_Avis pour les enfans._
§. 355. Les maladies des enfans, & tout ce qui regarde leur conduite
sont des objets qui ont été généralement trop négligés, par les
Medecins; l'on en confioit la direction aux personnes les moins propres
à s'en charger. Leur santé est cependant bien importante; il faut les
conserver, si l'on veut avoir des hommes; & leur médecine est
susceptible d'un assez grand degré de perfection. Elle a un avantage sur
celle des adultes, c'est que l'on ne trouve pas des complications de
maux aussi fréquentes. L'on dit qu'ils ne savent pas se faire entendre;
cela est vrai jusques à un certain point; mais cela ne l'est pas
exactement. Il est vrai qu'ils ne parlent pas notre langage; mais ils en
ont un, qu'il faut étudier. Chaque maladie a proprement le sien, qu'un
Medecin attentif apprend; il doit donner tous ses soins à comprendre
celui des enfans, & à en profiter pour perfectionner les moyens de les
rendre sains & vigoureux, & de les guérir des différens maux auxquels
ils sont exposés. Je ne me propose point de remplir cette tâche
actuellement; mais j'indiquerai les principales causes de leurs maux, &
la façon générale de les traiter. Je leur épargnerai au moins par-là,
une partie du mal qu'on leur fait, & l'épargne des maux artificiels est
un des grands buts de cet ouvrage.
§. 356. L'estomac & les intestins de l'enfant, sont remplis, quand il
vient au monde, d'une matiere noire, médiocrement épaisse & assez
gluante, qu'on appelle _meconium_. Il faut que cette matiere sorte,
avant que l'enfant prenne du lait; sans quoi elle le corromproit, &
devenant elle-même extrêmement âcre, il en résulteroit une double source
de maux, auxquels l'enfant ne résisteroit point.
La maladie qui les tue à cet âge, c'est les convulsions. Leurs nerfs
sont extrêmement sensibles, & dès que quelque chose les irrite, les
convulsions naissent. L'on prévient le mal en ôtant la cause. On ne leur
donne point de lait les vingt-quatre premieres heures; mais on leur fait
boire de l'eau dans laquelle on met un peu de sucre ou de miel; ce qui
délaie ce _meconium_, & en facilite l'évacuation; mais pour être plus
sûr qu'elle s'opere, il faut leur donner une once de _syrop de chicorée
composé_, qu'on délaie avec un peu d'eau, & qu'on leur fait boire dans
l'espace de quatre ou cinq heures. Cette pratique a les plus grands
avantages, & il est à souhaiter qu'elle devienne générale. Le syrop que
j'indique est à préférer de beaucoup à tous les autres, & surtout à
l'huile d'amandes douces.
S'ils avoient besoin de quelque aliment, il n'y a point d'inconvénient à
leur donner un peu de biscuit dans l'eau, comme on fait ordinairement,
ou un peu de panade très claire.
§. 357. Quoiqu'ils aient été bien évacués d'abord après leur naissance,
très souvent le lait s'aigrit, & produit des coliques violentes, des
convulsions, la diarrhée, la mort. Il n'y a que deux choses à faire;
évacuer ces matieres, & leur donner des absorbans. Le syrop de chicorée
est encore dans ce cas, le meilleur remede. On donne ensuite, trois
prises par jour de la poudre Nº. 60, & on leur fait boire un thé de
mélisse & de tilleul. L'on est dans l'usage de donner aux enfans
beaucoup d'huile d'amandes douces dès qu'ils ont quelques tranchées,
c'est une habitude pernicieuse, & dont les conséquences sont très
dangereuses. Il est vrai que l'huile appaise quelquefois d'abord les
douleurs, en envelopant les acides, & en émoussant la sensibilité des
nerfs; mais c'est un remede palliatif, qui, loin d'enlever la cause,
l'augmente, aussi le mal revient bientôt; & plus on donne d'huile, plus
l'enfant devient sujet aux tranchées. J'en ai guéri, sans autre remede,
que la privation de l'huile, qui leur affoiblit l'estomac; par là-même,
le lait se digere moins bien, moins vîte, & s'aigrit plus aisément. Cet
affoiblissement que l'estomac reçoit à cette époque, a quelquefois des
influences sur le tempérament de l'enfant pour le reste de ses jours. Il
importe aux enfans d'avoir le ventre très libre, & il est certain que
très souvent l'huile les resserre, en diminuant les forces des
intestins: il n'y a personne qui ne puisse remarquer ces inconvéniens;
on continue cependant à l'ordonner, dans un but contraire: telle est la
force du préjugé, dans ce cas & dans tant d'autres. On est dans l'idée
que tel remede doit produire tel effet; il a beau ne le produire jamais,
la prévention subsiste, & l'on attribue son efficacité à de trop petites
doses. On les double; le mauvais effet augmente, & ne fait point finir
l'aveuglement. L'abus de l'huile dispose aussi à la noueure ou rachitis,
& enfin il devient souvent la cause premiere des maladies de peau, qui
sont extrêmement difficiles à guérir. Ainsi l'on ne doit l'employer que
très rarement, & on l'ordonne toujours très mal à propos, dans les
coliques qui viennent d'un principe d'aigreur dans l'estomac, ou les
intestins.
Les enfans sont ordinairement plus sujets à ces coliques pendant les
premiers mois: ensuite elles diminuent, parceque leur estomac se
fortifie. On les soulage en leur donnant des lavemens avec une décoction
de fleurs de camomille, & la grosseur d'une noisette de savon. Une
flanelle trempée dans une décoction de camomille avec un peu de
thériaque, appliquée chaude sur l'estomac & le ventre, les soulage aussi
beaucoup.
Un des plus sûrs moyens de dissiper ces coliques, qui viennent de ce que
le lait ne se digere pas, c'est de leur donner autant de mouvement qu'il
est possible, vu leur âge.
On ne peut pas toujours leur donner des lavemens; cela auroit son
danger. Chacun connoit la méthode d'y suppléer par des suppositoires,
avec quelques côtes de plantes, ou du savon, ou du miel cuit.
§. 358. Tout le corps de l'enfant qui nait, est couvert d'une crasse,
qui vient de la liqueur dans laquelle il a vécu. Il est important de le
nettoyer d'abord, & il n'y a rien d'aussi bon, que le mélange d'un tiers
de vin avec deux tiers d'eau. On peut réitérer quelques jours de suite;
mais c'est une très mauvaise coutume, que de continuer à les laver ainsi
tiedement. La base de la santé, c'est la régularité avec laquelle se
fait la transpiration; pour obtenir cette regularité, il faut fortifier
la peau, & les lavages tiedes l'affoiblissent. On augmente encore le mal
en y mettant du beurre. Quand la peau a la force nécessaire elle fait
toujours ses fonctions, & la transpiration ne se dérange pas à tous les
changemens de tems. Pour parvenir à ce point important, il faut laver
les enfans, peu de jours après leur naissance, avec de l'eau froide,
telle qu'on l'apporte de la fontaine.
On se sert d'une éponge, & l'on commence par le visage, les oreilles, le
derriere de la tête, (on évite la fontanelle), le col, les reins, tout
le corps, les cuisses, les jambes, les bras, en un mot partout. Cette
méthode usitée il y a tant de siecles, & pratiquée de nos jours, par
plusieurs peuples qui s'en trouvent très bien, paroîtra révoltante à
nombre de meres; elles croiront tuer leurs enfans, & elles n'auront
point le courage, surtout de résister aux cris qu'ils font souvent
pendant les premieres fois qu'on les lave. Mais si elles les aiment
véritablement, elles ne peuvent pas leur donner une marque plus réelle
de cette tendresse, qu'en surmontant, en leur faveur, cette répugnance.
Les enfans les plus foibles sont ceux qui en ont le plus besoin; ceux
qui sont très robustes peuvent s'en passer, & l'on ne peut croire,
qu'après l'avoir vu souvent, combien cette méthode contribue à leur
donner promptement des forces. J'ai le plaisir de voir, depuis que j'ai
cherché à l'introduire ici que plusieurs meres, les plus tendres & les
plus raisonnables, l'ont employée avec les plus grands succès. Les sages
femmes qui en ont été les exécuteurs la répandent, & si elle peut
devenir générale, je suis pleinement persuadé, qu'en conservant un très
grand nombre d'enfans, elle contribuera à arrêter les progrès de la
dépopulation. Il faut les laver très régulierement tous les jours,
quelque tems, & quelque saison qu'il fasse; & dans la belle saison, les
plonger dans des seaux, dans des bassins de fontaine, dans des
ruisseaux, dans des rivieres.
Après quelques jours de pleurs, ils s'accoutument tous si bien à cet
exercice, qu'il devient un de leurs plaisirs, & qu'ils rient pendant
toute l'opération.
Le premier avantage de cette méthode, c'est comme je l'ai dit,
d'entretenir la transpiration, & de rendre moins sensible aux
impressions de l'air, mais de ce premier avantage, il résulte, qu'on les
préserve d'un grand nombre de maux, surtout de la noueure, des
obstructions, des maladies de la peau, & des convulsions; & on leur
assure une santé ferme & robuste.
§. 359. Mais il ne faut pas détruire le bien qu'on leur fait en les
lavant, par la mauvaise habitude de les tenir trop au chaud; il n'y en a
point de plus pernicieuse, & qui tue plus d'enfans, il faut les
accoutumer à être très peu habillés, tant le jour que la nuit, à avoir
surtout la tête très peu couverte, & point du tout, depuis l'âge de deux
ans; éviter qu'ils ne soient dans des chambres trop chaudes, & les faire
vivre au grand air, soit l'été soit l'hyver, le plus qu'il est possible.
Les enfans élevés au chaud, sont souvent enrhumés, foibles, pâles,
languissans, bouffis, tristes, meurent, ou tombent dans la noueure &c.
Ceux qu'on éleve, à l'eau froide sont l'opposé.
§. 360. Je crois devoir ajouter, que l'enfance n'est pas le seul tems de
la vie, dans le quel les bains froids soient utiles. Je les ai employés,
avec un succès marqué, pour des personnes de tout âge; & il y a deux
especes de maladies, plus fréquentes, il est vrai, à la ville qu'à la
campagne, dans lesquelles ils réussissent très bien; c'est dans les
foiblesses de nerfs, & quand la transpiration se fait mal, qu'on craint
l'air, qu'on est fluxionnaire, foible, languissant. Le bain froid
rétablit la transpiration, redonne de la force aux nerfs, & dissipe par
là, tous les dérangemens que ces deux causes occasionnoient dans
l'oeconomie animale. On doit les prendre avant diner. Mais autant les
bains froids sont utiles, autant l'usage habituel des bains chauds est
pernicieux; ils disposent à l'apoplexie, à l'hydropisie, aux vapeurs, &
l'on voit les villes où l'usage en est fréquent, désolées par toutes ces
maladies.
§. 361. La sortie des dents coute souvent beaucoup aux enfans, &
quelques-uns succombent aux maux qu'elles occasionnent. L'on doit à
cette époque, si elle est douloureuse, 1. leur tenir le ventre libre par
des lavemens, faits avec une décoction de mauve sans y rien ajouter;
mais ils ne sont point nécessaires si l'enfant a en même-tems la
diarrhée. 2. Leur diminuer un peu la quantité des alimens; par deux
raisons; l'une, c'est que l'estomac est foible; l'autre, c'est qu'il y a
quelquefois un peu de fiévre. 3. Leur augmenter un peu la quantité de la
boisson; la meilleure pour eux, c'est sans contredit, l'infusion des
fleurs de tilleul, qu'on blanchit avec un peu de lait. 4. On leur frotte
souvent les gencives, avec un mélange d'autant de miel que de mucilage
de pepins de coins, & on leur donne à mâcher une racine d'althea, ou de
reglisse. C'est souvent dans le tems de la sortie des dents que les
enfans se nouent.
§. 362. Le meconium, l'aigreur du lait, & les dents, sont trois grandes
causes des maladies des enfans: il y en a une quatrieme, les vers, qui
leur fait aussi très souvent du mal; mais qui n'est point cependant, à
beaucoup près, la cause générale de leurs maux, comme on est
généralement porté à le croire, dès qu'on voit un enfant, de plus de
deux ans malade. Il y a un grand nombre de symptomes, qui font juger
qu'un enfant a des vers. Il n'y en a qu'un seul, c'est leur sortie par
haut ou par bas, qui le démontre évidemment. Il y a d'ailleurs, à cet
égard, beaucoup de variétés; quelques enfans ayant beaucoup de vers,
sans en être incommodés; d'autres étant réellement malades avec un petit
nombre. Les vers nuisent, 1. en obstruant les intestins, & en comprimant
les parties voisines par leur volume. 2. En suçant le chile destiné à
nourrir le malade, & le privant par-là même de sa subsistance. 3. En
irritant les intestins & même en les rongeant. Les signes qui les font
connoître sont, de legeres coliques; une abondance de salive à jeun; une
odeur désagréable, d'une espece singuliere, dans l'haleine, surtout le
matin; des démangeaisons dans les narines, qui font qu'ils les grattent
souvent; un appétit très irrégulier, ayant quelquefois un appetit
vorace, d'autrefois point du tout; des maux de coeur, des vomissemens;
quelquefois de la constipation; plus souvent une diarrhée de matieres
mal cuites, le ventre assez gros, le reste du corps maigre. Une soif,
que la boisson ne diminue pas; souvent beaucoup de foiblesse; de la
tristesse; le visage est assez ordinairement mauvais, & change d'un
quart d'heure à l'autre; les yeux sont souvent éteints, & entourés d'un
cercle livide: on en voit souvent le blanc pendant le tems du sommeil,
qui est quelquefois accompagné de rêves effrayans, de sursauts
continuels, de grincemens de dents. Quelques enfans sont dans
l'impossibilité d'être un seul moment tranquilles. Les urines sont
souvent blanches, je les ai vues comme du lait. Ils ont des
palpitations, des évanouissemens, des convulsions, des assoupissemens
longs & profonds, des sueurs froides tout-à-coup; des fiévres, qui ont
des caracteres de malignité; des pertes de la vue & de la voix, qui
durent long-tems. Des paralysies ou des mains, ou des bras, ou des
jambes. Les gencives sont en mauvais état, & comme rongées. Ils ont
souvent le hoquet, un pouls petit & irrégulier, des rêveries, & ce qui
est un des symptomes les moins équivoques, fréquemment une petite toux
seche; souvent une espece de mucosité, dans les selles; quelquefois de
très longues & violentes coliques, qui se terminent par un abcès à
l'extérieur du ventre, dont il sort des vers.
§. 363. L'on a une foule de remedes pour les vers. La _grenette_, ou
_semen contra_, ou poudre aux vers, qui est un des plus ordinaires, est
très bon. L'on se sert aussi, avec succès, de celui Nº. 61. La poudre
Nº. 14, est un des meilleurs. La fleur de soufre, le jus de cresson, les
acides, l'eau de miel, ont souvent réussi. Mais les trois premiers que
j'ai indiqués, suivis d'un purgatif, sont les meilleurs. L'on trouvera
Nº. 62, un remede purgatif, qu'on peut faire prendre aisément aux enfans
les plus difficiles. Quand malgré ces remedes, les vers subsistent, il
convient de consulter quelqu'un pour en employer de plus efficaces; ce
qui est très important; puisque, quoique peut-être la moitié des enfans
ait des vers, & que plusieurs se portent très bien, il y en a cependant,
que les vers tuent très réellement, après leur avoir fait des maux
cruels pendant plusieurs années.
Cette disposition à avoir des vers, prouve toujours des digestions
imparfaites; ainsi, il faut éviter de donner aux enfans, qui sont dans
ce cas, des choses difficiles à digérer. Il faut surtout bien se garder
de leur donner comme remede, des huiles, qui, supposé même qu'elles
détruisissent quelques vers d'abord, augmentent la cause qui en laisse
reproduire de nouveaux. Un long usage de limaille de fer, est ce qui
détruit le mieux cette disposition vermineuse.
§. 364. Les convulsions sont une des maladies les plus fréquentes des
enfans. L'on sera surpris que je n'en parle pas particulierement; mais
si l'on fait attention, qu'elles dépendent presque toujours, ou du
_meconium_, ou des aigres, ou des dents, ou des vers, on comprendra,
qu'en traitant ces quatre articles, j'ai traité des convulsions, qu'on
ne guérit qu'en combattant la cause qui les produit. La plus fréquente
de ces causes, c'est les mauvaises matieres qui irritent l'estomac ou
les intestins, & qui sont le produit du trop d'alimens, ou des alimens
indigestes, qu'on a donnés aux enfans, dont une grande partie périt par
cette cause. Vouloir calmer le mal en les faisant encore manger, c'est
jetter de l'huile sur le feu. Il ne faut que les purger doucement; tous
les remedes qui ne produisent point cet effet sont nuisibles; & il n'y a
rien de si pernicieux, que plusieurs remedes chauds, qu'on emploie
indistinctement dans toutes les convulsions, & qui tuent d'autant plus
surement les enfans, qu'ils sont plus jeunes; tel est surtout l'huile
d'ambre jaune ou d'agathe, qu'on emploie très souvent. La thériaque &
les autres préparations de ce genre nuisent aussi au moins aux neuf
dixiemes des enfans auxquels on les donne: & en général les remedes
tirés de l'opium, qui souvent cependant leur sont d'une absolue
nécessité, ne doivent être ordonnés que très sobrement, parcequ'ils
détruisent l'estomac, jettent dans la constipation, qui est pernicieuse
aux enfans, & émoussant le sentiment, laissent former sourdement des
engorgemens, qu'une plus grande sensibilité auroit fait connoître dès
leur commencement.
Il y en a qui ont reçu une constitution très susceptible de convulsions,
& qui en sont attaqués pour la plus legere cause. Cet état demande une
très sérieuse attention; & si on le néglige, il peut dégénérer en
maladies très fâcheuses. Il est très aisé de l'empirer par des remedes
mal indiqués; ainsi l'on doit être circonspect. Les bains froids & la
poudre Nº. 14, sont très efficaces.
§. 365. Je finirai par cet avis général. L'on peut préserver les enfans
d'un très grand nombre de maux, & les rendre sains & robustes, 1º. En
évitant de leur donner trop à manger, & les réglant pour les heures du
manger; ce qui est possible, même dès leur bas-âge, quand la mere ou la
nourrice le veulent. En ne leur donnant pas des nourritures trop fortes
pour leur estomac, & surtout en évitant les mélanges. Je ne sais par
quelle tendresse pernicieuse & insensée l'on croit que le comble du
bonheur pour les enfans, c'est de beaucoup manger. L'on s'imagine que
plus ils mangent, plus ils se fortifient: il n'y a point de préjugé qui
détruise plus d'enfans. Ces alimens qu'ils ne digerent pas, ruinent leur
estomac, produisent des obstructions, les affoiblissent, & les jettent
dans une fiévre lente qui les conduit à la mort. Les mélanges ou les
alimens indigestes, ont les mêmes inconvéniens. Il faut, dit-on,
accoûtumer leur estomac à tout; c'est une sottise. Il faut leur faire
l'estomac bon, alors ils supporteront tout, & on ne le rend point bon en
leur causant de fréquentes indigestions. Pour rendre un poulain robuste,
on le laisse quatre ans sans en exiger aucun travail; & alors il est
capable des plus pénibles, sans en être incommodé. Si, pour l'accoûtumer
à la fatigue, on l'avoit, dès sa naissance, obligé à porter des fardeaux
au-dessus de ses forces, il n'auroit jamais été qu'une rosse incapable
d'aucun travail. C'est l'histoire de l'estomac. J'ajouterai une
observation très importante; c'est que le travail précoce, auquel
l'enfant du paysan est astreint, est un mal réel pour le pays. Par-là
même que les familles sont moins nombreuses, & que plusieurs enfans sont
tirés très jeunes de la maison paternelle, ceux qui restent sont obligés
de travailler, & même à des ouvrages pénibles, dans un âge où ils ne
devroient être occupés que des jeux de l'enfance. Ils s'usent avant
l'âge; ils ne deviennent pas aussi forts qu'ils auroient pû l'être; leur
corps ne se développe pas autant qu'il auroit fait sans ces fatigues
prématurées; & l'on voit réunies des physionomies de vingt ans, & des
tailles de douze ou treize; souvent même ils succombent à ces travaux
forcés, ils tombent dans une espece de consomption & de desséchement qui
les tue. 2º. Il faut les laver ou les baigner à l'eau froide. 3º. Leur
donner le plus de mouvement qu'il est possible, dès qu'ils ont quelques
semaines; car les premiers jours de leur vie paroissent consacrés par la
nature à un repos presque total, & le trop de mouvement pourroit avoir,
dans cet âge si tendre, des suites funestes. Mais dès que les organes
ont pris un peu de consistance, plus on leur donne de mouvement,
moyennant qu'on ne prenne rien sur le tems de leur sommeil, qui doit
être très long, plus on leur fait de bien; & en allant par dégrés, on
les accoûtume très vîte & sans danger à des exercices assez forts.
L'exercice qu'ils prennent dans des voitures un peu rudes, ou par le
moyen de quelques autres machines destinées à leur usage, leur est plus
salutaire que celui qu'ils prennent aux bras, parcequ'ils sont dans une
meilleure attitude, & en été on les échauffe moins, ce qui est
important, la chaleur & la sueur étant des causes de noueure. 4º. Les
faire vivre au grand air. Si les enfans ont le malheur d'avoir été
négligés, & qu'ils paroissent foibles, maigres, languissans, obstrués,
noués (ce qu'on appelle _rachitique_, ou _être en chartre_), ces quatre
secours les tirent souvent de cet état, moyennant qu'on n'attende pas
trop tard.
5º. S'ils ont quelque écoulement naturel par la peau, ou quelque
éruption, il faut bien se garder de les arrêter par quelques remedes
gras ou adstringens. Il n'y a pas d'années qu'on ne voie plusieurs
enfans que des imprudences de ce genre tuent, ou jettent dans les maux
de langueur les plus cruels.
J'ai vu les exemples les plus fâcheux des remedes extérieurs employés
pour la rache & les _croûtes de lait_, qui, quelques horribles qu'elles
paroissent, ne sont jamais dangereuses, moyennant qu'on n'applique rien
dessus sans l'avis d'une personne entendue.