_Du Miserere, ou passion iliaque, & du Cholera morbus, ou trousse
galant._
§. 297. Ces maladies emportent plusieurs personnes dans les campagnes,
sans qu'on sache de quoi elles sont mortes; & la superstition attribue
la mort aux _poisons_ donnés, ou aux sortileges.
§. 298. Le _Miserere_ est la maladie la plus cruelle. Si les intestins
se ferment dans quelqu'endroit par quelque cause que ce soit, tous les
alimens sont arrêtés; il arrive alors que le mouvement continuel qu'on
remarque dans les boyaux, pour pousser tout vers le fondement, se fait
dans un sens contraire, & pousse tout vers la bouche.
Le mal commence quelquefois après quelques jours de constipation;
d'autrefois, sans qu'elle ait précédé, par des douleurs dans quelque
partie du ventre, surtout autour du nombril, qui augmentant peu à peu,
deviennent enfin très violentes: en même-tems le malade est angoissé:
l'on sent, chez quelques-uns, une tumeur dure, qui fait le tour du
ventre comme une corde; on entend des vents, il en sort quelques-uns par
en haut, ils sont suivis d'envie de vomir; bientôt il survient quelques
vomissemens, qui vont en augmentant, jusques à ce que le malade rende
tout ce qu'il prend, avec un surcroit de douleurs inouies. Il ne rend
d'abord que les derniers alimens, quelques matieres jaunes, les boissons
qu'il prend: ensuite les matieres deviennent puantes, fétides. Quand le
mal est très avancé, elles ont une odeur qu'on appelle d'excrémens, mais
qui ressemble plutôt à celle de cadavre corrompu. Quelquefois aussi, si
l'on a pris des lavemens qui eussent une odeur forte, on la retrouve
dans ce qui est vomi; mais je n'ai jamais vu vomir ni de vrais
excrémens, ni la matiere des lavemens, ni moins encore, des
suppositoires introduits par le fondement. S'il faut croire que cela est
arrivé il est bien difficile de comprendre comment. Pendant tout ce
tems-là il n'y a pas une seule selle; le ventre se tend, les urines
quelquefois sont supprimées, d'autre fois sont troubles & puantes. Le
pouls, d'abord assez dur, devient vîte & petit; les forces se perdent
entierement; les malades rêvent, le hocquet survient, & quelquefois
ensuite des convulsions. Les extrêmités se refroidissent, le malade
meurt très promptement.
§. 299. Comme cette maladie est accompagnée du plus grand danger, l'on
doit, sans attendre un moment, commencer les remedes dès qu'on soupçonne
le mal. La plus petite faute est mortelle; & l'on a vu les liqueurs
chaudes tuer au bout de peu d'heures. J'ai été appellé le second jour de
la maladie, pour une jeune personne, qui avoit pris beaucoup de
thériaque, rien ne put même la soulager. Elle mourut au commencement du
troisieme jour.
Le mal doit être traité précisément comme les coliques inflammatoires; &
surtout, l'on doit débuter par une très forte saignée. Il faut
multiplier les bains, & la seule différence qu'il y a entre cette
maladie & la colique inflammatoire, c'est que, dans ce cas, il n'y a
point de selles, mais des vomissemens continuels. Il faut 1. faire une
forte saignée. 2. Donner des lavemens laxatifs (on les fait avec une
décoction d'orge & l'on y ajoute cinq ou six onces d'huile): 3. Chercher
à modérer les efforts des vomissemens, en donnant de deux en deux
heures, une cuillerée de la potion Nº. 47. 4. Rendre les boissons un peu
purgatives; il n'y a rien de mieux que le petit lait Nº. 48, si on peut
l'avoir d'abord; si-non, on donne le petit lait pur avec du miel, & les
boissons marquées §. 280. 5. Après la saignée, les bains, beaucoup de
lavemens, les fomentations, on peut, si rien n'a réussi, donner un
lavement de fumée de tabac. Il en sera reparlé en traitant des noyés. §.
366.
J'ai guéri un homme en le faisant entrer dans le bain, immédiatement
après la saignée, & en lui donnant un purgatif en entrant au bain.
§. 300. Si les douleurs diminuent avant que le malade ait entierement
perdu ses forces: si en même-tems le pouls va mieux; s'il vomit moins,
si les matieres paroissent moins corrompues; si le malade sent quelque
remuement dans son ventre, s'il rend quelques matieres par les selles,
si en même tems il se trouve plus fort, on peut compter sur sa guérison:
mais sans cela il meurt bien vîte. Souvent, une heure avant la mort, les
douleurs paroissent se calmer; il survient une évacuation prodigieuse
par les selles, de matieres extrêmement fétides; le malade a des
foiblesses, une sueur froide, & meurt.
§. 301. C'est cette maladie, que le peuple attribue à ce que les boyaux
sont noués, & dans laquelle il fait avaler des bales de plomb, ou de
grosses quantités de mercure. Ce noeud des intestins, est une chimere
impossible. Cette maladie dépend d'un grand nombre de causes, qu'on a
découvertes, en ouvrant les cadavres de ceux qui en sont morts: sage
méthode, extrêmement propre à enrichir la Medecine, & qu'il seroit à
propos qu'on pratiquât plus généralement, & dont, bien loin de se faire
une peine, on devroit se faire un devoir: parceque c'en est un, que de
contribuer à perfectionner une science à laquelle le bonheur des hommes
est attaché. Je ne détaillerai point ces causes: mais quelles qu'elles
soient, l'usage d'avaler des bales & du mercure, est toujours
pernicieux; il aggrave la maladie, & met un obstacle insurmontable à la
guérison. Il y a un miséréré qui est un accident des hernies, j'en
parlerai ailleurs.
_Trousse galant._
§. 302. Le _trousse galant_ ou _cholera morbus_ est une évacuation
prompte, abondante, & douloureuse, par les vomissemens & par les selles.
Il commence par des vents, des gonflemens, de legeres douleurs dans le
bas ventre, un grand abattement; ensuite il survient des évacuations
abondantes, ou par les selles, ou par les vomissemens; & quand une de
ces évacuations a commencé, l'autre suit de bien près. Les matieres sont
jaunes, vertes, brunes, blanches, noires: les douleurs fortes dans le
bas ventre, le pouls presque toujours fiévreux est quelquefois fort dans
le commencement, mais il ne tarde pas à s'affoiblir, par la prodigieuse
évacuation qui se fait. Il y a des malades, qui ont jusques à cent
selles dans quelques heures. Le malade maigrit à vue; & au bout de trois
ou quatre heures, si le mal est violent, il est méconnoissable. Dès
qu'il y a eu beaucoup d'évacuations, il est fatigué par des crampes dans
les jambes, dans les cuisses, dans les bras, qui sont aussi douloureuses
que le mal de ventre. Quand le mal ne peut point être adouci, le hoquet,
les convulsions, le froid des extrêmités surviennent; les défaillances
se succedent continuellement, une tue le malade, ou il meurt dans les
convulsions.
§. 303. Cette maladie, qui dépend toujours d'une bile devenue
excessivement âcre, a lieu ordinairement à la fin du mois de Juillet &
dans le mois d'Août, surtout s'il a fait de grandes chaleurs & s'il n'y
a pas eu des fruits d'été.
§. 304. Quelque violente que soit cette maladie, elle est moins
dangereuse, & même moins cruelle que la précédente; beaucoup de gens en
guérissent.
L'on doit 1. chercher à noyer cette bile âcre, par des torrens de la
boisson la plus adoucissante, parceque l'irritation est si grande, que
tout ce qui a la plus petite âcreté nuiroit. Ainsi on donnera
continuellement au malade, en boisson & en lavement, ou de l'eau d'orge,
ou des laits d'amandes, ou de l'eau avec une huitieme partie de lait,
remede qui m'a très bien réussi, ou une très legere ptisane de pain, qui
se fait, en cuisant une livre de pain roti, avec trois ou quatre pots
d'eau, pendant une demi heure. L'on préfére le pain d'aveine. L'on
grille aussi avec succès du bled, qu'on pile, & dont on fait une legere
ptisane. Un bouillon fait avec un poulet, ou une livre de chair maigre
de veau, cuits pendant une heure, avec trois pots d'eau, est très bon
dans ce cas. L'on emploie avec succès le petit lait, & dans les endroits
où l'on peut en avoir, le petit lait de beurre (la battue) est la
meilleure de toutes les boissons. Mais il faut nécessairement en donner
une grande quantité: & les lavemens doivent être donnés de deux en deux
heures. 2. Si le malade étoit robuste & sanguin, que le pouls fût fort
dans les commencemens, & les douleurs extrêmement violentes, une ou deux
saignées faites d'abord, diminuent la violence du mal, & donnent plus de
loisir pour les autres remedes. J'ai vu les vomissemens finir,
presqu'entierement, après la premiere saignée. 3. La furie du mal
s'arrête un peu, au bout de cinq ou six heures; mais il ne faut point,
pendant ce calme, se relâcher pour les remedes: car il revient bientôt
après avec beaucoup de force. Ce retour ne change rien au traitement.
Ordinairement le bain tiede soulage pendant qu'on est dedans; mais
quoique les douleurs reviennent bientôt après, ce n'est point une raison
pour le négliger, d'autant plus, que quelquefois, il procure un
soulagement plus long. On doit y tenir le malade long-tems, & profiter
de ce tems pour lui faire prendre sept ou huit verres du remede Nº. 31,
ce qui m'a réussi très bien: les vomissemens s'arrêterent, & au sortir
du bain, le malade eut plusieurs selles prodigieuses, qui diminuerent
considérablement la force du mal. 4. Si l'on se laisse effrayer par la
quantité des évacuations, & qu'on veuille les arrêter trop-tôt, par la
thériaque, de l'eau de menthe, du syrop de pavot blanc, de l'opium, du
mithridate; il arrive de deux choses l'une, ou l'on aigrit le mal, comme
je l'ai vu arriver; ou si l'on réussit à arrêter les évacuations, on
jette le malade dans un état plus dangereux. J'ai été obligé de donner
un purgatif, qui rappella le _cholera_, à un homme, qu'un remede composé
de thériaque, de mithridate, & d'huile avoit jetté dans une fiévre
violente accompagnée d'un délire furieux. L'on ne doit employer ces
remedes, que quand la petitesse du pouls, l'affoiblissement
considérable, les crampes violentes & continues, & la foiblesse même des
efforts pour vomir, font craindre que le malade ne succombe. Dans ces
cas, il faut donner, tous les demi quarts d'heures, une cuillerée du
remede Nº. 49 en continuant les délayans. Après la premiere heure, l'on
n'en donne plus, que d'heure en heure, encore huit prises. Mais je
réitére qu'on ne doit point venir trop-tôt à ce remede.
§. 305. Si le malade doit guérir, peu-à-peu les douleurs & les
évacuations diminuent, l'altération est moindre, le pouls reste très
vîte, mais il devient régulier; il y a des instans d'assoupissemens, car
le bon sommeil se fait attendre long tems. Il faut persister dans les
mêmes secours, mais un peu moins fréquemment. On peut venir à donner
quelques bouillons farineux; & quand les évacuations sont finies, qu'il
ne reste plus de douleurs, mais une grande foiblesse, & beaucoup de
sensibilité, on peut donner des oeufs frais, peu ou point cuits, pendant
quelques jours, & les mêmes bouillons; ensuite on met au régime des
convalescens; & l'usage de la poudre Nº. 14, hâte beaucoup la
convalescence.