[Illustration: _Le Faucon à culotte noire._]
L'oiseau dont il est question dans cet article est encore un faucon
d'Afrique, dont la taille est intermédiaire entre celles des deux
faucons précédens. Ses aîles, moins amples que celles du faucon
huppé, ne s'étendent pas plus loin que les deux tiers de la longueur
de la queue. Le dessus de la tête et les plumes des jambes sont d'un
noir-brun; les pennes des aîles et celles de la queue ajoutent, à
cette même teinte, une bordure blanchâtre, qui dessine les contours
extérieurs, et les détachent les unes des autres. La gorge est blanche;
le manteau, ainsi que les couvertures des aîles, sont d'un gris-brun,
et marquées de quelques traits plus foncés le long du milieu de chaque
plume. Toute la partie antérieure du corps est d'un léger roussâtre,
sur lequel sont répandues des taches brunes, formées en coups de
pinceau. Le bas-ventre et les recouvremens du dessous de la queue
sont de la même couleur et tachés de même; mais les traits bruns qui
s'y trouvent également sont plus déliés. Le bec, qui offre absolument
les mêmes caractères que celui du faucon huppé, est jaune à sa base,
et couleur de corne dans le reste. Les doigts, très-forts, portent
des griffes noires; ils sont jaunes, ainsi que les tarses, qui se
trouvent emplumés un peu au-dessous du talon. L'œil, très-vif, est d'un
brun-noisette. La queue est un peu arrondie.
J'ai tué ce faucon dans le pays des Grands Namaquois; lorsque je
l'apperçus il étoit posé sur un rocher et en train de dévorer un jeune
lièvre, qu'il venoit sans doute de prendre à l'instant même; ce que je
jugeai à la chaleur du petit animal, dont les membres étoient encore
palpitans. Très-occupé à son repas, l'oiseau se laissa approcher,
et je le tuai sur sa proie. Mon coup de fusil fit partir, à quelque
distance de là, un autre oiseau de rapine, qui me parut un peu plus
gros que celui que je venois d'abattre, et que je crus d'autant plus
être sa femelle, que nous étions dans la saison où tous les oiseaux du
canton étoient en amour, et que celui que j'avois tué étoit un mâle.
Je guettai en vain cette femelle, que je vis passer et repasser à
plusieurs reprises, évitant toujours de m'approcher; j'avois cependant
laissé le levreau sur la place où le mâle s'étoit fait tuer, espérant
qu'elle s'y abattroit aussi en l'appercevant. Toutes mes ruses
n'aboutirent à rien, ne voyant plus reparoître son mâle, elle disparut
entièrement. Je n'ai pas vu depuis un autre individu de cette même
espèce.
Mon vieux gardien Swanepoel m'a assuré cependant que cet oiseau étoit
assez commun sur les _Sneeuw-bergen_ (Montagnes de neige), et qu'on le
nommoit, dans ce canton, _klyne-berg-haan_ (petit coq de montagne).
Nous avons déja vu que ce nom de coq de montagne est celui que les
colons du Cap donnent généralement à tous les oiseaux de proie un peu
grands, et qu'ils ne regardent pas comme des vautours (_aas-voogel_).
Quant aux plus petits, ils les désignent généralement par le nom de
_valk_ (faucon).
Nous allons, après avoir parlé d'un petit faucon indien, passer à des
espèces plus petites d'oiseaux de proie d'Afrique, lesquelles, n'étant
pas si robustes que les faucons, semblent destinées à remplacer,
dans ces contrées éloignées, nos éperviers, nos cresserelles et nos
hobereaux, enfin, tous ces oiseaux de proie de race moins noble, pour
me servir de l'expression des fauconniers.