DE 1843.

(Voir t. I, p. 247, 254, 258; t. II, p. 182, 198 et 346.)

III.--Sciences mathématiques pures.

La nature de notre journal ne nous permet pas de suivre dans tous leurs

détails les communications qui su rattachent à ce titre; mais nous

devons donner un résumé, ou au moins une indication de celles qui

offrent le plus d'intérêt.

_Sujets divers_.--Mentionnons d'abord un mémoire dû à un jeune

professeur, M. Amyot, sur les _surfaces du second ordre_. Le lecteur se

formera une idée des surfaces de ce genre, lorsque nous lui dirons que

la sphère, que l'ellipsoïde terrestre, que les réflecteurs paraboliques

des réverbères et des lampes d'applique, et que même la surface gauche

de l'aile d'un moulin à vent n'en sont que des cas particuliers. M Amyot

est arrivé, par l'application de l'algèbre à la géométrie, à des

résultats qu'une commission dont M. Cauchy était le rapporteur a trouvés

très-dignes d'intérêt. L'Académie, suivant les conclusions du rapport, a

adressé des remerciements à M. Amyot, et a approuvé son travail.

M. Cauchy a communiqué à l'Académie un grand nombre de résultats de ses

fécondes méditations. La mécanique moléculaire, le développement des

fonctions en séries, la métaphysique du calcul infinitésimal, et les

parties les plus élevées de l'analyse mathématique ont successivement

fourni à l'illustre géomètre le sujet de mémoires étendus. Mais ses

recherches sur la synthèse algébrique, pour être plus élémentaires et à

la portée d'un plus grand nombre de lecteurs, ne nous paraissent pas eu

avoir moins de prix.

Mentionnons encore les mémoires de M. Serret sur les fonctions

elliptiques, de M. Binet sur le calcul intégral, de M. Libri sur les

équations numériques, de M. Lamé sur les surfaces isothermes, et une

note de M. Delaunay sur un problème de _maximum_.

Mais, parmi ces travaux, ceux qui nous paraissent offrir le plus

d'intérêt à raison de l'âge de leurs auteurs aussi bien qu'à cause de

leur importance, sont dus à deux jeunes géomètres qui donnent déjà mieux

que des espérances. M. Liouville s'est chargé de faire les rapports sur

ces travaux, et il s'en est acquitté avec la bienveillance et

l'attention les plus propres à encourager ceux qui entrent dans la

carrière. Citons textuellement quelques passages de ces rapports.

«L'Académie nous a chargés, M. Lame et moi, de lui rendre compte du

mémoire relatif à une des parties les plus abstraites de l'analyse, la

division des fonctions abéliennes ou ultra-elliptiques, dont l'auteur,

M. Hermite, figure depuis quelques mois seulement parmi les élèves de

l'École Polytechnique. C'est avec un vif plaisir que nous venons

présenter aujourd'hui les résultats de l'examen auquel nous nous sommes

livrés. Peu de mots en effet suffiront pour faire comprendre toute

l'importance du travail de notre jeune compatriote.

...................................................

...................................................

«En résumé, vos commissaires pensent que le mémoire de M. Hermite est

très-digne de l'approbation de l'Académie, et qu'il doit être imprimé

dans le _Recueil des Savants étrangers_.»

M. Bertrand, ingénieur des mines, est l'un des auteurs dont nous

parlons. Ses développements sur quelques points de la théorie des sut

faces isothermes orthogonales ont motivé un rapport dont nous extrayons

le passage suivant:

«M. Bertrand a débuté, bien jeune encore, par des recherches fort

remarquables sur la théorie mathématique de l'électricité, en prouvant

le premier, d'une manière à la fois générale et simple, 1° que l'absence

de l'électricité statique dans l'intérieur des corps conducteurs est une

conséquence nécessaire de la loi du carré des distances; 2° que

l'épaisseur de la couche en équilibre doit être nulle aux points où deux

corps conducteurs se touchent. Il a depuis publié divers travaux de

mécanique et d'analyse pure. Au mérite d'avoir résolu avec sagacité les

questions dont il s'est occupé, il a su joindre celui de bien choisir

ces questions elles-mêmes. C'est la marque d'un excellent, esprit.

«Le mémoire qu'il a soumis en dernier lieu au jugement de l'Académie

nous paraît digne d'être approuvé par elle, et d'être inséré dans le

_Recueil des Savants étrangers_.»

Certains passages du rapport sur le mémoire de M. Hermite ont été, pour

M. Libri, l'occasion de soulever une réclamation de priorité à la suite

de laquelle a eu lieu entre lui et M. Liouville un débat des plus vifs,

qui a occupé la majeure partie de plusieurs séances. Nous regrettons que

les académiciens qui, en très-petit nombre, sont en état de porter le

flambeau de la vérité dans une discussion de ce genre, ne l'aient pas

fait d'une manière explicite. Il est vraiment déplorable que le pour et

le contre puissent être soutenus presque avec la même vraisemblance, à

en juger par les comptes rendus, aux yeux de la plupart des académiciens

eux-mêmes tout aussi bien qu'à ceux du public.

_Origine de notre arithmétique_.--Il y a déjà plusieurs années que M.

Chasles, habile géomètre non moins que savant bibliophile, avait

expliqué un passage fort obscur du célèbre Boèce, de manière à rendre

fort probable que les chiffres étaient employés avec une valeur de

position, comme dans notre système ordinaire de numération, dès le

quatrième siècle de l'ère chrétienne. Quoique cette opinion ne fût pas

nouvelle, puisqu'elle se trouve exprimée dans l'histoire des

mathématiques de Montuela, M. Chasles la présentait avec tant de

développements, la discutait d'une manière si plausible qu'elle attira

au plus haut degré l'attention de toutes les personnes qui portent

quelque intérêt à l'histoire des sciences. Cependant elle fut loin

d'être admise sans contradiction. Parmi les adversaires les plus

persistants de M, Chasles, il faut ranger M. Libri, qui, dans son

_Histoire des sciences mathématiques en Italie_, avait signalé à la

reconnaissance des Européens Fibonacci, connu sous le nom de Léonard de

Pise, comme le premier qui eût, en 1202, publié dans son traité de

l'Abacus et fait connaître aux chrétiens d'Occident la numération arabe.

Mais depuis l'époque où cette question historique si importante a été

soulevée, pas une année, ne s'est écoulée sans que de nouvelles preuves,

chaque fois plus convaincantes, n'aient été apportées en faveur de

l'opinion de M. Chasles. La communication faite par ce savant à

l'Académie, au commencement de 1843, avait prouvé que, dès la fin du

dixième siècle, notre compatriote Gerbert vulgarisait le système de

numération exposé d'une manière si obscure par Boèce. Il est revenu sur

ce sujet dans le courant de l'année, et voici ce qui résulte de sa plus

récente lecture à l'Académie:

1° Nos chiffres actuels dérivent des _apices_ de Boèce, lesquels ont été

en usage dans les traités du moyen âge; les Arabes et les Hindous, au

contraire, ont des chiffres très-différents des nôtres.

2° La méthode de l'_Abacus_, telle qu'on la trouve dans le traité de

Gerbert, était pratiquée sur des tables couvertes de poudre; aussi

quelques auteurs modernes ont-ils appelé méthode _l'art de compter sur

la table couverte de poudre_, en ignorant toutefois ce qu'était cette

méthode, et la signification des textes obscurs qui la décrivent.

3° Cette même méthode à une parfaite analogie avec deux procédés de

calcul qui ont été en usage vulgaire chez les anciens, et qui se

pratiquaient, l'un, avec des jetons qu'on plaçait sur des lignes

parallèles, où ils prenaient des valeurs de position en progression

décuple; et, l'autre, avec l'instrument appelé _saian-pan_ chez les

Chinois, et _abacus_ chez les Romains.

4° La tradition attribue à Pythagore le système de l'abacus. Boèce dit

que les disciples de ce grand philosophe ont appelé en son honneur table

de Pythagore le tableau sur lequel se pratiquait cette méthode de

calcul. Cette dénomination, table de Pythagore, qui s'est conservée dans

plusieurs auteurs du moyen âge, nous a été transmise avec un sens tout

différent. C'est donc, probablement à tort que nous attribuons à

Pythagore la petite table de multiplication que l'on trouve dans tous

les traités d'arithmétique ordinaire; mais nous devons, avec plus de

probabilité encore, lui rapporter l'honneur du système de numération que

l'on attribue si mal à propos aux Arabes.

5° L'abacus n'a pas été une simple spéculation arithmétique; les

mathématiciens s'en servaient réellement pour leurs calculs. Cette

méthode était déjà devenue d'un usage vulgaire, dans certaines contrées,

à la fin du dixième siècle ou au commencement du onzième.

6° Dans le cours du douzième siècle, le système de l'abacus a éprouvé

plusieurs modifications. Le terme _abacus_ a été remplacé par celui

d'_algorisme_; plusieurs auteurs ont nommé les Indous, dans leurs

ouvrages, comme les premiers inventeurs de cette arithmétique. Les

traces de l'ancien système de l'abacus se sont effacées insensiblement

dans les ouvrages des chrétiens, pendant que quelques notions empruntées

à la littérature arabe s'y sont introduites; les anciennes expressions

ont disparu, tandis que celles de _cifra_ (chiffre) et de _figuria

Indorum_ se sont conservées. Ce sont ces expressions principalement qui

ont paru offrir des preuves que l'arithmétique nous venait de l'Orient,

et qu'elle nous avait été importée vers le treizième siècle. Quant aux

anciens traités de l'abacus qui subsistaient, même en grand nombre, ils

n'ont plus été compris, et l'on a refusé d'y rien voir d'analogue aux

principes de notre arithmétique actuelle. Mais M. Chasles a trouvé que,

dans tous les temps, jusqu'au seizième siècle, et qu'à cette époque

notamment, il a existé des traces de l'abacus, et qu'on a toujours su

que cette ancienne méthode était l'origine de l'arithmétique vulgaire.

Au commencement du treizième siècle, en 1202. Fibonacci lui-même met la

_méthode de Pythagore_ au nombre des méthodes arithmétiques qu'il a

étudiées. Et le passage le plus récent, qui soit relatif à ce sujet, a

été extrait par M. Chasles de la _Bibliothèque historiale_ de Nicolas

Vignier, 3 vol. in-fol. Paris, 1588 (2e vol., p. 612:)

«Gerbert et encore un autre sien compagnon ou disciple ès sciences

géométriques et mathématiques, nommé Bernelinus, qui composa quatre

livres: _De abaco et numeris_ desquels se peut apprendre l'origine du

chiffre dont nous usons aujourd'hui ès comptes d'arithmétique. Lesquels

livres M. Savoye Pithou m'a assuré avoir en sa bibliothèque, et

recognoitre en iceux un sçavoir et intelligence admirable de la science

qu'ils traitent.»

A tous ces faits si précis, à tous ces arguments si convaincants, on n'a

plus répondu même par des dénégations vagues; les adversaires de M.

Chasles ont gardé un silence absolu. Nous devons donc regarder comme un

fait désormais, acquis à l'histoire, l'origine purement occidentale de

notre système actuel d'arithmétique. L'importance de ce fait, si

contraire aux idées généralement reçues, motive suffisamment le

développement que nous avons donné à l'examen des beaux travaux par

lesquels il se trouve établi d'une manière irréfragable.

IV.--Sciences mathématiques appliquées.

_Perspective pratique_.--M. Jump avait présenté à l'Académie une échelle

de perspective, sur laquelle M. Mathieu a fait un rapport dont voici les

conclusions: «Nous pensons que l'échelle de perspective de M. Jump

pourra servir à former avec une précision suffisante, pour les besoins

ordinaires des arts, la perspective des objets, surtout quand on aura

souvent occasion d'en faire usage, et que l'on sera disposé d'en étudier

l'explication, qui n'a pas toute la simplicité désirable.»

_Représentation graphique de diverses lois_.--Toutes les personnes qui

ont eu sous les yeux des plans topographiques exécutés avec soin, savent

comment on y représente le relief du terrain. On imagine que les

surfaces de niveau équidistantes, telles que le seraient celles de

l'Océan si ses eaux venaient à s'élever successivement à diverses

hauteurs au-dessus du sol, aient laissé leurs traces sur le relief; et

on projette sur la carte les courbes de niveau ainsi tracées, en y

affectant des cotes ou nombres, qui expriment à quelles hauteurs sont

placées respectivement les unes par rapport aux autres ces coupes de

niveau faites dans le relief du sol.

C'est en 1780 nue Ducarla, de Genève, imagina cette notation aussi

simple qu'expressive. Il paraît qu'Halley, contemporain du grand Newton,

avait imaginé de réunir sur la mappemonde, par des courbes continues,

les points où la déclinaison de l'aiguille aimantée est la même. Au

commencement de ce siècle, M. de Humboldt a vulgarisé l'emploi de cette

notation, au moyen de ses _isothermes_, ou lignes d'égale température.

On doit aussi à un savant navigateur. M. Duperrey, des cartes fort

intéressantes des méridiens et des parallèles magnétiques. Mais ce qu'il

y a de remarquable, c'est que cette notation peut être employée avec

succès pour exprimer des lois mathématiques, et une foule de lois

naturelles, aussi bien que des surfaces et les propriétés de certains

points de l'écorce terrestre; on peut donc s'en servie pour remplacer

des tables numériques, souvent plus longues à construire, et d'un usage

moins commode. M. Pouchet, dans son _Arithmétique linéaire_, publiée en

1797, a eu le premier cette heureuse idée, qui a été employée aussi par

M. d'Obenheim, dans sa planchette du canonnier; par M. Piobert, par M.

Allix, etc.; seulement, aucun de ces auteurs n'avait pensé à combiner la

notation des plans topographiques avec un certain système de graduation,

au moyen duquel des courbes difficiles à construire peuvent souvent se

réduire à de simples lignes droites. On n'avait pas non plus pensé à

appliquer la notation de Ducarla aux lois de la météorologie, C'est ce

qui a été fait dans un travail présenté à l'Académie par un ingénieur

des ponts et chaussées, travail pour lequel M. Gauchy a fait un rapport,

dont voici les conclusions favorables à l'auteur:

«L'Académie a approuvé le mémoire présenté, et a décidé qu'il serait

inséré dans le _Recueil des Savants Etrangers_.»

L'appendice à la traduction que M. Martins a donnée de la _Météorologie

de Kaemtz_, renferme un grand nombre de figures, et les principes de la

partie de ce Mémoire qui est relative aux lois naturelles. Nous y

renvoyons le lecteur (3).

[Note 3: Cours complet de Météorologie de M. F. Kaemtz, professeur

de physique à l'Université de Malle; traduit et annoté par Ch.

Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de

médecine de Paris. (Paulin, libraire-éditeur, 57, rue de Seine. 1

fort vol. in-12 avec 40 planches gravées.]

_Latitude de Fomentera_.--La détermination de la latitude d'un lieu,

par les hauteurs des astres à leur passage au méridien, est une des

opérations les plus simples qui puissent se présenter à l'astronome

praticien. Cependant lorsque l'on examine dans tous leurs détails les

observations qu'elle exige, on reconnaît qu'elle réclame les soins les

plus minutieux, les corrections les plus délicates, les instruments les

plus parfaits. M. Biot, dont le nom restera attaché, ainsi que celui de

M. Arago, à la mesure la plus précise qu'on ait encore obtenue des

dimensions de sphéroïde terrestre, a donné un mémoire étendu du plus vif

intérêt pour tous les amateurs de la haute précision, sur la latitude de

l'extrémité australe de l'arc méridien de France et d'Espagne. Il faut

lire ce mémoire pour voir quelle sagacité doit déployer un observateur

désireux d'éviter ou de reconnaître toutes les causes d'erreurs qui ne

manquent pas de se présenter en assez grand nombre, lors même qu'il est

muni des instruments les plus précis.

_Comètes_.--Ces astres singuliers ont été le sujet de travaux nombreux

pendant le cours de l'année dernière. Nous avons déjà rendu compte de

plusieurs d'entre eux à propos de la grande comète (v. 1, p. 64 et 259).

Parlons de quelques autres qui ont aussi beaucoup d'intérêt.(4)

M. Matthiessen a fait, à l'aide d'un de ces instruments si sensibles que

les propriétés des courants thermo-électriques permettent d'employer

avec succès à la détermination des plus légères variations de

température, des expériences fort curieuses, desquelles il résulte que

la grande comète n'envoyait, à la surface terrestre, qu'une chaleur à

peine appréciable à l'aide de ces instruments eux-mêmes. Car en braquant

sa pile thermo-électrique, munie de son cône condensateur, sur la queue

de la comète au-dessous d'Orion, l'aiguille du galvanomètre restait sur

zéro, absolument comme lorsque l'instrument était braqué sur l'étoile

polaire. Le noyau de l'astre donna une déviation angulaire de 2 degrés,

sous les pléiades on obtint 10°, vers la base de la lumière zodiacale

12°.

L'expérience avait lieu dans une ondulation légèrement concave du

terrain entre l'arc de l'Étoile et le bois de Boulogne, le 27 mars

dernier, vers huit heures du soir. Pour donner une idée de la

sensibilité de l'appareil, il suffit de dire que la température de la

main de l'observateur, refroidie par le contact de l'herbe humide,

envoya l'aiguille indicatrice frapper contre la pointe à 90 degrés, à la

distance d'un mètre; qu'une petite maison blanche, à 800 mètres de

distance, mais échauffer par les rayons du soleil avant son coucher,

fixa l'aiguille à 26 degrés, et à huit heures et demie à 21 degrés; et

qu'une chandelle qui brillait à la croisée de cette maison ayant été

éteinte, l'aiguille descendit à 19 degrés.

M. Quételet a signalé l'étendue de la lumière zodiacale vers la même

époque, et l'apparition d'un assez grand nombre de météores lumineux qui

se sont montrés du 18 au 24 mars, à Bruxelles à Brimes, etc.

Dès les premiers jours de l'apparition de la grande comète du mois de

mars, M. Edward Cooper, habile astronome anglais, avait signalé un

passage d'un livre bien connu (_l'Usage des globes de Bion_) duquel

semblait résulter que cette comète avait déjà été vue plusieurs fois et

qu'elle se meut autour du soleil suivant une courbe fermée dans l'espace

de 54 à 55 ans. Les recherches de MM. Laugier et Mauvais, loin

d'infirmer cette idée, y ont donné un fort degré de probabilité. En

attribuant une orbite elliptique à la comète, ces messieurs ont trouvé

que la plus grande différence entre les positions observées et calculées

était de 12 secondes en longitude, et de 18 en latitude. M. Valz,

directeur de l'observatoire de Marseille, est parvenu de son côté à un

résultat analogue. Ainsi la belle comète de 1843 est assez probablement

identique avec celles de 1702, de 1668, de 1528, de 1191, de 1157, de

1106, de 1003, de 685, de 582, de 379, de 336, de 193, de 161, et de 371

avant notre ère.

Nous devons encore mentionner ici, à cause de sa singularité, le

rapprochement fait par M. Laisné entre la hauteur barométrique relevée à

l'observatoire de Paris et la position de la comète par rapport à la

terre à la fin du mois de février. Cette hauteur a été constamment en

décroissant du 26 à neuf heures du matin, où elle était de 747 mm. 2,

jusqu'au 27 à neuf heures du soir, où elle est descendue à 727 mm. 2,

puis en augmentant de nouveau jusqu'au 28 à neuf heures du soir, où elle

atteignait 742 mm. 4. Or, c'est le 27 février, après dix heures du soir,

que la comète a passé à son périhélie, et vers minuit, qu'elle a été en

conjonction inférieure avec le soleil.

Ajoutons, du reste, que rien, jusqu'à ce jour, ne permet de croire qu'il

y ait eu autre chose qu'une coïncidence fortuite entre ces deux

phénomènes; et M. Laisné lui-même a eu soin d'éviter le sophisme: _cum

hoc, ergo propter hoc_.

Une autre comète découverte par M. Mauvais, l'un des astronomes attachés

à l'observatoire de Paris, dans la nuit du 2 au 5 mai, a beaucoup moins

attiré l'attention, sinon des astronomes, au moins des gens du monde, à

cause de son extrême petitesse. Ce qu'elle offre de remarquable, c'est

la grandeur de sa distance périhélie, qui atteint 1.613; c'est-à-dire

que la distance moyenne de la terre au soleil étant prise pour unité, la

comète ne s'est approchée du soleil qu'à une distance égale à plus d'une

fois et demi de la première. Les trois comètes de 1729, 1747 et 1876,

dont les distances _périhélies_ ont été trouvées respectivement de

4,070; de 2,294 et de 2,008, sont les seules qui, sous ce rapport,

puissent être classées avant la comète de M. Mauvais.

[Note 4: Cours complet de Météorologie de M. F. Kaemtz, professeur

de physique à l'Université de Malle; traduit et annoté par Ch.

Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de

médecine de Paris. (Paulin, libraire-éditeur, 57, rue de Seine. 1

fort vol. in-12 avec 40 planches gravées.]

_Mécanique céleste_.--On doit à M. Damoiseau un travail capital sur les

perturbations de Junon et de Céres. M. Leverrier a aussi communiqué les

résultats très-importants d'une détermination nouvelle de l'orbite de

Mercure et de ses perturbations, des tables numériques pour servir à la

construction des éphémérides de cette planète, et un mémoire sur la

grande inégalité du mouvement moyen de Pallas. M. Delaunay a repris

toute la théorie des marées, et a cherché à expliquer plusieurs

circonstances fondamentales qui n'avaient pas encore été déduites

rigoureusement du principe de la gravitation universelle.

_Travaux relatifs à l'histoire de l'astronomie_.--On attribue

généralement à l'astronome allemand Apian (milieu du seizième siècle) la

première observation de la queue des comètes en sens opposé au soleil.

M. Edouard Biot, dans le cours de ses recherches sur les anciennes

apparitions de la comète d'Halley, a trouvé dans un ouvrage chinois

l'observation suivante relative à une comète observée le 22 mars et

jours suivants de l'an 857; «En général, quand _un balai_ (une comète)

paraît le matin, alors il est dirigé vers l'occident; quand il paraît le

soir, il est dirigé vers l'orient. C'est une règle constante.» Le

curieux renseignement, qui prendra dorénavant sa place dans l'histoire

de l'astronomie, n'effacera pas l'observation d'Apian, ainsi que M.

Arago l'a fait remarquer; car l'astronome allemand a, de plus que le

chinois, annoncé que l'axe de la queue prolongée passe par le soleil.

Il y a déjà sept ans qu'un habile orientaliste, M. Sédillot, avait cru

reconnaître, dans un paysage d'Aboul-Wefa, astronome arabe de Bagdad qui

écrivait vers la fin du Xe siècle, la découverte d'une inégalité lunaire

comme sous le nom de _variation_, découverte qui était généralement

attribuée à Tycho-Brahé. Le résultat annoncé par M. Sédillot était

généralement admis, car on n'y avait opposé que des dénégations vagues,

sans preuves décisives. Mais aujourd'hui, un autre orientaliste

distingué, M. Munk, tout en rendant hommage à l'authenticité du chapitre

communiqué par M. Sédillot, comme à la fidélité de sa traduction

française, vient annoncer que l'on s'est fait illusion en attribuant aux

Arabes l'importante découverte de l'astronome danois, et que l'inégalité

signalée pur Aboul-Wefa n'est pas la _variation_, mais bien la

_prosneuse_ qui est décrite dans Ptolémée.--L'Académie avait d'abord

nommé une commission pour décider entre ces deux assertions opposées;

mais on a bientôt reconnu que la question litigieuse n'était pas de la

nature de celles qui doivent être tranchées par l'Académie, et on a

laissé aux recherches individuelles le soin de découvrir et de signaler

la vérité.--M. Biot est le seul qui soit entré dans l'arène: il a pris

parti pour M. Munk, et nous reconnaissons que les raisons alléguées par

M. Sédillot ne nous ont pas paru assez fortes pour infirmer les

résultats de ses savants adversaires.

L'annonce faite par M. Albéri de la découverte de certains manuscrits

qui renferment tous les travaux de Galilée et de son disciple Remeri sur

les satellites de Jupiter, a été l'occasion de débats tellement

personnels qu'il nous a paru convenable de ne pas nous y arrêter.

Don Graviel l'Alférez.

L'Illustration, No. 0051, 17 Février 1844 · 第 3 / 10 题