CONTRADICTION, CONTRASTE.

Il n’y a raison qui n’en aye vne contraire, =II=, 432.

Nous ne goustons rien de pur, =II=, 536.

Des plaisirs, et biens que nous auons, il n’en est aucun exempt de

quelque meslange de mal et d’incommodité, =II=, 538.

Nostre extreme volupté a quelque air de gemissement, et de plainte.

Diriez vous pas qu’elle se meurt d’angoisse? =II=, 538.

L’extremité du rire se mesle aux larmes, =II=, 538.

La profonde ioye a plus de seuerité, que de gayeté. L’extreme et plein

contentement, plus de rassis que d’enioué. L’aise nous masche,

=II=, 538.

Le trauail et le plaisir, très dissemblables de nature, s’associent

pourtant de ie ne sçay quelle ioincture naturelle, =II=, 538.

Nostre volonté s’aiguise par le contraste: et il n’est rien

naturellement si contraire à nostre goust que la satieté, qui vient

de l’aisance: ny rien qui l’aiguise tant que la rareté et difficulté,

=II=, 432.

Nostre appetit mesprise et outrepasse ce qui luy est en main, pour

courir apres ce qu’il n’a pas. Nous defendre quelque chose, c’est

nous en donner enuie. Nous l’abandonner tout à faict, c’est nous

en engendrer mespris. La faute et l’abondance retombent en mesme

inconuenient, =II=, 434.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 193 / 504 题