VOYAGES.

Le voyager me semble vn exercice profitable. L’ame y a vne continuelle

exercitation, à remarquer des choses incogneuës et nouuelles. Et ie ne

sçache point meilleure escole, à façonner la vie, que de luy proposer

incessamment la diuersité de tant d’autres vies, fantasies, et vsances:

et luy faire gouster vne si perpetuelle varieté de formes de nostre

nature. Le corps n’y est ny oisif ny trauaillé: et cette moderee

agitation le met en haleine, =III=, 430.

I’observe en mes voyages cette praticque, pour apprendre tousiours

quelque chose, par la communication d’autruy, qui est vne des plus

belles escholes qui puisse estre, de ramener tousiours ceux, auec qui

ie confere, aux propos des choses qu’ils sçauent le mieux. Car il

aduient le plus souuent au contraire, que chacun choisit plustost à

discourir de mestier d’un autre que du sien: estimant que c’est autant

de nouuelle reputation acquise: par ce train vous ne faictes iamais

rien qui vaille. Ainsin, il faut trauailler de reietter tousiours

l’architecte, le peintre, le cordonnier, et ainsi du reste chacun à son

gibier, =I=, 92.

[E.263] TABLE DES MATIÈRES

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 350 / 504 题