TROUBLES POLITIQUES (GUERRES CIVILES).

Est-il quelque mal en vne police, qui vaille estre combatu par vne

drogue si mortelle que la guerre ciuile? Non pas, disoit Fauonius,

l’vsurpation de la possession tyrannique d’vne republique. Platon de

mesme ne consent pas qu’on face violence au repos de son païs, pour le

guerir: et n’accepte pas l’amendement qui trouble et hazarde tout, et

qui couste le sang et ruine des citoyens, =III=, 558.

De se tenir chancelant et mestis, de tenir son affection immobile, et

sans inclination aux troubles de son pays, et en vne diuision publique,

ie ne le trouue ny beau, ny honneste: Cela peut estre permis enuers

les affaires des voysins: ce seroit vne espece de trahison, de le

faire aux propres et domestiques affaires, ausquels necessairement

il faut prendre party: mais de ne s’embesongner point, à homme qui

n’a ny charge, ny commandement exprez qui le presse, ie le trouue

plus excusable qu’aux guerres estrangeres: desquelles pourtant, selon

nos loix, ne s’empesche qui ne veut. Toutesfois ceux encore qui s’y

engagent tout à faict, le peuuent, auec tel ordre et attrempance, que

l’orage debura couler par dessus leur teste, sans offence, =III=, 84.

Quand ma volonté me donne à vn party, ce n’est pas d’vne si violente

obligation, que mon entendement s’en infecte. Aux presens brouillis de

cet estat, mon interest ne m’a faict mescognoistre, ny les qualitez

louables en noz aduersaires, ny celles qui sont reprochables en ceux

que i’ay suiuy. Ils adorent tout ce qui est de leur costé: moy ie

n’excuse pas seulement la plus part des choses, qui sont du mien. Vn

bon ouurage, ne perd pas ses graces, pour plaider contre moy. Hors le

nœud du debat, ie me suis maintenu en equanimité, et pure indifference,

=III=, 500.

Rien n’empesche qu’on ne se puisse comporter commodément entre des

hommes qui se sont ennemis, et loyalement: conduisez vous y d’vne,

sinon par tout esgale affection (car elle peut souffrir differentes

mesures) au moins temperee, et qui ne vous engage tant à l’vn, qu’il

puisse tout requerir de vous. Et vous contentez aussi d’vne moienne

mesure de leur grace: et de couler en eau trouble, sans y vouloir

pescher, =III=, 86.

Ie veux que l’aduantage soit pour nous: mais ie ne forcene point,

s’il ne l’est. Ie me prens fermement au plus sain des partis. Mais ie

n’affecte pas qu’on me remarque specialement, ennemy des autres, et

outre la raison generalle, =III=, 502.

Ceux qui allongent leur cholere, et leur haine delà des affaires, comme

faict la plus part, montrent qu’elle leur part d’ailleurs, et de cause

particuliere, =III=, 502.

A nous autres petis, il faut fuyr l’orage de plus loing: il faut

pouruoir au sentiment, non à la patience; et escheuer aux coups que

nous ne sçaurions parer, =III=, 508.

Il faut viure par droict, et par auctorité, non par recompense ny par

grace. Combien de galans hommes ont mieux aymé perdre la vie, que la

deuoir? =III=, 416.

On peut regretter les meilleurs temps: mais non pas fuyr aux presens:

on peut desirer autres magistrats, mais il faut ce nonobstant, obeyr à

ceux icy. Et à l’aduanture y a il plus de recommendation d’obeyr aux

mauuais, qu’aux bons, =III=, 470.

Les dissentions intestines produisent souuent ces vilains exemples:

Que nous punissons les priuez, de ce qu’ils nous ont creu, quand nous

estions autres. Et vn mesme magistrat fait porter la peine de son

changement, à qui n’en peut mais. Le maistre foitte son disciple de

docilité, et la guide son aueugle. Horrible image de iustice,

=III=, 102.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 337 / 504 题