Sifi II, schah de Perse, avait, au commencement de son règne, ordonné,
par un singulier caprice, qu'une de ses favorites, qu'il avait beaucoup
aimée jusqu'alors, fût mariée sur-le-champ à quelque misérable du
peuple. Elle épousa ainsi le fils du blanchisseur de la cour et ils
vivaient fort heureux, lorsque le jeune homme eut la malheureuse
inspiration, à la mort de son père, de demander la survivance de sa
charge.
Le schah le fit venir et lui dit: Lorsque tu épousas cette belle fille
par mon ordre, quelle fête fis-tu en réjouissance?
--Puissant prince, répondit-il, je suis un pauvre homme, je n'eus pas le
moyen de faire une illumination.
--Bien, reprit le schah, qu'on fasse illumination sur son corps.
On étendit ce malheureux sur une planche, couché sur le dos et on l'y
attacha; on lui fit dans les chairs des trous sans nombre à mettre le
petit doigt avec une pointe de poignard; on les remplit d'huile, on
plaça au milieu une petite mèche, on les alluma toutes à la fois, et le
misérable expira au milieu des plus horribles tortures.