Après avoir élagué toutes les subtilités scolastiques d'Épicure ou des
autres prétendus sages, il préconise avec une admirable force de
langage et de conscience les deux pivots de la vertu, l'HONNÊTE et la
RAISON. Écoutez en passant ces définitions du bon sens:
«L'_honnête_ est ce que l'on est forcé d'estimer par soi-même,
abstraction faite de toute espèce d'intérêt personnel, etc.» (Quelle
preuve de Dieu par la conscience!)
«La _raison_ est cette intelligence si prompte et si vaste à la fois,
cette sagacité de l'esprit qui pénètre les causes, discerne
l'enchaînement de ces causes avec leurs conséquences, rapproche les
ressemblances, découvre les semblables au milieu des diversités,
conjoint l'avenir avec le présent, et embrasse ainsi d'un coup d'oeil le
cours entier d'une existence bien enchaînée.
«Par la raison, l'homme recherche la société des hommes; par elle il
s'élève, de l'affection pour ses parents et pour ceux que la nature a
rapprochés de son coeur, jusqu'à l'affection pour ses concitoyens,
compris dans son amour, et enfin jusqu'à répandre sa tendresse sur
l'humanité tout entière.» (_Caritas generi humani_, Évangile inné des
sages de tous les siècles.)
«Car l'homme, ajoute-t-il, doit se souvenir qu'il n'est pas seulement
pour lui seul, mais pour les siens, pour sa patrie, et que c'est de la
moindre partie de lui-même qu'il lui est permis de s'occuper; et, comme
la nature nous a doués d'un invincible attrait pour la vérité, inspirés
que nous sommes par ce noble instinct, nous aimons forcément tout ce qui
est vrai et réel, comme la bonne foi, la fidélité, la candeur, la
constance, et nous haïssons tout ce qui est faux et trompeur, comme la
fraude, le parjure, la méchanceté, l'injustice.
«Enfin la raison a je ne sais quelle supériorité majestueuse qui lui
donne le droit de commander et qui lui fait mépriser de haut les
événements humains, toujours élevée qu'elle est au-dessus de nos
faiblesses et de nos erreurs. À ces trois vertus s'en joint une
quatrième, qui a la même beauté et qui conspire avec elles pour la
grandeur de l'homme: c'est l'amour de l'ordre.
«La beauté essentielle de l'ordre avait d'abord frappé l'esprit dans
l'univers visible, et c'est de là que nous l'avons transporté dans nos
actions et dans nos paroles, _monde moral dont l'ordre est l'ornement_;
puis vient la _modération_, ou la mesure qui nous fait éviter en tout
l'excès ou la témérité, qui nous détourne d'offenser nos semblables par
nos actions ou par nos discours, et de rien faire, en un mot, a qui soit
indigne de la nature humaine.