MÉMOIRE.

C’est vn outil de merueilleux seruice, que la memoire, et sans lequel

le iugement fait bien à peine son office, =II=, 496.

C’est le receptacle et l’estuy de la science, =II=, 500.

La memoire nous represente, non pas ce que nous choisissons, mais ce

qui luy plaist. Il n’est rien qui imprime si viuement quelque chose en

nostre souuenance, que le desir de l’oublier. C’est vne bonne maniere

de donner en garde, et d’empreindre en nostre ame quelque chose, que de

la solliciter de la perdre, =II=, 216.

Ce n’est pas sans raison qu’on dit, que qui ne se sent point assez

ferme de memoire, ne se doit pas mesler d’estre menteur, =I=, 62.

Le manque de memoire est vn mal duquel principallement i’ay tiré la

raison de corriger vn mal pire, qui se fust facilement produit en moy:

sçauoir est l’ambition, car cette deffaillance est insuportable à qui

s’empestre des negotiations du monde, =I=, 60.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 269 / 504 题