=Des livres=, =II=, 61.--En écrivant ses Essais, Montaigne n’a pas
de plan arrêté, il donne libre cours à sa fantaisie; il sait combien
il est ignorant, aussi, tout en disant sur chaque chose ce qu’il
juge à propos, peu lui importe les erreurs que l’on pourra relever,
61.--Double motif qu’il a pour ne pas nommer les auteurs auxquels
il emprunte des idées, voire même des passages entiers et dont il
donne des citations; il veut orner son ouvrage et rire de la critique
que l’on fera peut-être en lui, et sans s’en douter, des auteurs de
l’antiquité auxquels il fait des emprunts, 61.--Il renouvelle l’aveu
de son ignorance, mais la science coûte trop à acquérir et il préfère
passer doucement la vie; aussi, ne lit-il que les auteurs qui l’amusent
et ceux qui lui apprennent à bien vivre et à bien mourir, 63.--Parmi
les auteurs des temps modernes simplement amusants, Montaigne
n’apprécie guère que BOCCACE, RABELAIS et JEAN SECOND; il a toujours
trouvé insipides les romans des AMADIS et, l’âge ayant modifié ses
goûts, ARIOSTE et même Ovide qui dans son enfance lui plaisait tant,
n’ont plus d’attrait pour lui, 65.--Il regrette d’avoir à confesser
qu’il n’apprécie pas l’AXIOCHE de PLATON, c’est probablement un effet
de son ignorance, 65.--Les fables d’Ésope renferment généralement un
sens plus profond que celui qui ressort à première vue, 67.--Parmi
les poètes latins, les premiers pour lui, sont: VIRGILE, surtout par
ses GÉORGIQUES et le cinquième livre de l’ÉNÉIDE; LUCRÈCE, CATULLE et
HORACE; il prise aussi LUCAIN, mais plus pour ses pensées que pour son
style, 67.--Combien TÉRENCE est au-dessus de PLAUTE; quelle élégance,
quelle grâce inimitable, un rien lui suffit pour provoquer l’intérêt;
quelle différence sous ce rapport entre eux et les poètes comiques de
nos jours! 67.--Les bons poètes ont toujours évité l’affectation et
la recherche: c’est ce qui fait que les épigrammes de CATULLE sont
si supérieures dans leur simplicité, aux satires de MARTIAL dont
les pointes sont aiguisées avec tant de soin, 69.--Comme les bons
plaisants, les bons poètes n’ont pas non plus besoin de déguisements,
d’ornements superflus pour exciter l’intérêt: Que l’on compare VIRGILE
et ARIOSTE: le premier fend l’air d’un vol hardi, le second ne fait
que voleter de branche en branche, 71.--D’entre les ouvrages sérieux,
PLUTARQUE et SÉNÈQUE sont ceux que préfère Montaigne; comparaison entre
ces deux auteurs, 71.--Quant à Cicéron, ce que Montaigne apprécie le
plus en lui, ce sont ses ouvrages philosophiques; mais il l’ennuie
par ses longs préambules et ses éternelles définitions, il arrive
trop tard au sujet. On peut en dire autant de PLATON dont la forme
dialoguée alourdit le style, ce n’est point ainsi qu’écrivent PLINE et
quelques autres, 73.--Les lettres de CICÉRON à Atticus sont d’un grand
intérêt par les particularités qu’elles contiennent sur les mœurs et
le caractère de l’auteur qui, bon citoyen, avait peu d’énergie, était
dévoré d’ambition et de vanité et avait la faiblesse de se croire
un grand poète (BRUTUS), 75.--Son éloquence hors de pair, a trouvé
cependant des censeurs; on lui a reproché ses trop longues périodes
et les mots à effet par lesquels il les termine si souvent (CICÉRON
LE JEUNE et CESTIUS), 75.--De tous les auteurs de divers genres, les
historiens sont ceux que Montaigne affectionne le plus, parce qu’ils
font connaître l’homme en général; et, parmi les historiens ceux qui,
tels que PLUTARQUE et DIOGÈNE LAERCE, ont écrit la vie de grands
personnages, 77.--Éloge des COMMENTAIRES DE CÉSAR, 77.--Les meilleurs
historiens, sont ceux, assez rares du reste, qui, ayant le génie de
l’histoire, s’imposent par leur valeur, et ceux qui l’écrivent avec
simplicité et bonne foi; les autres nous induisent en erreur par leurs
relations tronquées ou altérées et leurs jugements erronés (FROISSART),
79.--Les bonnes histoires sont surtout celles faites par des hommes
ayant pris part aux événements qu’ils racontent; difficulté de fixer,
même dans ce cas, les détails de certains faits (ASINIUS POLLIO et
les COMMENTAIRES DE CÉSAR, BODIN), 81.--Jugements de Montaigne sur
GUICHARDIN, PHILIPPE DE COMINES, GUILLAUME et MARTIN DU BELLAY; ces
deux derniers paraissent avoir eu pour but de faire le panégyrique de
François Ier, plutôt que d’écrire des mémoires (Sire DE JOINVILLE,
ÉGINHARD), 81.