_Candidat de la liberté de conscience et de la République honnête._
Les socialistes nationalistes du quartier avaient pensé d'abord
désigner un candidat à eux, dont les voix, au second tour, se fussent
reportées sur Lacrisse. Mais le péril imminent imposait l'union. Les
socialistes nationalistes des Grandes-Écuries se rallièrent à la
candidature Lacrisse et firent un appel aux électeurs:
Citoyens,
Nous vous recommandons la candidature nettement républicaine,
socialiste et nationaliste du citoyen LACRISSE _A bas les traîtres! A
bas les dreyfusards! A bas les panamistes! A bas les juifs! Vive la
République sociale nationaliste!_
Les Pères, qui possédaient dans le quartier une chapelle et d'immenses
immeubles, se gardèrent d'intervenir dans une affaire électorale. Ils
étaient trop soumis au Souverain Pontife pour enfreindre ses ordres;
et le soin des oeuvres pies les tenait éloignés du siècle. Mais des
amis laïques, qu'ils avaient, exprimèrent à propos, dans une
circulaire la pensée des bons religieux. Voici le texte de cette
circulaire, qui fut distribuée dans le quartier des Grandes-Écuries:
_Oeuvre de Saint-Antoine, pour retrouver les objets perdus, bijoux,
valeurs, et généralement tous objets, meubles et immeubles,
sentiments, affections, etc., etc._
Messieurs,
C'est principalement dans les élections que le diable s'efforce de
troubler les consciences. Et pour atteindre ce but, il a recours à
d'innombrables artifices. Hélas! n'a-t-il pas à son service toute
l'armée des francs-maçons? Mais vous saurez déjouer les ruses de
l'ennemi. Vous repousserez avec horreur et dégoût le candidat des
incendiaires, des brûleurs d'églises et autres dreyfusards.
C'est en portant au pouvoir des honnêtes gens que vous ferez cesser la
persécution abominable qui sévit si cruellement à cette heure, et que
vous empêcherez un gouvernement inique de mettre la main sur l'argent
des pauvres. Votez tous pour