Quelle doit donc être, dans une crise si délicate, si compliquée et si
destructive de l'équilibre européen, la conduite diplomatique de la
France?
Cette conduite nous est tracée par les considérations très-irréfutables
que nous venons de dérouler devant vous.
Ces considérations, je les récapitule en finissant:
L'alliance russe est prématurée de plusieurs siècles pour la France.
Cette alliance livrerait l'Orient à la Russie sans fortifier la France
en Occident; elle motiverait au contraire contre la France l'inimitié à
mort de l'Angleterre.
L'alliance prussienne est une duperie, puisque la Prusse est, par sa
situation géographique, la pointe de l'épée russe sur le coeur de la
France; puisque, par son ambition et par ses affinités traditionnelles,
la Prusse est un cabinet annexe de l'Angleterre; puisque, par sa
rivalité germanique avec l'Autriche, la Prusse est le noyau de l'unité
allemande, unité que nous devons craindre comme la mort.
L'alliance anglaise est impossible, puisque l'Angleterre, par sa nature,
ne peut pas abdiquer la prépondérance sur les mers, et que la France,
par sa nature, ne doit pas abdiquer sa prépondérance sur le continent.
Deux rivalités légitimes et organiques s'opposent ainsi à la sincérité
d'une alliance anglo-française.
Ces deux grands peuples peuvent être pacifiés, jamais alliés, tant que
la France voudra avoir une escadre sur les mers, tant que l'Angleterre
voudra avoir la main dans un cabinet du continent. La paix, oui;
l'alliance, non! Ces deux individualités ne sont pas condamnées à se
faire la guerre, mais elles sont destinées à se faire toujours
contre-poids.