Un scrupule...
Comment, trente ans plus tard, faire revivre le passé dans sa fraîcheur,
si je ne lui restitue pas son mirage, si je ne le dépeins pas tel qu’il
m’apparut, et non tel que je le juge à présent. Êtres et choses ont
changé; bien des sentiments délicieux sont devenus amers; des affections
m’ont trahi, d’autres sont mortes.
Pourtant ce qui fut, comment pourrais-je l’anéantir?
Un poète a dit:
Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière
Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.
Ma jeunesse avec ses illusions est fixée là, papillon lumineux. Je me
garderai de toucher à ses ailes, de peur de la voir tomber en poussière.