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Cornelius van Baerle, the godson of Corneille de Witt, and the
custodian of their secret correspondence, was a young man of wealth
and quiet tastes. He had declined to enter political life, and had
retired to his ancestral home at Dordrecht where he spent his time
and fortune in the cultivation of tulips. After creating several new
species, he set to work to create a black tulip, for which the
Horticultural Society of Harlem had offered a prize of 100,000
florins. In the house adjoining that of van Baerle, lived another
tulip-grower, named Boxtel, who had not the wealth of van Baerle, and
could not attain the same success. He became envious of his more
fortunate rival. With a telescope he watched the garden and the
glass-covered drying-room where van Baerle kept his bulbs and
records. Van Baerle, absorbed in his work, was utterly ignorant of
the hatred of his envious neighbor. When Corneille de Witt in
January, 1672, had come to van Baerle, and, in the supposed secrecy
of the drying-room, confided to his godson the state correspondence,
Boxtel, telescope in hand, watched attentively all the movements. He
saw the mysterious package pass from the hands of de Witt to those of
van Baerle who enclosed it carefully in the drawer where he kept his
best tulip bulbs. Boxtel guessed the nature of the documents, and
determined to make use of this knowledge at the opportune time in
order to ruin his rival. The day Craeke arrived at Dordrecht with
the order from Corneille de Witt to destroy the papers, van Baerle
was in his drying-room, oblivious of the world and its revolutions,
but enraptured by his success in the world of tulips. Before him lay
three bulbs which he was sure would produce the long-sought black
tulip.
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--Les admirables ca‹eux!...
Et Corn‚lius se d‚lectait dans sa contemplation, et Corn‚lius
s'absorbait dans les plus doux rˆves. Soudain la sonnette de son
cabinet fut plus vivement ‚branl‚e que d'habitude. Corn‚lius
tressaillit, ‚tendit la main sur ses ca‹eux et se retourna.
--Qui va l…? demanda-t-il.
--Monsieur, r‚pondit le serviteur, c'est un messager de la Haye.
--Un messager de la Haye....Que veut-il?
--Monsieur, c'est Craeke.
--Craeke, le valet de confiance de monsieur Jean de Witt? Bon! qu'il
attende.
--Je ne puis attendre, dit une voix dans le corridor.
Et en mˆme temps Craeke se pr‚cipita dans le s‚choir.
Cette apparition presque violente ‚tait une telle infraction aux
habitudes ‚tablies dans la maison de Corn‚lius van Baerle, que
celui-ci, en apercevant Craeke qui se pr‚cipitait dans le s‚choir,
fit de la main qui couvrait les ca‹eux un mouvement presque
convulsif, lequel envoya deux des pr‚cieux oignons rouler, l'un sous
la table voisine de la grande table, l'autre dans la chemin‚e.
--Au diable! dit Corn‚lius, se pr‚cipitant … la poursuite des ca‹eux,
qu'y a-t-il donc, Craeke?
--Il y a, monsieur, dit Craeke, d‚posant le papier sur la grande
table o— ‚tait rest‚ le troisiŠme oignon, il y a que vous ˆtes invit‚
… lire ce papier sans perdre un seul instant.
Et Craeke, qui avait cru remarquer dans les rues de Dordrecht les
sympt“mes d'un tumulte pareil … celui qu'il venait de laisser … la
Haye, s'enfuit sans tourner la tˆte.
--C'est bon! c'est bon! mon cher Craeke, dit Corn‚lius, ‚tendant le
bras sous la table pour y poursuivre l'oignon pr‚cieux; on le lira,
ton papier.
Puis, ramassant le ca‹eu, qu'il mit dans le creux de sa main pour
l'examiner:
--Bon! dit-il; en voil… d‚j… un intact. Diable de Craeke, va! entrer
ainsi dans mon s‚choir! Voyons … l'autre, maintenant.
Et sans lƒcher l'oignon fugitif, van Baerle s'avan‡a vers la
chemin‚e, et … genoux, du bout du doigt, se mit … palper les cendres
qui heureusement ‚taient froides.
Au bout d'un instant, il sentit le second ca‹eu.
--Bon, dit-il, le voici.
Et le regardant avec une attention presque paternelle:
--Intact comme le premier, dit-il.
Au mˆme instant, et comme Corn‚lius, encore … genoux, examinant le
second ca‹eu, la porte du s‚choir fut secou‚e si rudement et s'ouvrit
de telle fa‡on … la suite de cette secousse, que Corn‚lius sentit
monter … ses joues, … ses oreilles la flamme de cette mauvaise
conseillŠre que l'on nomme la colŠre.
--Qu'est-ce encore? demanda-t-il. Ah ‡a! devient-on fou c‚ans?
--Monsieur! monsieur! s'‚cria un domestique se pr‚cipitant dans le
s‚choir avec le visage plus pƒle et la mine plus effar‚e que ne les
avait Craeke.
--Et bien? demanda Corn‚lius, pr‚sageant un malheur … cette double
infraction de toutes les rŠgles.
--Ah! monsieur, fuyez, fuyez vite! cria le domestique.
--Fuir et pourquoi?
--Monsieur, la maison est pleine de gardes des Etats.
--Que demandent-ils?
--Ils vous cherchent.
--Pour quoi faire?
--Pour vous arrˆter.
--Pour m'arrˆter, moi?
--Oui, monsieur, et ils sont pr‚c‚d‚s d'un magistrat.
--Que veut dire cela? demanda van Baerle en serrant ses deux ca‹eux
dans sa main et en plongeant son regard effar‚ dans l'escalier.
--Ils montent, ils montent! cria le serviteur.
--Oh! mon cher enfant, mon digne maŒtre, cria la nourrice en faisant
… son tour son entr‚e dans le s‚choir. Prenez votre or, vos bijoux,
et fuyez, fuyez!
--Mais par o— veux-tu que je fuie, nourrice? demanda van Baerle.
--Sautez par la fenˆtre.
--Vingt-cinq pieds.
--Vous tomberez sur six pieds de terre grasse.
--Oui, mais je tomberai sur mes tulipes.
--N'importe, sautez.
Corn‚lius prit le troisiŠme ca‹eu, s'approcha de la fenˆtre,
l'ouvrit, mais … l'aspect du d‚gƒt qu'il allait causer dans ses
plates-bandes bien plus encore qu'… la vue de la distance qu'il lui
fallait franchir:
--Jamais, dit-il.
Et il fit un pas en arriŠre.
En ce moment on voyait poindre … travers les barreaux de la rampe les
hallebardes des soldats. La nourrice leva les bras au ciel. Quant …
Corn‚lius van Baerle, il faut le dire … la louange non pas de
l'homme, mais du tulipier, sa seule pr‚occupation fut pour ses
inestimables ca‹eux. Il chercha des yeux un papier o— les
envelopper, aper‡ut la feuille de la Bible d‚pos‚e par Craeke sur le
s‚choir, la prit sans se rappeler, tant son trouble ‚tait grand, d'o—
venait cette feuille, y enveloppa les trois ca‹eux, les cacha dans sa
poitrine et attendit. Les soldats, pr‚c‚d‚s du magistrat, entrŠrent
au mˆme instant.
--Etes-vous le docteur Corn‚lius van Baerle? demanda le magistrat,
quoiqu'il conn–t parfaitement le jeune homme; mais en cella il se
conformait aux rŠgles de la justice, ce qui donnait, comme on le
voit, une grande gravit‚ … l'interrogation.
--Je le suis, maŒtre van Spennen, r‚pondit Corn‚lius en saluant
gracieusement son juge, et vous le savez bien.
--Alors livrez-nous les papiers s‚ditieux que vous cachez chez vous.
--Les papiers s‚ditieux? r‚p‚ta Corn‚lius tout abasourdi de
l'apostrophe.
--Oh! ne faites pas l'‚tonn‚.
--Je vous jure, maŒtre van Spennen, reprit Corn‚lius, que j'ignore
complŠtement ce que vous voulez dire.
--Alors je vais vous mettre sur la voie, docteur, dit le juge:
livrez- nous les papiers que le traŒtre Corneille de Witt a d‚pos‚s
chez vous au mois de janvier dernier.
Un ‚clair passa dans l'esprit de Corn‚lius.
--Oh! oh! dit van Spennen, voil… que vous commencez … vous rappeler,
n'est-ce pas?
--Sans doute ; mais vous parliez de papier s‚ditieux, et je n'ai
aucun papier de ce genre.
--Ah! vous niez?
--Certainement.
Le magistrat se retourna pour embrasser d'un coup d'oeil tout le
cabinet.
--Quelle est la piŠce de votre maison qu'on nomme le s‚choir?
demanda-t-il.
--C'est justement celle o— nous sommes, maŒtre van Spennen.
Le magistrat jeta un coup d'oeil sur une petite note plac‚e au
premier rang de ses papiers.
--C'est bien, dit-il, comme un homme qui est fix‚.
Puis se retournant vers Corn‚lius.
--Voulez-vous me remettre ces papiers? dit-il.
--Mais je ne puis, maŒtre van Spennen. Ces papiers ne sont point …
moi: ils m'ont ‚t‚ remis en d‚p“t, et un d‚p“t est sacr‚.
--Docteur Corn‚lius, dit le juge, au nom des Etats, je vous ordonne
d'ouvrir ce tiroir et de me remettre les papiers qui y sont
renferm‚s.
Et du doigt le magistrat indiquait juste le troisiŠme tiroir d'un
bahut plac‚ prŠs de la chemin‚e.
C'‚tait dans ce troisiŠme tiroir, en effet, qu'‚taient les papiers
remis par Corneille de Witt … son filleul, preuve que la police avait
‚t‚ parfaitement renseign‚e.
--Ah! vous ne voulez pas? dit van Spennen voyant que Corn‚lius
restait immobile de stup‚faction. Je vais donc l'ouvrir moi-mˆme.
Et ouvrant le tiroir dans toute sa largeur, le magistrat mit d'abord
… d‚couvert une vingtaine d'oignons, rang‚s et ‚tiquet‚s avec soin ;
puis le paquet de papier demeur‚ dans le mˆme ‚tat exactement o— il
avait ‚t‚ remis … son filleul par le malheureux Corneille de Witt.
Le magistrat rompit les cires, d‚chira l'enveloppe, jeta un regard
avide sur les premiers feuillets qui s'offraient … ses regards, et
s'‚cria d'une voix terrible:
--Ah! la justice n'avait donc pas re‡u un faux avis!
--Comment! dit Corn‚lius, qu'est-ce donc?
--Ah! ne faites pas davantage l'ignorant, monsieur van Baerle,
r‚pondit le magistrat, et suivez-nous.
--Comment! que je vous suive! s'‚cria le docteur.
--Oui, car au nom des Etats, je vous arrˆte.
On n'arrˆtait pas encore au nom de Guillaume d'Orange. Il n'y avait
pas encore assez longtemps qu'il ‚tait stathouder pour cela.
--M'arrˆter? s'‚cria Corn‚lius; mais qu'ai-je donc fait?
--Cela ne me regarde point, docteur, vous vous en expliquerez avec
vos juges.
--O— cela?
--A la Haye.
Corn‚lius, stup‚fait, embrassa sa nourrice, qui perdait connaissance,
donna la main … ses serviteurs, qui fondaient en larmmes, et suivit
le magistrat, qui l'enferma dans une chaise comme un prisonnier
d'‚tat, et le fit conduire au grand galop … la Haye.
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