[Illustration: _Le Gabar._]
Nous avons, à l'article de l'oiseau de proie que j'ai nommé acoli, fait
mention de sa ressemblance avec le faucon chanteur, et nous avons en
même tems indiqué leurs caractères distinctifs. Voici maintenant une
espèce d'épervier qui a le plumage encore plus ressemblant à celui du
faucon chanteur, dont la taille égale, comme nous l'avons vu, celle de
la soubuse, tandis que l'acoli lui étoit inférieur: c'est le Gabar plus
petit encore que ce dernier, à peu près de moitié, puisqu'il n'est pas
plus fort que notre épervier d'Europe. Nous insistons sur cette échelle
de grandeur, parce que cette différence très-marquée est celle qu'on
peut assigner et saisir le plus facilement au premier coup-d'œil[18].
On ne pourra donc confondre le Gabar ni avec le faucon chanteur, ni
avec l'acoli. Un caractère très-distinctif de cet épervier africain, et
qu'il a de commun avec nos éperviers d'Europe, c'est d'avoir les aîles
fort courtes; elles ne dépassent point les couvertures du dessus de
la queue; tandis que dans les deux précédentes espèces elles ont
assez de longueur pour s'étendre par-delà le milieu de la queue.
[18] On sent bien que ces comparaisons de grandeurs sont faites de
mâle à mâle et de femelle à femelle; sinon la femelle de l'acoli
approcheroit, par sa force, du mâle du faucon chanteur; et la femelle
du Gabar du mâle de l'acoli. Ainsi quand je rapporte la taille d'un
oiseau de proie d'Afrique à celle d'un oiseau de proie d'Europe,
c'est toujours eu égard au même sexe dans les deux espèces que je
compare l'une à l'autre, puisque dans l'ordre des oiseaux carnivores
il y a généralement une différence très-considérable entre le mâle et
la femelle, dans la même espèce.
Le Gabar est vraiment un épervier qui remplace en Afrique l'espèce que
nous trouvons répandue dans toute l'Europe, et qui ne se rencontre
dans aucune des parties de l'Afrique où j'ai pénétré, quoique Kolbe
nous assure l'avoir vu au Cap. Mais il est bien étonnant que, de
tous les oiseaux de nos contrées que ce voyageur dit avoir trouvés
au Cap de Bonne-Espérance, je n'en aie vu aucun; tandis qu'il ne
dit, au contraire, pas un mot de tous ceux que j'y ai trouvés et qui
effectivement sont communs à l'Europe et à cette partie du monde, où
ils n'ont pas subi la plus légère variation, ni dans leurs couleurs, ni
dans leur manière de vivre. Je parlerai de tous ces oiseaux à mesure
qu'il sera question des genres auxquels ils appartiennent.
Après avoir donné la description de l'espèce d'épervier que j'ai nommée
Gabar, il me restera à parler, dans l'article suivant, d'une seconde
espèce très-petite, mais très-différente, d'éperviers.
La taille du Gabar égale, comme je l'ai dit, celle de notre épervier;
il est seulement moins alongé, parce que sa queue est un peu plus
courte. Toute la partie supérieure du corps, la tête et les joues
sont d'un gris-brun, plus foncé sur le manteau et à l'occiput. Les
couvertures du dessus et du dessous de la queue sont blanches; les
grandes pennes des aîles sont brunes dans toutes les parties qui se
voient quand elles sont pliées; en dessous, elles ont toutes des
bandes transversales; les moyennes sont terminées en blanc. La queue,
carrément coupée, est en dessus barrée de brun foncé, sur un fond plus
clair; en dessous, elle l'est de blanc et de noir lavé. La gorge ainsi
que la poitrine sont d'un gris bleuâtre. Tout le reste du corps et les
jambes très-culottées, portent une fine rayure de brun-clair sur un
fond blanchâtre. Les yeux sont d'un jaune vif. La base du bec et les
pieds ont une belle couleur rouge. Les griffes et le bec sont noirs.
La femelle du Gabar est d'un tiers plus forte que le mâle: elle a
les pieds et la base du bec d'un rouge moins vif; dans la saison des
pluies, le mâle perd aussi beaucoup de la vivacité de son rouge. J'ai
trouvé en septembre le nid du Gabar: il étoit posé dans l'enfourchure
d'un très-gros mimosa, et construit en dehors, de racines, de petit
bois flexible, et garni intérieurement de plumes. J'ai trouvé dans ce
nid trois petits, aussi grands que le père et la mère: ils s'envolèrent
à mon approche; mais après avoir tué les vieux, nous prîmes les
trois petits, à qui je trouvai les pieds et la base du bec jaunes.
Ils avoient aussi la poitrine et le manteau mêlés de plumes brunes,
d'autres entièrement bleuâtres, d'autres encore tout à fait rousses, et
plusieurs portoient même ces trois couleurs ensemble. Tout le dessous
du corps étoit rayé de fauve sur un fond blanc, sali d'une légère
teinte roussâtre. En visitant le nid, j'y trouvai encore un œuf fort
sale, mais en le lavant, il devint blanc, il est donc présumable que la
ponte est ordinairement de quatre œufs, et qu'ils sont blancs; car je
n'ai point apperçu la moindre tache sur celui qui étoit resté infécond,
et qui étoit aussi gros que ceux de nos éperviers européens. Dans les
trois petits il n'y avoit qu'un mâle.
Je n'ai trouvé le Gabar que dans l'intérieur des terres, sur les
bords des rivières Swarte-kop et Sondag; je l'ai pareillement trouvé
dans le Karow, le Camdeboo, et enfin presque généralement dans tout
le pays que j'ai traversé en revenant des montagnes de Neige au
Bocke-Veld; mais je ne l'ai jamais apperçu dans les environs du Cap.
Il est cependant plus que probable qu'il doit avoir pénétré jusque là,
vu que les oiseaux carnivores, s'isolant davantage que les autres,
leurs espèces doivent s'étendre en raison de cet instinct naturel, qui
porte chaque couple à se choisir un canton exclusif qui puisse fournir
à ses besoins. La propagation chez les oiseaux de proie d'un ordre
inférieur, étant bien plus considérable que celle des grandes espèces,
il s'ensuit naturellement encore que chacune d'elles doit occuper un
terrain proportionné au plus ou moins grand nombre d'individus qui la
composent.