Certes le plus ardu et le plus vigoureux des humains deuoirs, nous
l’auons resigné aux dames, et leur en quittons gloire, =III=, 218.
L’idee mesme que nous forgeons à leur chasteté est ridicule. Le neud du
iugement de ce deuoir, gist principallement en la volonté. Il y a eu
des maris qui ont souffert cet accident, non seulement sans reproche
et offence enuers leurs femmes, mais auec singuliere obligation et
recommandation de leur vertu. Telle, qui aymoit mieux son honneur
que sa vie, l’a prostitué à l’appetit forcené d’vn mortel ennemy,
pour sauuer la vie à son mary: et a faict pour luy ce qu’elle n’eust
aucunement faict pour soy, =III=, 230.
Cette grande et violente aspreté d’obligation, que nous leur
enioignons, produit deux effects contraires à nostre fin: elle aiguise
les poursuyuants, et faict les femmes plus faciles à se rendre, car la
deffence les incite et conuie, =III=, 236.
Le prix de la victoire se considere par la difficulté. Voulez vous
sçauoir quelle impression a faict en son cœur, vostre seruitude et
vostre merite? mesurez-le à ses mœurs. Telle peut donner plus, qui ne
donne pas tant. L’obligation du bienfaict, se rapporte entierement à
la volonté de celuy qui donne: les autres circonstances qui tombent au
bien faire, sont muettes, mortes et casueles. Ce peu luy couste plus à
donner, qu’à sa compaigne son tout. Si en quelque chose la rareté sert
d’estimation, ce doit estre en cecy. Ne regardez pas combien peu c’est,
mais combien peu l’ont, =III=, 220.
Telle a les mœurs desbordées, qui a la volonté plus reformée que n’a
cet’ autre, qui se conduit soubs vne apparence reglee. Comme nous en
voyons, qui se plaignent d’auoir esté vouees à chasteté, auant l’aage
de cognoissance: i’en ay veu aussi, se plaindre veritablement, d’auoir
esté vouees à la desbauche, auant l’aage de cognoissance. Le vice des
parens en peut estre cause: ou la force du besoing, qui est vn rude
conseiller, =III=, 232.
Ie ne sçay si les exploicts de Cæsar et d’Alexandre surpassent en
rudesse la resolution d’vne belle ieune femme, nourrie à nostre
façon, à la lumiere et commerce du monde, battue de tant d’exemples
contraires, se maintenant entiere, au milieu de mille continuelles et
fortes poursuittes. Il n’y a point de faire, plus espineux, qu’est ce
non faire, ny plus actif. Ie trouue plus aysé, de porter vne cuirasse
toute sa vie, qu’vn pucelage, =III=, 218.
C’est donc folie, d’essayer à brider aux femmes vn desir qui leur est
si cuysant et si naturel. Et quand ie les oye se vanter d’auoir leur
volonté si vierge et si froide, ie me moque d’elles. Elles se reculent
trop arriere. Ie suis fort seruiteur de la nayfueté et de la liberté:
mais il n’y a remede, si elle n’est du tout niaise ou enfantine,
elle est inepte, et messeante aux dames en ce commerce: elle gauchit
incontinent sur l’impudence. Leurs desguisements et leurs figures ne
trompent que les sots: le mentir y est en siege d’honneur: c’est vn
destour qui nous conduit à la verité; par une fauce porte, =III=, 228.
Refuser tout abbor, c’est tesmoignage de foiblesse, et accusation de sa
propre facilité: vne dame non tentee, ne se peut venter de sa chasteté,
=III=, 220.
Des violences qui se font à la conscience, la plus à euiter à mon
aduis, c’est celle qui se faict à la chasteté des femmes; d’autant
qu’il y a quelque plaisir corporel, naturellement meslé parmy: et à
cette cause, le dissentement n’y peut estre assez entier; et semble que
la force soit meslée à quelque volonté, =I=, 640.