Mais la pauvre Rosa, enferm‚e dans sa chambre, ne pouvait savoir …
qui ou … quoi rˆvait Corn‚lius. Il en r‚sultait que, d'aprŠs ce
qu'il lui avait dit, Rosa ‚tait bien plus encline … croire qu'il
rˆvait … sa tulipe qu'… elle, et cependant Rosa se trompait. Mais
comme personne n'‚tait l… pour dire … Rosa qu'elle se trompait, comme
les paroles imprudentes de Corn‚lius ‚taient tomb‚es sur son ƒme
comme des gouttes de poison, Rosa ne rˆvait pas, elle pleurait. En
effet, comme Rosa ‚tait une cr‚ature d'esprit ‚lev‚, d'un sens droit
et profond, Rosa se rendait justice, non point quant … ses qualit‚s
morales et physiques, mais quant … la position sociale. Corn‚lius
‚tait savant, Corn‚lius ‚tait riche, ou du moins l'avait ‚t‚ avant la
confiscation de ses biens. Corn‚lius pouvait donc trouver Rosa bonne
pour une distraction, mais … coup s–r quand il s'agirait d'engager
son coeur, ce serait plut“t … une tulipe, c'est-…- dire … la plus
noble et … la plus fiŠre des fleurs qu'il l'engagerait, qu'… Rosa,
humble fille d'un ge“lier.
Aussi Rosa avait-elle pris une r‚solution pendant cette nuit
terrible, pendant cette nuit d'insomnie qu'elle avait pass‚e. Cette
r‚solution, c'‚tait de ne plus revenir au guichet.
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Cornelius anxiously awaited the evening visit. But Rosa did not come
that day, nor the next, nor the next. At last Cornelius understood
that he had offended the girl, and that she thought he loved only the
tulip. In despair he refused to eat. Gryphus was delighted.
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--Bon, dit Gryphus en descendant aprŠs la derniŠre visite; bon, je
crois que nous allons ˆtre d‚barrass‚s du savant.
Rosa tressaillit.
--Bah! dit Jacob, et comment cela?
--Il ne boit plus, il ne mange plus, il ne se lŠve plus, dit Gryphus.
Rosa devint pƒle comme la mort.
--Oh! murmura-t-elle, je comprends; il est inquiet de sa tulipe.
Et se levant tout oppress‚e, elle rentra dans sa chambre, o— elle
prit une plume et du papier, et pendant toute la nuit, s'exer‡a …
tracer des lettres. Le lendemain, en se levant pour se traŒner … la
fenˆtre, Corn‚lius aper‡ut un papier qu'on avait gliss‚ sous la
porte. Il s'‚lan‡a sur ce papier, l'ouvrit, et lut:
®Soyez tranquille, votre tulipe se porte bien.¯
Quoique ce petit mot de Rosa calmƒt une partie des douleurs de
Corn‚lius, il n'en fut pas moins sensible … l'ironie. Ainsi, c'‚tait
bien cela, Rosa n'‚tait point malade, elle ‚tait bless‚e; ce n'‚tait
pas par force que Rosa ne venait plus, c'‚tait volontairement qu'elle
restait ‚loign‚e de Corn‚lius. Ainsi Rosa libre, Rosa trouvait dans
sa volont‚ la force de ne pas venir voir celui qui mourait du chagrin
de ne pas l'avoir vue. Corn‚lius avait du papier et un crayon que
lui avait apport‚s Rosa. Il comprit que la jeune fille attendait une
r‚ponse, mais que cette r‚ponse elle ne la viendrait chercher que la
nuit. En cons‚quence il ‚crivit sur un papier pareil … celui qu'il
avait re‡u:
®Ce n'est point l'inqui‚tude que me cause ma tulipe qui me rend
malade; c'est le chagrin que j'‚prouve de ne pas vous voir.¯
Puis Gryphus sorti, le soir venu, il glissa le papier sous la porte
et ‚couta. Mais, avec quelque soin qu'il prˆtƒt l'oreille, il
n'entendit ni son pas ni le froissement de sa robe. Il n'entendit
qu'une voix faible comme un souffle, et douce comme une caresse, qui
lui jetait par le guichet ces deux mots:
--A demain.
Demain,--c'‚tait le huitiŠme jour.--Pendant huit jours Corn‚lius et
Rosa ne s'‚taient point vus.