[Illustration: _L'Acoli._]
L'acoli est un oiseau de proie qui peut tenir sa place à côté de
l'oiseau saint-martin[17], avec lequel il a infiniment de rapport: même
taille, mêmes proportions, et les couleurs à peu près aussi les mêmes,
feroient prendre cet oiseau pour n'être qu'une variété de l'oiseau
saint-martin; mais une particularité qui les distingue l'un de l'autre,
c'est que l'Acoli a la base du bec d'un beau rouge, particulièrement
dans le tems des amours, et qu'il a le ventre rayé.
[17] Voyez les planches enluminées de Buffon, Nº. 459.
L'Acoli, comme l'oiseau saint-martin, a le corps alongé et svelte,
les jambes et les tarses longs, ainsi que la queue: caractères qui
conviennent également aux éperviers. Ceux-ci n'ont point les aîles
longues, comme les oiseaux du genre de l'Acoli; ils sont, au contraire,
de tous les oiseaux de proie, ceux qui ont les pennes de l'aîle les
plus courtes, si nous en exceptons pourtant les autours qui ont
également les aîles très-petites, et qui se distinguent à leur tour des
éperviers, par les tarses qui ne sont pas si longs que les leurs.
La couleur principale de l'Acoli est un beau gris-bleu pâle,
répandu sur la tête, le cou et le manteau. Cet oiseau est très-culotté;
c'est-à-dire, que les plumes qui recouvrent les jambes descendent fort
bas, quoique le tarse ne soit point emplumé par lui-même. Toute la
partie inférieure du corps est blanchâtre, et finement rayée, comme
celle du faucon chanteur, avec lequel il ne faut point non plus le
confondre. Ce dernier est beaucoup plus gros: d'ailleurs, sa queue
étagée le distingue de l'autre. Il est encore à remarquer que dans les
cantons où ces deux espèces se trouvent en même tems, jamais ils ne se
mêlent ensemble, et que l'Acoli n'a qu'un cri aigre et ne chante point.
Dans la Colonie, cet oiseau fréquente les terres labourées; dans
les déserts, il habite les terres sablonneuses; et c'est sur une
taupinière, une motte de terre ou sur une de ces voûtes que bâtissent
les fourmis, qu'il se perche pour guetter les souris, les mulots et
les taupes, ainsi que tous les petits oiseaux, dont il fait également
sa proie. Cet oiseau vole très-bien et avec une grande vîtesse; mais
son vol est toujours bas. Il est peu farouche, et se laisse assez
facilement approcher. Il suit le chasseur et vient de lui-même tourner
autour de l'homme qu'il voit dans la plaine, afin de se jeter sur les
alouettes qu'il fait lever sur son passage, ce qui facilite beaucoup
le moyen de le tirer. Satisfait de sa chasse, l'Acoli se retire sur un
buisson pour se reposer.
On voit communément le mâle et la femelle ensemble. Ils construisent
leur nid dans les buissons. La ponte est de quatre œufs, d'un blanc
sale; ils sont ovales, tandis que ceux du faucon chanteur sont presque
ronds. C'est principalement dans le Swart-land, le Rooye-sand et les
Vingt-quatre-rivières, que j'ai vu le plus communément l'Acoli: pays où
je n'ai jamais trouvé le faucon chanteur. Dans l'intérieur des terres,
ce n'est que vers les rivières de Swarte-kop et le Sondag où j'ai vu
l'Acoli: à la vérité bien plus rarement que dans la Colonie, où il
paroît que les défrichemens l'ont attiré.
Les colons du Swart-land nomment l'Acoli _Witte-valk_ (faucon blanc);
dans d'autres endroits, on le nommoit encore _Leeuwerk-vanger_
(attrapeur d'alouettes). Il a le bec bleuâtre, et le tour du nez d'un
beau rouge très-vif; les yeux sont d'un jaune orangé, qui est aussi la
couleur des pieds. Les ongles sont noirs, ainsi que le bout du bec. La
femelle est d'un bon tiers plus forte que le mâle, la base de son bec
est d'un rouge plus terne que celui du mâle.