Ce seul article tiendra l'Europe en repos pendant un siècle; car ce sera
la coalition éventuelle de six cent mille soldats de l'Autriche avec six
cent mille soldats de la France. Ni l'Angleterre, à cause de la
Belgique; ni la Prusse, à cause des limites du Rhin; ni la Russie, à
cause du Danube, ne porteront défi à ces douze cent mille hommes,
soldats de la paix.
Quel avenir pour l'Autriche et la France qu'une alliance qui les rend
maîtresses de l'équilibre du monde, ou maîtresses de leur agrandissement
pour venger cet équilibre! Croyez-moi, voilà l'alliance du destin de
l'Europe; sachez la voir, sachez la saisir, et, au besoin, sachez la
venger!
L'unité monarchique de l'Italie, sous la maison de Savoie, est une
menace perpétuelle à l'Autriche, si la France préfère l'alliance de
guerre de Turin à l'alliance de paix avec l'Autriche.
La France doit-elle autre chose à l'Italie que la liberté et
l'indépendance?
Doit-elle un trône de trente millions d'hommes à la maison de Savoie?
Lui doit-elle à tout prix des conquêtes italiennes faites contre son
avis, contre ses intérêts français, contre le droit des nations, contre
la liberté même des États italiens, qui préféreraient à la monarchie
piémontaise un gouvernement propre?
Non, la France ne doit rien de tout cela au roi de Piémont. Le roi de
Piémont abuse évidemment de l'héroïsme; brave comme s'il n'était que
soldat, et encouragé à tout oser par l'Angleterre, à qui tout convient
de ce qui peut nous nuire, le roi de Piémont, comme le grand Condé, qui
jetait son chapeau au milieu de la mêlée, a jeté sa couronne de
Sardaigne par-dessus les Apennins à Florence, à Rome, à Naples, à
Palerme, pour que les soldats lui rapportent celle d'Italie! Mais est-ce
à la France à la lui rapporter?
Non, la couronne unitaire d'Italie n'est ni un intérêt italien, ni un
intérêt français: c'est un intérêt anglais et une folie sarde.
L'intérêt italien, c'est une confédération italienne, une république
d'États avec une diète nationale. Une telle fédération est le droit de
l'Italie indépendante, constituée; la confédération garantit l'Italie
contre tous, et ne menace personne. La France et l'Autriche elle-même
sont intéressées à reconnaître cette fédération pacificatrice, qui
garantit l'inviolabilité de l'Italie contre tout le monde, et qui leur
défend à elles-mêmes d'attenter à l'Italie libre, mais qui ne leur
défend plus de former l'alliance de l'équilibre et de la paix.
Le seul obstacle à l'alliance franco-autrichienne, c'était l'Italie;
depuis Magenta, cet obstacle n'existe plus. L'Italie est libre, si le
Piémont cesse d'en affecter la domination. Une négociation forte et
prudente entre Paris et Vienne neutralisera facilement la Vénétie,
rendue à elle-même, et non annexée au Piémont. Assez combattu!
négocions. Mais négocions pour une Italie libre, et non pour une Italie
sarde ou anglaise. C'est assez conseiller: il faut vouloir.