CHAPITRE XXV.

Contenant quelques détails relatifs aux coups de marteau, ainsi que

diverses autres particularités, parmi lesquelles figurent, notablement,

certaines découvertes concernant M. Snodgrass et une jeune lady.

L'objet qui se présenta aux yeux du clerc, était un jeune garçon

prodigieusement gras, revêtu d'une livrée de domestique, et se tenant

debout sur le paillasson, mais avec les yeux fermés comme pour dormir.

Lowten n'avait jamais vu un jeune garçon aussi gras, et sa corpulence

extraordinaire, jointe au repos complet de sa physionomie, si différente

de celle qu'on aurait dû raisonnablement attendre d'un si intrépide

frappeur, le remplirent d'étonnement.

«Que voulez-vous? demanda le clerc.»

L'enfant extraordinaire ne répondit point un seul mot, mais il baissa la

tête, et Lowten s'imagina l'entendre ronfler faiblement.

«D'où venez-vous?» reprit le clerc. Le gros garçon respira profondément,

mais il ne bougea point.

Le clerc répéta trois fois ses questions, et ne recevant aucune

réponse, il se préparait à fermer la porte, quand tout à coup le jeune

garçon ouvrit les yeux, les cligna plusieurs fois, éternua et étendit la

main, comme pour recommencer à frapper. S'apercevant que la porte était

ouverte, il regarda autour de lui avec stupéfaction, et, à la fin, fixa

ses gros yeux ronds sur le visage de Lowten.

«Pourquoi diable frappez-vous comme cela? lui demanda le clerc avec

colère.

--Comme quoi? répondit le gros garçon d'une voix endormie.

--Comme quarante cochers de place.

--Parce que mon maître m'a dit de ne pas arrêter de frapper jusqu'à ce

qu'on ouvre la porte, de peur que je m'endorme.

--Eh bien! quel message apportez-vous?

--Il est en bas.

--Qui?

--Mon maître; il veut savoir si vous êtes à la maison.»

En ce moment, M. Lowten imagina de mettre la tête à la fenêtre. Voyant

dans son carrosse ouvert un vieux gentleman qui regardait en l'air avec

anxiété, il lui fit signe, et le vieux gentleman descendit

immédiatement.

--C'est votre maître qui est dans la voiture, je suppose, dit Lowten.»

Le gros garçon baissa la tête d'une manière affirmative.

Toute autre question fut rendue inutile par l'apparition du vieux

Wardle, qui, ayant monté lestement l'escalier et reconnu Lowten, passa

immédiatement dans la chambre de Perker.

«Pickwick! s'écria-t-il, votre main, mon garçon. C'est d'hier seulement

que j'ai appris que vous vous étiez laissé mettre en cage. Comment

avez-vous souffert cela, Perker?

--Je n'ai pas pu l'empêcher, mon cher monsieur, répliqua le petit avoué

avec un sourire et une prise de tabac. Vous savez comme il est obstiné.

--Certainement, je le sais, mais je suis enchanté de le voir malgré

cela. Ce n'est pas de sitôt que je le perdrai de vue.»

Ayant ainsi parlé, Wardle serra de nouveau la main de M. Pickwick, puis

celle de Perker, et se jeta dans un fauteuil, son joyeux visage brillant

plus que jamais de bonne humeur et de santé.

«Eh bien! dit-il, voilà de jolies histoires! Une prise de tabac, Perker

mon garçon. Avez-vous jamais rien vu de pareil, hein?

--Que voulez-vous dire? demanda M. Pickwick.

--Ma foi! je pense que toutes les filles ont perdu la tête. Vous direz

peut-être que cela n'est pas bien nouveau, mais c'est vrai néanmoins.

--Eh! mon cher monsieur, dit Perker, est-ce que vous êtes venu à Londres

tout exprès pour nous apprendre cela?

--Non, non, pas tout à fait; quoique ce soit la principale cause de mon

voyage. Comment va Arabelle?

--Très-bien, répondit M. Pickwick; et elle sera charmée de vous voir,

j'en suis sûr.

--La petite coquette aux yeux noirs! J'avais grandement idée de

l'épouser moi-même un de ces beaux jours, mais néanmoins je suis charmé

de cela, véritablement.

--Comment l'avez-vous appris? demanda M. Pickwick.

--Oh! par mes filles naturellement. Arabelle leur a écrit avant-hier

qu'elle s'était mariée sans le consentement du père de son mari, et que

vous étiez allé pour le lui demander, quand son refus ne pourrait plus

empêcher le mariage, et tout cela. J'ai pensé que c'était un bon moment

pour donner une petite leçon à mes filles, pour leur faire remarquer

quelle chose terrible c'était quand les enfants se mariaient sans le

consentement de leurs parents, et le reste. Mais baste! je n'ai pas pu

faire la plus légère impression sur elles. Elles trouvaient mille fois

plus terrible qu'il y eût eu un mariage sans demoiselles d'honneur, et

j'aurais aussi bien fait de prêcher Joe lui-même.»

Ici le vieux gentleman s'arrêta pour rire, et quand il s'en fut donné

tout son content, il reprit en ces termes:

«Mais ce n'est pas tout, à ce qu'il paraît. Ce n'est là que la moitié

des complots et des amourettes qui se sont machinés. Depuis six mois

nous marchons sur des mines, et elles ont éclaté à la fin.

--Qu'est-ce que vous voulez dire, s'écria M. Pickwick, en pâlissant. Pas

d'autre mariage secret, j'espère.

--Non! non! pas tout à fait aussi mauvais que cela; non.

--Quoi donc alors! suis-je intéressé dans l'affaire?

--Dois-je répondre à cette question, Perker?

--Si vous ne vous compromettez pas, en y répondant, mon cher monsieur.

--Eh bien! alors, dit M. Wardle en se tournant vers M. Pickwick; eh bien

alors, oui, vous y êtes intéressé.

--Comment cela, demanda celui-ci avec anxiété. En quelle manière?

--Réellement, vous êtes un jeune gaillard si emporté, que j'ai presque

peur de vous le dire. Néanmoins, si Perker veut s'asseoir entre nous,

pour prévenir un malheur, je m'y hasarderai.»

Ayant fermé la porte de la chambre, et s'étant fortifié par une autre

descente dans la tabatière de Perker, le vieux gentleman commença sa

grande révélation en ces termes:

«Le fait est que ma fille Bella... Bella qui a épousé le jeune Trundle,

vous savez?

--Oui, oui, nous savons, dit M. Pickwick avec impatience.

--Ne m'intimidez pas dès le commencement. Ma fille Bella, l'autre soir,

s'assit à côté de moi lorsque Émily fut allée se coucher, avec un mal de

tête, après m'avoir lu la lettre d'Arabelle; et commença à me parler de

ce mariage. «Eh bien! papa, dit-elle, qu'est-ce que vous en pensez.--Ma

foi, ma chère, répondis-je, j'aime à croire que tout ira bien.» Il faut

vous dire que j'étais assis devant un bon feu, buvant mon grog

paisiblement, et que je comptais bien, en jetant de temps en temps un

mot indécis, l'engager à continuer son charmant petit babil. Mes deux

filles sont tout le portrait de leur pauvre chère mère et plus je

deviens vieux, plus j'ai de plaisir à rester assis en tête à tête avec

elles. Dans ces moments-là, leur voix, leur physionomie, me reportent au

temps le plus agréable de ma vie, me rendent encore aussi jeune que je

l'étais alors, quoique pas tout à fait aussi heureux. «C'est un

véritable mariage d'inclination, dit Bella après un moment de

silence.--Oui, ma chère, répondis-je; mais ce ne sont pas toujours ceux

qui réussissent le mieux....»

--Je soutiens le contraire! interrompit M. Pickwick avec chaleur.

--Très-bien; soutenez ce que vous voudrez, quand ce sera votre tour à

parler, mais ne m'interrompez pas.

--Je vous demande pardon.

--Accordé. «Papa, dit Bella en rougissant un peu, je suis fâchée de vous

entendre parler contre les mariages d'inclination.--J'ai eu tort, ma

chère, répondis-je en tapant ses joues aussi doucement que peut le faire

un vieux gaillard comme moi. J'ai eu tort de parler ainsi, car votre

mère a fait un mariage d'inclination, et vous aussi.--Ce n'est pas là

ce que je voulais dire, papa, reprit Bella; le fait est que je voulais

vous parler d'Émily.»

Aventures de Monsieur Pickwick, Vol. II · 第 58 / 73 题