DE L’ÉDITION DE 1595 PAR RAPPORT A L’EXEMPLAIRE DE BORDEAUX.

Ce relevé a été établi principalement d’après l’édition de 1802 de

Pierre et Firmin Didot et celle de 1872-90 de MM. Courbet et Royer.

Toutes les variantes, ou à peu près, que présente l’édition de 1595

par rapport à l’exemplaire de Bordeaux, figurent ici; il n’a guère été

laissé de côté que celles simplement afférentes à l’orthographe, et

encore pas toujours.

Ce faisant, nous n’avons pas cru le moins du monde faire œuvre de

quelque intérêt, un très petit nombre de ces variantes valant seules

d’être signalées, ce à quoi les notes suffisaient; nonobstant nous nous

sommes imposé cette charge, uniquement pour que chacun, jugeant par

lui-même, puisse, en connaissance de cause, apprécier de la différence

insignifiante des deux textes et de leur valeur respective.

L’exemplaire de Bordeaux porte beaucoup de ratures; on a été jusqu’à en

faire le relevé. Nous ne poussons pas jusque-là, estimant que ce que

l’auteur a supprimé est comme non avenu, et que ce n’est pas être dans

le vrai que d’en tenir compte quand même.

L’édition de 1595 et l’exemplaire de Bordeaux diffèrent essentiellement

par certains passages souvent étendus, existant dans la première et

qui ne se retrouvent pas dans le second, alors que l’inverse n’a pas

lieu; et aussi, mais cela est de beaucoup moindre importance, par

un assez grand nombre de variantes insignifiantes, suppressions,

modifications, additions limitées à quelques mots. Il est à remarquer

que les tournures de phrase légèrement différentes qui résultent de

ces modifications sont toutes, à très peu d’exceptions, plus correctes

ou plus expressives dans l’édition de 1595; le peu de fois que nous

avons estimé le contraire, nous avons adopté, dans la traduction, la

variante de l’exemplaire de Bordeaux et l’avons signalé ici et dans la

traduction elle-même par un astérisque. Le dit exemplaire de Bordeaux

présente, en outre, un bien plus grand nombre de fautes d’impression et

d’orthographe dans sa partie typographiée; et ces dernières sont encore

infiniment plus nombreuses dans la partie manuscrite où la ponctuation

fait à peu près complètement défaut. Ces particularités justifient bien

les conjectures qui prévalent sur l’origine de ces deux textes.

Il semble de fait que l’auteur des Essais, dans les dernières années

de sa vie, travaillant en vue d’une nouvelle réédition, le faisait

au moyen d’annotations inscrites sur un exemplaire, en feuilles, de

l’édition de 1588 qui n’est autre que l’exemplaire de Bordeaux; cet

exemplaire était en feuilles, puisque, relié aujourd’hui, nombre

des notes manuscrites ont été tronquées par le couteau du relieur.

Lui mort, Pierre de Brack, auquel, à Bordeaux, s’adresse la famille

pour la réalisation de ses intentions, chargé de la révision et de

la mise au net de ces annotations, le fait en se servant d’un second

exemplaire de cette même édition, vraisemblablement aussi en feuilles

et aujourd’hui disparu, qui lui est remis à cet effet. Peut-être

Montaigne avait-il déjà commencé lui-même cette mise au net, ou encore

ce second exemplaire lui servait-il, comme l’autre, à consigner ses

modifications, l’un demeurant à la ville, l’autre à la campagne, leurs

annotations respectives devant plus tard être fusionnées et ne former

qu’un tout. Cette existence simultanée ressort de ce que nombre de

variantes entre les éditions de 1595 et 1588 ne se retrouvent pas quand

on compare cette dernière édition avec l’exemplaire de Bordeaux.

Quoi qu’il en soit, de Brack a mis, ou achevé de mettre, l’ouvrage

au point en reportant ou continuant à reporter sur l’un les notes et

retouches de l’autre; et, pour plus de célérité, il les détachait de

celui-ci pour les rattacher à celui-là, quand elles étaient écrites

sur des papillons y attenant par des pains à cacheter dont, en de

nombreux endroits, on voit trace, constatant leur disparition de

l’exemplaire de Bordeaux, en même temps qu’on les trouve insérées dans

l’édition de 1595. Chemin faisant, de Brack rectifiait, au fur et à

mesure, les fautes d’impression, de grammaire et d’orthographe, de

l’exemplaire sur lequel il travaillait et des notes manuscrites qu’il y

transcrivait, non toutefois sans qu’il lui en échappât quelques-unes,

car il s’en trouve encore pas mal, bien que partie de celles qu’il a

laissé subsister aient dû être corrigées par Mlle de Gournay lorsque ce

travail achevé lui a été envoyé à Paris, pour l’impression dont elle

avait charge.

En résumé, l’édition de 1595 est plus complète que l’exemplaire

de Bordeaux; et les très légères différences que présentent leurs

parties communes sont généralement à l’avantage de la première qui,

par là, continue à mériter sans conteste la qualification de «vieil

et bon exemplaire» que lui donne Mlle de Gournay, dans son édition

de 1635, et d’être appelée «la Vulgate», comme la dénomment MM.

Barckhausen et Dezeimeris;--par contre l’exemplaire de Bordeaux, par

ses notes manuscrites, renseigne incontestablement au mieux de ce

qui est possible sur l’orthographe personnelle de Montaigne (voir,

en particulier, à cet égard, comme échantillons de quelque étendue,

les variantes relatives au capitaine Raisciac (=I=, 26, 10 à 20) et

à une tentative de suicide d’un condamné à mort (=II=, 102, 13 à

31); et aussi le fac-similé de la page 151 dudit exemplaire qui est

donné en tête, dont il est question dans le fascicule A (notice sur

les illustrations), qui renseignera également sur son écriture).

L’orthographe des éditions de 1580, 1582, 1587, 1588 est, en effet,

beaucoup plus celle de ses imprimeurs que la sienne, car il leur avait

laissé carte blanche: «Ie ne me mesle, ny d’orthographe et ordonne

seulement qu’ils suiuent l’ancienne, ny de la punctuation,» dit-il

au chap. IX du livre III (vol. III, p. 412). Ceux-ci, au surplus,

ne semblent pas sur ce point avoir agi à sa complète satisfaction,

à en juger par les recommandations écrites par lui-même en vue de

la réédition projetée que l’on retrouvera en tête du fascicule G

(Glossaire) et dont ses exécuteurs testamentaires ont tenu d’autant

plus compte dans l’édition de 1595, qu’ils étaient, plus que lui,

respectueux de ces détails; si bien, qu’à cet égard, cette édition a en

plus ce que les autres ont en moins.

Qui veut, en dehors du procédé graphique que nous avons donné dans

le préambule du fascicule précédent (D_a_), avoir un ensemble

complet auquel rien ne manque des variantes des Essais avec leurs

transformations successives, l’obtiendra, mais sous une forme moins

simple et moins saisissante, par la réunion des quatre éditions

ci-après mentionnées dans l’énumération qui clôt la notice placée

en tête de ce volume:--La réédition de 1580, par MM. Barckhausen et

Dezeimeris, avec les variantes de 1582 et de 1587;--celle de 1588 par

MM. Motheau et Jouaust avec les variantes de 1595;--celle de 1595 par

MM. Courbet et Royer;--enfin l’édition municipale de Bordeaux, qui, à

l’instar de celle de MM. Motheau et Jouaust, a pour point de départ le

texte de 1588, mais conjointement avec celui de 1580 et les additions

manuscrites de l’exemplaire de Bordeaux.

_Dans le présent relevé, le volume est indiqué au titre courant;--les

nombres en caractères gras marquant la page;--ceux en caractères

ordinaires, la ligne._

_Les indications affectées de la lettre A s’appliquent aux additions

que présente l’édition de 1595, par rapport à l’exemplaire de

Bordeaux;--celles affectées de la lettre D, à ce qui fait défaut dans

celle-là et se trouve dans celui-ci;--enfin, celles affectées de la

lettre R marquent que ce qui précède cette lettre et fait partie du

texte du premier de ces deux documents, se trouve remplacé, dans le

second, par ce qui la suit._

[Db.121] ESSAIS DE MONTAIGNE.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 139 / 504 题