... Jomini et toujours Jomini; de l’eau-de-vie pas un mot.
(E. Davidov.)
Vers 1800, au temps où les chemins de fer et les routes carrossables, le
gaz et la bougie de stéarine, les divans élastiques et bas, les meubles
vernis, les jeunes désillusionnés à monocle, les femmes philosophes et
libérales, les charmantes dames aux camélias qui pullulent
aujourd’hui;--au temps naïf où, quand on allait en carriole de Moscou à
Saint-Pétersbourg, il fallait emporter avec soi ses provisions et rouler
pendant huit longs jours sur une route molle de poussière ou de
boue;--au temps où l’on aimait à manger des côtelettes Pojarski, des
sonnettes de Valdaï et des Boubliki[1];--au temps où, pendant les
longues soirées d’automne, les chandelles de suif s’écroulaient
lentement en fumeuses stalactites, éclairant des familles de vingt à
trente personnes,--les soirs de bal on garnissait les candélabres de
bougies de cire ou de blanc de baleine;--au temps où l’on rangeait les
meubles avec symétrie, où nos pères, qui n’étaient pas seulement jeunes
par l’absence de rides et de cheveux gris, se battaient pour une femme
et se précipitaient d’un bout du salon à l’autre pour ramasser le
mouchoir qu’on avait laissé tomber, exprès ou non;--au temps où nos
mères portaient des robes à courte taille et à larges manches, et
décidaient du sort des familles à la courte paille;--au temps où les
charmantes dames aux camélias n’osaient affronter le grand jour;--enfin
au temps naïf des loges maçonniques, des _Tugendbund_[2], au temps des
Miloradovitch, des Davidov, des Pouchkine[3], une réunion de
pomestchiks[4] avait lieu dans la ville de K., chef-lieu du gouvernement
du même nom, et les élections des représentants de la noblesse tiraient
à leur fin.
[1] Pâtisserie sèche en forme de couronne.
[2] Associations d’étudiants.
[3] Écrivains russes.
[4] Propriétaires terriens.