AMBASSADEURS.

I’ay trouué bien estrange, qu’il fust en la puissance d’vn Ambassadeur

de dispenser sur les aduertissemens de grande consequence qu’il doit

faire à son maistre. Et m’eust semblé l’office du seruiteur estre, de

fidelement representer les choses en leur entier, comme elles sont

aduenuës: afin que la liberté d’ordonner, iuger, et choisir demeurast

au maistre. Car de luy alterer ou cacher la verité, de peur qu’il ne

la preigne autrement qu’il ne doit, et que cela ne le pousse à quelque

mauuais party, et ce pendant le laisser ignorant de ses affaires, cela

m’eust semblé appartenir à celuy, qui donne la loy, non à celuy qui

la reçoit, au curateur et maistre d’eschole, non à celuy qui se doit

penser inferieur, comme en authorité, aussi en prudence et bon conseil,

=I=, 94.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 156 / 504 题