trompée... à cause de vous!

Geneviève était toujours à genoux; humiliée, elle baissa la tête...

Mais elle était satisfaite de la déclaration que son mari venait de

faire... Madeleine n'avait été que la directrice de Jeanne...

Pierre continua:

--Aujourd'hui, si j'accordais ce que vous demandez, avez-vous pensé,

madame, que ma fille me demanderait la raison qui me fait donner une

si basse condition à sa mère?... Avez-vous pensé qu'en vous revoyant

elle me demandera la cause de ce long éloignement?... Que devrai-je lui

dire?...

--Oh! vous êtes sans pitié...

--Ne l'avez-vous pas été vous-même?

--Ainsi, supplia Geneviève, vous refusez? Eh bien, écoutez... Pierre,

écoutez. Je travaille, je continuerai, je resterai loin de vous, ne

vous tourmentant pas...; mais laissez-moi seulement la voir, à des

heures que vous fixerez; vous me permettrez, cachée, de la regarder, de

l'entendre... Voulez-vous?

Et comme Pierre ne répondait pas..., elle s'accrocha à lui,

suppliante.

--Pierre! Pierre! je t'en supplie, c'est épouvantable ce que je

souffre. Pierre, c'est par quatre années de luttes, de misères, de

larmes et de travail, c'est surtout par quatre années de remords et de

repentir que j'ai cherché à mériter mon pardon. Ma vie, je l'avais

dévouée à mon enfant. Je me croyais veuve, et ce veuvage, je l'avais

juré éternel. Je voulais, par l'austérité de ma vie, racheter ce

passé et me rendre digne du retour de mon enfant. Pierre! seras-tu sans

pitié? Si tu ne veux me rendre mon enfant, tue-moi!...

On entendait du bruit dans le couloir... Pierre, qui avait écouté ces

dernières phrases avec étonnement, dit avec vivacité:

--Relevez-vous! relevez-vous! On vient!

--Non! dit-elle! non! Je suis coupable; si tu refuses le pardon,

châtie-moi devant tous... Chasse-moi... Ton outrage dernier me donnera

le courage de mourir...

--Mais relève-toi! exclama Pierre, la saisissant et la redressant...

C'est Jeanne, je ne veux pas qu'elle te voie à mes genoux...

Mais Geneviève retomba sur ses genoux, elle était sans force; à son

tour, elle avait peur. Pierre avait dit que c'était Jeanne qui venait,

et la mère se demandait si sa fille allait la reconnaître, et la

malheureuse redoutait que son enfant, n'ayant entendu parler d'elle que

comme d'une coupable, hésitât à venir vers elle... Geneviève restait

à genoux pour tendre à son enfant ses mains jointes. Mais Pierre, en

la voyant retomber è ses pieds, avait couru vers la porte dont déjà

la serrure craquait; il l'avait repoussée en disant brutalement:

--Je veux être seul... Qu'on me laisse...

La porte s'était fermée, et il avait poussé le verrou... Alors on

entendit la voix argentine de l'enfant qui disait:

--Oh! tu vois, Simon, tu fais gronder petit père!

Alors, comme dans une extase, Geneviève étendit les bras; il semblait

qu'elle voyait au travers de la porte. Charmée, ravie, souriant à sa

vision, penchant la tête pour entendre encore ce chant aimé: la voix

de son enfant.

Pierre, haletant, était revenu vers elle.

--Tais-toi! tais-toi!, disait-il... Tu reverras ta fille.

Alors elle leva les yeux vers lui; il lui sembla qu'il était

transformé, il lui sembla que des larmes coulaient sur ses joues; il

répétait, suppliant:

--Tais-toi..., je t'en supplie, tais-toi.

Geneviève cependant ne disait, ou plutôt ne balbutiait que des mots

sans suite:

--C'est elle, ma Jeanne!... mon ange! Jeanne! mon trésor!

Et Pierre dit:

--Geneviève..., il faut avoir de la raison... Il faut que l'ont dise

à l'enfant pourquoi elle revoit sa mère... Geneviève... Dans l'idée

qu'un jour peut-être, sur sa route, Jeanne pouvait te revoir, je lui

ai dit que les morts revenaient quelquefois...; car pour elle tu es

morte... et, sur sa demande, un jour j'ai fait porter des couronnes sur

ta tombe... A cette heure... la nuit... l''enfant à peine éveillée te

prendrait peut-être pour une vision, pour un fantôme... Et qui sait si

le bouleversement de la peur ne tuerait pas... _notre_ enfant...

Geneviève s'était redressée alors, effrayée, tendant les mains comme

les gens qui disent: Chut! se soumettant; lorsque Pierre, après

avoir hésité, dit: «_Notre_ enfant!» elle eut un gros soupir de

soulagement et se jetant dans ses bras...

--Oh! merci! merci..., s'écria-t-elle.

Pierre ne la repoussa pas. Elle vacillait, il la soutint, et comme les

sanglots la faisaient haleter, il appuya sa tête sur son épaule, et

plaça sa main caressante sur ses beaux cheveux blonds...

La vie humaine a son côté matériel, son côté positif, son côté

charnel... et peut-être ce rapprochement des deux êtres fit-il plus

que tout. En sentant battre sur son coeur le coeur de celle qu'il avait

tant aimée, en sentant sous ses doigts cette chair de velours et ces

cheveux de soie, en respirant le parfum de la femme autrefois adorée,

en admirant enfin cette superbe créature qui était à lui, cette

beauté complète, l'amour se réveilla. Il y eut un tressaillement dans

son être, et Geneviève le ressentit.

En une minute, le tableau de la vie austère de la veuve passa devant

les yeux de Pierre; il comprit le courage dépensé par cette femme,

jeune et belle, par cela même livrée à toutes les tentations,

à cette femme jetée dans la vie misérable et abandonnée, libre,

puisqu'elle était veuve... et qui avait eu le courage de remonter

l'abîme dans lequel elle était tombée. Seule, sans appui, sans

soutien, n'ayant qu'une pensée: bien faire, pour racheter sa faute...

Habituée au luxe, elle avait vécu pauvre, sans se plaindre: châtiée

par lui, elle n'avait gardé que l'adoration de sa mémoire... Il n'y

avait eu en elle qu'un désir: racheter sa faute...

Il la pressait dans ses bras, et les battements de leur coeur se

rencontraient. En sentant les tressaillements de son mari, Geneviève

releva la tête en les attribuant, la pauvre femme, à la répulsion

qu'elle inspirait, et son regard suppliant cherchait le regard de

Pierre. Elle sentit une larme tiède tomber sur son front, elle exclama:

--Pierre! Pierre! ne pleure pas!

Pierre lui prit la tête et, la regardant bien en face, les yeux dans

les yeux, il lui demanda:

--Que veux-tu, Geneviève?

Elle répondit:

--Le pardon... le pardon...

Alors Pierre sourit, et comme il soutenait sa tête, il avança

son visage; leurs lèvres se rencontrèrent dans un long baiser...

Geneviève eut comme un spasme, et, fermant les yeux, perdant

connaissance, elle dit en défaillant dans les bras de Pierre:

--Je puis mourir maintenant... Dieu est bon!...

Mais le matelot avait sa tête à lui, et lorsqu'il s'était promis

quelque chose, il fallait que ce quelque chose arrivât. Or, il voulait

brusquer la situation, et carrément. Sans souci de ce que pourrait dire

ou penser son maître, il avait été réveiller la petite Jeanne, en

lui disant:

--Vite, mamzelle, sur le pont... Petite mère est revenue de son grand

voyage, et elle nous attend en bas...

Et la ravissante enfant avait ri en lui répondant:

--Je ne le rêvais donc pas, Simon...?

Simon, en entendant ça, resta bouche ouverte; il faillit en perdre sa

praline, et, ne trouvant rien à dire, il exclama:

--Espère! espère!

Prenant l'enfant en toilette de nuit, c'est-à-dire presque nue, dans

ses bras, il la descendit au salon. Nous avons vu ce qui s'était

passé... Mais le matelot avait répliqué:

--Bon sens! par mon saint patron, pour une fois que je mange la

consigne, je la mangerai jusqu'au bout... Et il s'enfonça dans le

couloir, pour regagner le vestibule, marchant sur la pointe du pied.

Arrivé devant la porte du salon, il posa l'enfant et lui dit:

--Mamzelle, courez voir maman!

Et brusquement, il ouvrit la porte. Oh! alors, il baissa la tête,

relevant les épaules, s'apprêtant à recevoir une bordée d'injures.

Rien!

L'enfant, en reconnaissant sa mère, courut se jeter dans ses bras,

et pendant deux grandes minutes ce ne fut qu'un bruit de baisers, de

sanglots, qu'un balbutiement de mots, de tendresse, d'amour.

--Jeanne! ma fille! ma chérie, ma vie! je meurs!...

Et Pierre, qui les tenait toutes deux embrassées, pleurait...

Le matelot cligna de l'oeil en dessous, et, en voyant la scène

de bonheur qu'il avait amenée, tout stupéfait, mais heureux, il

s'avança, et, ne pouvant résister à ce qu'il éprouvait, il fit une

épouvantable grimace; de grosses larmes coulèrent sur ses joues, et il

les tamponnait avec de grands coups de manche, des coups à s'écraser

le nez... Enfin, succombant sous l'émotion, il tomba à genoux, et,

joignant ses larges mains, il s'écria avec des sanglots:

--Ah! monsieur notre Seigneur le bon Dieu, vous, mon saint patron... et

vous, Notre-Dame de chez nous, ah! bon Dieu de bon sang! que vous êtes

de bonnes gens!... Simon peut mourir... Il les a vus tous heureux...

Alors Pierre releva la tête et dit avec émotion en lui tendant les

bras:

--Simon!... Simon!... Allons, viens, mon vieux fidèle..., viens prendre

ta part du bonheur auquel tu as contribué. Et après celles de Pierre,

les lèvres fraîches de Geneviève se placèrent sur la peau dure du

vieux matelot. L'enfant disait:

--Oh! petite mère, c'est gentil d'être revenue... pour longtemps,

dis?...

Les grands yeux humides de Geneviève regardèrent Pierre, et celui-ci

répondit à l'enfant:

--Petite mère est revenue pour toujours.

A cette heure, Madeleine de Soizé, qui s'était éveillée au bruit,

avait entendu la scène; triste, elle était remontée chez elle; elle

avait dit tout bas:

--Si cruel qu'il ait été, mon devoir est accompli.

Elle écrivit deux lignes qu'elle mit sous enveloppe à l'adresse de

Pierre. Ces lignes étaient:

«Adieu, je serais de trop. Ma présence rappellerait sans cesse le

passé, qui doit être oublié, et je souffrirais trop de voir une femme

vous aimer. C'est au couvent que j'irai ensevelir l'amour que je vous ai

caché. Pierre, adieu! Je prierai pour votre bonheur à tous.

«Madeleine de Soizé.»

Le lendemain, lorsqu'on s'éveilla dans le pavillon du bord de l'eau,

Madeleine était partie... Pierre lut la lettre. Étonné, il hocha la

tête et murmura:

--Noble créature!... Et le misérable ne l'avait pas devinée...

Il dit à sa femme et au matelot que, depuis longtemps, Madeleine avait

dit que le jour où Geneviève reviendrait, elle partirait; qu'elle

avait hâte de vivre dans sa famille. L'animosité de Mme Davenne

s'éteignit en apprenant que souvent Madeleine l'avait défendue et

avait réclamé le pardon.

Pierre lut avec stupéfaction dans le journal l'épouvantable fin de

Fernand et du vieux Rig... Et, vivement impressionné par l'horreur

de cette mort, il bénit le sort qui empêchait ainsi un procès

scandaleux, dans lequel la haine de Fernand n'aurait pas manqué de le

mêler.

Ce que devint Iza, la belle Moldave, ce serait bien long à raconter...

Toute la jeunesse élégante et extravagante l'a connue sous le

nom d'_Iza la Ruine_; elle a été rendue presque célèbre par un

épouvantable procès. Un jour, peut-être, écrirons-nous cette autre

histoire.

La femme du mort, Tome II (1897) · 第 42 / 44 题