Chacun sent bien, qu’il y a plus de brauerie et desdain, à battre son
ennemy, qu’à l’acheuer, et de le faire bouquer, que de le faire mourir.
D’auantage que l’appetit de vengeance s’en assouuit et contente mieux:
car elle ne vise qu’à donner ressentiment de soy. Voyla pourquoy, nous
n’attaquons pas vne beste, ou vne pierre, quand elle nous blesse,
d’autant qu’elles sont incapables de sentir nostre reuenche. Et de tuer
vn homme, c’est le mettre à l’abry de nostre offence et lui prêter
le plus fauorable de touts les offices de la vie, qui est de mourir
promptement et insensiblement, =II=, 570.
Tuer son ennemi est bon pour euiter l’offence à venir, non pour
venger celle qui est faicte. C’est vne action plus de crainte, que de
brauerie: de precaution, que de courage: Nous quittons par là la vraye
fin de la vengeance et auons à conniller, à trotter et à fuir les
officiers de la iustice qui nous suyuent et luy est en repos, =II=, 572.
Tout ainsin est à plaindre la vengeance, quand celuy enuers lequel
elle s’employe, pert le moyen de la souffrir. Car comme le vengeur
y veut voir, pour en tirer du plaisir, il faut que celuy sur lequel
il se venge, y voye aussi, pour en receuoir du desplaisir, et de la
repentance, =II=, 570.