[Illustration: _Le Rougri._]
Les mêmes raisons qui m'ont engagé à nommer la buse précédente rounoir,
m'ont déterminé à donner à celle de cet article le nom de Rougri;
parce qu'il nous peint d'un seul mot les deux principales couleurs du
plumage de cet oiseau, qu'un roux ferrugineux, plus ou moins foncé,
teint par-tout en général, à l'exception pourtant des grandes pennes
de l'aîle, dont la couleur est noire, et des plumes du cou par devant,
ainsi que celles de la poitrine et les couvertures du dessous de la
queue qui sont d'un gris blanchâtre: la queue elle-même qui, en dessus,
est entièrement rousse, porte, par dessous, cette même teinte de gris,
rayée par quelques bandes transversales peu apparentes. Le roux du
ventre est plus clair que celui du manteau; il est aussi flambé de
quelques traits noirâtres. Le bec et les pieds sont d'un beau jaune
citron; les ongles sont noires; l'œil est d'une couleur rougeâtre.
Cette buse est sédentaire comme la précédente; on pourroit la regarder,
en la comparant au rounoir, comme la buse sauvage du Cap, et la
première comme la buse domestique. Il est même probable que le Rougri,
étant plus petit et moins fort que le rounoir, l'espèce aura été
contrainte d'abandonner les terres cultivées de la colonie, dont se
seront emparés ces derniers, qui, par le puissant droit du plus fort,
les en auront peu à peu chassés entièrement; les Rougris, comme tous
les êtres qui tiennent de plus près à la nature, auront été contraints
de faire, dans cette lutte, ce que font encore tous les jours les
hommes sauvages de ces contrées, qui, pour éviter les cruautés des
Blancs, et même de leurs concitoyens civilisés, se reculent de plus en
plus dans les déserts, et diminuent leur population à mesure que celle
de leurs persécuteurs semble s'augmenter. C'est par la même raison sans
doute que le Rougri se trouve si rarement dans la colonie, où il ne
fréquente même que les cantons arides et abandonnés.
Quoique la ponte du Rougri soit aussi de trois et quelquefois de quatre
œufs, l'espèce en est cependant beaucoup plus rare et moins nombreuse
que celle du rounoir. Cet oiseau vit de taupes, de rats, de souris et
même d'insectes; et son cri approche beaucoup de celui de notre buse
d'Europe.
En comparant le Rougri au rounoir, on le trouve plus alongé et moins
trapu; sa queue est aussi plus longue et son bec visiblement plus
foible. Moins accoutumé à la société de l'homme, il est plus craintif
et se laisse difficilement approcher. Dans cette espèce, la femelle est
un peu plus forte que son mâle, et lui ressemble d'ailleurs totalement,
à l'exception de la teinte de son plumage, qui est d'un roux plus
foible. Le mâle et la femelle ne se séparent que rarement; et c'est
dans les buissons qu'ils construisent leur nid, qui est composé des
mêmes matières que celui du rounoir.