La petite mosquée de Mehmed Sokoli brille comme un joyau sous le soleil
de midi, et le cimetière qui l'entoure a l'air de la sertir d'un cercle
d'émail vert.
Je suis venu à cheval, et j'ai attaché ma bête à la porte de la cour
cloîtrée. Le bon iman me reconnaît tout de suite, et nous commençons
par échanger nos plus grands salaams. Les petites filles ne sont pas
là. Je m'informe d'elles,--c'est licite, puisqu'elles ne sont pas
encore femmes,--et l'on me remercie beaucoup de ma courtoisie.
Une visite de la mosquée s'impose. Je me laisse conduire. La nef de
marbre blanc, ciselée et dorée, est toujours la même merveille. Mais
je crois que, l'autre fois, je n'avais pas senti si voluptueusement la
douceur du jour qui tombe des vitraux.... C'est comme une pluie tiède
qui descend jusqu'au fond de l'âme, une pluie de paix, d'oubli....
Exprès, je trébuche dans le tapis troué. L'iman, très confus, s'excuse.
Mais, justement, c'est pour cela que je suis venu. Voilà, il se trouve
que, depuis ma dernière visite, un héritage m'est en quelque sorte
tombé du ciel, un héritage auquel, en toute équité, je n'ai pas droit,
mais que je n'ai cependant pas pu refuser. Peu de chose, au demeurant:
quelques pièces d'or. Mais, en conscience, j'estime que je dois rendre
à Allah ce qui est à Allah.... Et justement le tapis neuf n'est pas
encore acheté. Alors?...
Alors!... l'iman paraît tout à fait perplexe! Mais j'invoque fort à
propos l'autorité de Mehmed pacha. Je déploie mon turc le plus pur, le
plus persuasif. Et, finalement, les pièces d'or sont agréées....
Je les tire une à une du portefeuille qui les recèle. Il y en a sept,
et deux plus petites. Huit livres turques en tout: un peu plus de neuf
louis.