VIE PUBLIQUE.

O que je feroy peu d’estat de ces grandes dignitez electiues, que

ie voy au monde, qui ne se donnent qu’aux hommes prests à partir:

ausquelles on ne regarde pas tant, combien deuement on les exercera,

que combien peu longuement on les exercera: dés l’entrée on vise à

l’issue, =I=, 498.

Nous nous preparons aux occasions eminentes, plus par gloire que par

conscience. La plus courte façon d’arriuer à la gloire, ce seroit faire

pour la conscience ce que nous faisons pour la gloire, =III=, 118.

La vie commune doibt auoir conference aux autres vies. La vertu de

Caton estoit vigoureuse, outre la raison de son siecle: et à vn homme

qui se mesloit de gouuerner les autres, destiné au seruice commun; il

se pourroit dire, que c’estoit vne iustice, sinon iniuste, au moins

vaine et hors de saison! =III=, 464.

A ceux, qui nous regissent et commandent, qui tiennent le monde en leur

main, ce n’est pas assez d’auoir vn entendement commun: de pouuoir ce

que nous pouuons. Ils sont bien loing au dessoubs de nous, s’ils ne

sont bien loing au dessus. Comme ils promettent plus, ils doiuent aussi

plus: et pourtant! =III=, 352.

La iurisdiction ne se donne point en faueur du iuridiciant: c’est en

faueur du iuridicié. On fait vn superieur, non iamais pour son profit,

ains pour le profit de l’inferieur: et vn medecin pour le malade, non

pour soy. Toute magistrature, comme tout art, iette sa fin hors d’elle,

=III=, 296.

Nous ne sçauons pas distinguer les facultez des hommes. De conclurre

par la suffisance d’vne vie particuliere, quelque suffisance à l’vsage

public, c’est mal conclud. Tel se conduict bien, qui ne conduict pas

bien les autres, =III=, 466.

Les dignitez, les charges se donnent necessairement, plus par fortune

que par merite: et a lon tort souuent de s’en prendre aux Roys. Au

rebours c’est merueille qu’ils y ayent tant d’heur, y ayans si peu

d’adresse, =III=, 354.

Qui pourroit trouuer moyen, qu’on en peust iuger par iustice, et

choisir les hommes par raison, establiroit de ce seul trait, vne

parfaite forme de police, =III=, 358.

Toutes actions publiques sont subiectes à incertaines, et diuerses

interpretations: car trop de testes en iugent, =III=, 518.

Toutes charges importantes ne sont pas difficiles, =III=, 518.

Ie n’accuse pas vn magistrat qui dorme, pourueu que ceux qui sont soubs

sa main, dorment quand et luy. Les loix dorment de mesme, =III=, 520.

C’est agir, pour sa reputation, et proffit particulier, non pour le

bien, de remettre à faire en la place, ce qu’on peut faire en la

chambre du conseil: et en plain midy, ce qu’on eust faict la nuict

precedente, =III=, 520.

L’innouation est de grand lustre. L’abstinence de faire, est souuent

aussi genereuse, que faire: mais elle est moins au iour, =III=, 524.

Ie serois d’aduis qu’on estendist nostre vacation et occupation autant

qu’on pourroit, pour la commodité publique: et ie trouue la faute en

l’autre costé de ne nous y embesongner pas assez tost, =I=, 596.

Ie ne veux pas qu’on refuse aux charges qu’on prend, l’attention, les

pas, les parolles, et la sueur, et le sang au besoing: mais c’est par

emprunt et accidentalement; l’esprit se tenant tousiours en repos et en

santé: non pas sans action, mais sans vexation, sans passion,

=III=, 492.

Combien de gens se hazardent tous les iours aux guerres, dequoy il ne

leur chault: et se pressent aux dangers des batailles, desquelles la

perte, ne leur troublera pas le voisin sommeil, =III=, 492.

Qui se vante, en vn temps malade, comme cestuy-cy, d’employer au

seruice du monde, vne vertu naifue et sincere: ou il ne la cognoist

pas, les opinions se corrompans auec les mœurs, ou s’il la cognoist, il

se vante à tort: et qu’il die, faict mille choses, dequoy sa conscience

l’accuse, =III=, 468.

La plus part de noz vacations sont farcesques. Il faut iouer deuement

nostre rolle, mais comme rolle d’vn personnage emprunté. Du masque

et de l’apparence, il n’en faut pas faire vne essence réelle, ny de

l’estranger le propre. Nous ne sçauons pas distinguer la peau de la

chemise, =III=, 500.

Il faut apprendre à distinguer les bonnetades, qui nous regardent, de

celles qui regardent nostre commission, ou nostre suitte, ou nostre

mule, =III=, 500.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 346 / 504 题