SAINT-SIMONIENS

Ma mère, zélée protestante et d'une grande sévérité de mœurs, réprouvait

le Saint Simonisme, et ne permettait jamais qu'on en parlât devant moi

autrement que pour le condamner: elle prenait grand soin que pas une

ligne de la doctrine nouvelle ne tombât sous mes yeux.

Était-ce naturel esprit d'opposition? était-ce instinct de justice? Je

l'ignore; mais je ne m'associais point au blâme que j'entendais exprimer

autour de moi; une seule chose en était résultée: la curiosité de

connaître ce qu'on nommait des dogmes immoraux.

J'étais dans ces dispositions, lorsqu'un jour, me trouvant avec ma mère

non loin du Palais de Justice, je vis avancer une réunion d'hommes

portant un gracieux costume: c'étaient les Saint-Simoniens allant en

corps défendre, contre les poursuites du parquet, leur Église naissante.

J'en fus très émue; je me sentis en communion avec ces jeunes gens qui

allaient confesser leur foi: il me semblait qu'ils ne m'étaient point

étrangers, qu'ils luttaient pour une cause qui était mienne ou méritait

ma sympathie, et les larmes me vinrent aux yeux. De grand cœur, j'aurais

embrassé ceux que j'entendais les défendre, et d'aussi grand cœur battu

ceux qui prétendaient que leur condamnation serait juste. Ma mère étant

trop généreuse pour s'associer à ces derniers, nous nous éloignâmes sans

rien dire. Je sus, sans connaître aucun détail, que l'Église

Saint-Simonienne avait été dispersée.

Ce ne fut que quelques années après, qu'ayant fait la connaissance d'une

dame Saint-Simonienne, je pus lire les écrits de la doctrine, et me

former une idée des aspirations et des dogmes de l'École de Saint-Simon.

Si la nature de cet ouvrage m'en interdit l'analyse, il ne peut m'être

reproché de témoigner mes sympathies pour ceux qui ont eu de grandes et

généreuses aspirations; pour ceux qui, au point de vue critique, ont

rendu des services réels à la cause du Progrès; pour ceux qui ont mis à

l'ordre du jour la solution des deux problèmes capitaux de notre époque:

l'_émancipation de la femme et du travailleur_. Les Saint-Simoniens ont

été assez attaqués, assez calomniés pour qu'une femme, qui n'est pas

Saint-Simonienne, puisse considérer comme un devoir de leur rendre

justice, en reconnaissant le bien qu'ils ont fait.

Oui, vous avez le droit d'être fiers de votre nom de Saint-Simoniens,

vous qui avez proclamé l'obligation de travailler sans relâche à

l'amélioration physique, morale et intellectuelle de la classe la plus

nombreuse et la plus pauvre;

Vous qui avez proclamé la _sainteté_ de la science, de l'art, de

l'industrie, du travail sous toutes ses formes;

Vous qui avez proclamé l'égalité des sexes dans la famille, dans le

temple et dans l'État;

Vous qui avez parlé de paix et de fraternité à ce monde livré à la guerre

du canon et de la concurrence;

Vous qui avez critiqué l'ancien dogme et toutes les institutions

mauvaises qui en sont sorties;

Oui, je le répète, vous avez bien mérité du Progrès, bien mérité de

l'Humanité; et vous avez le droit de porter avec orgueil votre grand nom

d'École; car il est beau d'avoir voulu l'émancipation de la femme, du

travail et du travailleur; il est généreux, comme tant d'entre vous l'ont

fait, d'y avoir consacré sa jeunesse et sa fortune.

Par vos aspirations, vous avez été les continuateurs de 89, puisque vous

songiez à réaliser ce qui était en germe dans la Déclaration des Droits:

voilà les titres de votre grandeur; voilà pourquoi votre nom ne périra

pas.

Mais si, par vos sentiments, vous apparteniez à la grande ère de 89, la

forme sociale dans laquelle vous prétendiez incarner vos principes,

appartenant au Moyen Age, le siècle a dû s'éloigner de vous. Séduits par

le mysticisme trinitaire, illusionnés par un faux point de vue

historique, vous prétendiez ressusciter la hiérarchie et la théocratie

dans une humanité travaillée par le principe contraire: le triomphe de la

liberté individuelle dans l'Égalité sociale. Voilà pourquoi le siècle ne

pouvait pas vous suivre. Les femmes non plus ne pouvaient pas vous

suivre, car elles sentent qu'elles ne peuvent être affranchies que par le

travail et la pureté des mœurs; qu'en maîtrisant, non pas en imitant les

passions masculines. Elles sentent que leur puissance de moralisation

tient autant à leur chasteté qu'à leur intelligence; elles savent que

celles qui usent le plus de la liberté en amour, n'aiment ni n'estiment

l'autre sexe; qu'en général, elles emploient leur ascendant sur lui pour

le pervertir, le ruiner et désoler leurs compagnes, dissoudre la famille

et la civilisation; qu'en conséquence, elles sont les plus dangereuses

ennemies de l'émancipation de leur sexe: car l'homme, dégrisé de sa

passion, ne peut avoir le désir d'émanciper celles qui l'ont trompé,

ruiné, démoralisé.

L'orthodoxie Saint-Simonienne s'est donc, à mon avis, grandement trompée

sur les voies et moyens de réalisation. Lui en ferons-nous un crime? Non,

certes: les problèmes sociaux ne sont pas des problèmes mathématiques; il

y a mérite à les poser, dévouement et courage à en poursuivre la

solution, lors même qu'on la manquerait complétement.

Nous savons tous que ce sont les Saint-Simoniens qui ont mis à l'ordre du

jour de l'époque la question de l'émancipation féminine: il y aurait

ingratitude aux femmes qui réclament la liberté et l'égalité, de

méconnaître la dette de reconnaissance qu'elles ont contractée envers

eux. C'est un devoir pour elles que de dire à leurs compagnes: le cachet

du Saint-Simonisme est la défense de la liberté de la femme; partout donc

où vous rencontrez un Saint-Simonien, vous pouvez lui presser la main

fraternellement; en lui vous avez un défenseur de votre droit.

Esquissons maintenant l'ensemble de la doctrine Saint-Simonienne en ce

qui concerne la femme et ses droits.

Tous les Saint-Simoniens admettent que les deux sexes sont égaux;

Que le couple forme l'individu social;

Que le mariage est le lien sacré des générations; l'association d'un

homme et d'une femme pour l'accomplissement d'une œuvre sacerdotale,

scientifique, artistique ou industrielle;

Tous admettent le divorce et le passage à un autre lien; seulement les

uns sont plus sévères que les autres sur les conditions du divorce.

Entre eux, il y a dissidence sur la question des mœurs. Olinde Rodrigues

et Bazard n'admettaient pas de liaison d'amour en dehors du mariage. M.

Enfantin professait, au contraire, la plus grande liberté en amour.

Nous devons ajouter qu'il ne donnait à son opinion qu'une valeur relative

et provisoire, puisqu'il disait que la loi des relations des sexes ne

pouvait être fixée d'une manière sûre et définitive que par le concours

de la femme, et que, d'autre part, il prescrivait la continence à ses

disciples les plus rapprochés, jusqu'à l'avènement de la Femme dont il se

regardait comme le précurseur.

Au reste, pour donner à nos lecteurs une idée plus précise des sentiments

des Saint-Simoniens sur ce qui touche la femme, citons quelques passages

de leurs écrits:

«L'exploitation de la femme par l'homme existe encore, dit M. Enfantin;

_c'est ce qui constitue la nécessité de notre apostolat_. Cette

exploitation, cette subalternité _contre nature_, par rapport à l'avenir,

a pour effet, d'un côté, le mensonge, la fraude, et d'autre part, la

violence, les passions brutales: tels sont les vices qu'il faut faire

cesser.» (_Religion Saint-Simonienne_, 1832, page 5.)

«La femme, avons-nous dit, _est l'égale de l'homme_; elle est aujourd'hui

esclave; c'est son maître qui doit l'affranchir.» (_Id._, page 12.)

«Il n'y aura de loi et de morale définitives qu'alors que la femme aura

parlé.» (_Id._, page 18.)

«Au nom de Dieu, s'écrie M. Enfantin dans son _Appel à la Femme_, au nom

de Dieu et de toutes les souffrances que l'humanité, sa fille chérie,

ressent aujourd'hui dans sa chair; au nom de la classe la plus pauvre et

la plus nombreuse dont les filles sont vendues à l'oisiveté et les fils

livrés à la guerre; au nom de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui

jettent le voile brillant du mensonge ou les sales haillons de la

débauche sur leur secrète ou publique prostitution; au nom de Saint-Simon

qui est venu annoncer à l'homme et à la femme _leur égalité morale,

sociale et religieuse_, je conjure la femme de me répondre.» (_Entretien

du 7 décembre 1831._)

De son côté, Bazard termine une brochure, publiée en janvier 1832, par

ces paroles:

«Et nous aussi, nous avons hâte de l'avènement de la femme; et nous

aussi, nous l'appelons de toute notre puissance; mais c'est au nom de

l'amour pur qu'elle a fait pénétrer dans le cœur de l'homme et que

l'homme aujourd'hui est prêt à lui rendre; c'est au nom de la dignité qui

lui est promise dans le mariage; c'est, enfin et par dessus tout, au nom

de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, _dont jusqu'ici elle a

partagé la servitude et les humiliations_, et que sa voix entraînante

peut seule aujourd'hui achever de soustraire à la dure exploitation que

les débris du passé font encore peser sur elle.»

Ah! vous avez grandement raison, Enfantin et Bazard! Tant que la femme ne

sera pas libre et l'égale de l'homme; tant qu'elle ne sera pas _partout_

à ses côtés, les douleurs, les désordres, la guerre, l'exploitation du

faible seront le triste lot de l'humanité.

Pierre Leroux, l'homme le plus doux, le meilleur et le plus simple que je

connaisse, écrit à son tour dans son 4e volume de l'_Encyclopédie

Nouvelle_, article _Égalité_, les pages remarquables suivantes:

«Il n'y a pas deux êtres différents, l'homme et la femme, il n'y a qu'un

être humain sous deux faces qui correspondent et se réunissent par

l'amour.

«L'homme et la femme sont pour former le couple; ils en sont les deux

parties. _Hors du couple, en dehors de l'amour et du mariage, il n'y a

plus de sexe_; il y a des êtres humains d'origine commune, de facultés

semblables. L'homme est à tous les moments de sa vie, sensation,

sentiment, connaissance, la femme aussi. La définition est donc la même.»

Après avoir établi, d'après ses idées, que les femmes ont un type

différent de celui de l'homme, il continue:

«Mais ce type ne les sépare pas du reste de l'humanité, et n'en fait pas

une race à part qu'il faille distinguer philosophiquement de l'homme...

L'amour absent, elles se manifestent à l'homme comme personnes humaines,

et se rangent, comme l'homme, sous les diverses catégories de la société

civile.»

Après avoir fait observer que quelque divers que soient les hommes, ils

n'en sont pas moins égaux, parce qu'ils sont tous sensation, sentiment,

connaissance, Pierre Leroux, appliquant ce principe à la question du

droit de la femme, ajoute:

«De quelque manière qu'on envisage cette question, on est conduit à

proclamer l'égalité de l'homme et de la femme. Car, si nous considérons

la femme dans le couple, la femme est l'égale de l'homme, puisque le

couple même est fondé sur l'égalité, puisque l'amour même est l'égalité,

et que là où ne règne pas la justice, c'est à dire l'égalité, là ne peut

régner l'amour, mais le contraire de l'amour.

«Et si nous considérons la femme hors du couple, c'est un être semblable

à l'homme, doué des mêmes facultés à des degrés divers; une de ces

variétés dans l'unité qui constituent le monde et la société humaine.»

L'auteur dit que la femme ne doit revendiquer l'égalité que comme épouse

et personne humaine; que la reconnaître libre parce qu'elle a un sexe,

c'est la déclarer maîtresse non seulement d'user, mais d'abuser de

l'amour; qu'il ne faut pas que l'abus de l'amour soit l'apanage et le

signe de la liberté.

Il dit que la femme n'a de sexe que pour celui qu'elle aime, dont elle

est aimée; que pour tout autre elle ne peut être qu'une personne humaine.

«En se plaçant à ce point de vue, continue-t-il, il faut dire aux femmes:

vous avez droit à l'égalité à deux titres distincts, comme personnes

humaines et comme épouses. Comme épouses vous êtes nos égales, car

l'amour même, c'est l'égalité. Comme personnes humaines, votre cause est

celle de tous, _elle est la même que celle du peuple; elle se lie à la

grande cause révolutionnaire_, c'est à dire au progrès général du

genre humain. _Vous êtes nos égales non parce que vous êtes femmes, mais

parce qu'il n'y a plus ni esclaves ni serfs._

«Voilà la vérité qu'il faut dire aux hommes et aux femmes; mais c'est

fausser cette vérité et la transformer en erreur que de dire aux femmes

vous êtes un sexe à part, un sexe en possession de l'amour.

Émancipez-vous, c'est à dire usez et abusez de l'amour. La femme ainsi

transformée en Vénus impudique, perd à la fois sa dignité comme personne

humaine, et sa dignité comme femme, c'est à dire comme être capable de

former un couple humain sous la sainte loi de l'amour.»

L'excellent P. Leroux demande qui ne sent pas, qui n'avoue pas

aujourd'hui l'égalité des sexes?

Qui oserait soutenir que la femme est un être inférieur dont l'homme est

le guide et le fanal?

Que la femme relève de l'homme qui ne relève que de lui-même et de Dieu?

Qui oserait aujourd'hui soutenir de telles absurdités, brave et honnête

Pierre Leroux? C'est P. J. Proudhon, l'homme qui vous appelait _Theopompe

et Pâtissier_; c'est M. Michelet qui prétend que la femme est créée pour

être une très ennuyeuse poupée de son cher mari.

Mais revenons à vous.

Vous prétendez que Dieu est androgyne; qu'en lui coexistent les deux

principes mâle et femelle sur le pied d'égalité; que conséquemment en

Dieu l'homme et la femme sont égaux. J'y consens volontiers, quoique je

n'en sache absolument rien. Mais lorsque vous ajoutez que la femme a

mérité tout autant que l'homme, parce qu'elle a partagé toutes les

crises douloureuses de l'éducation successive du genre humain;

Que c'est l'amour, qui ne peut exister sans la femme, qui nous a conduits

de la loi d'esclavage à celle d'égalité;

Que conséquemment la femme est de moitié dans le travail des siècles;

Là, il n'y a plus de mystère; je m'associe donc à vous de tout mon cœur

pour répéter aux hommes les invitations et les leçons que vous donnez à

ces mâles ingrats et récalcitrants:

«Si nous sommes libres c'est en partie par la femme: qu'elle soit libre

par nous.

«Mais l'est-elle? Est-elle par nous traitée en égale?

«Épouse, trouve-t-elle l'égalité dans l'amour et le mariage?

«Personne humaine trouve-t-elle l'égalité dans la cité?

«Voilà la question.............

«Notre loi civile est, au sujet de la femme, un modèle d'absurdes

contradictions. Suivant la loi romaine, la femme vivait perpétuellement

en tutelle: au moins dans cette législation tout était en parfait accord;

la femme y était toujours mineure. Nous, nous la déclarons, dans une

multitude de cas, aussi libre que l'homme. Pour elle plus de tutelle

générale ou de fiction de tutelle; son âge de majorité est fixé; elle est

apte par elle-même à hériter; elle hérite par parties égales; elle

possède et dispose de sa propriété; il y a même plus, dans la communauté

entre époux, nous admettons la séparation de bien. Mais est-il question

du lien même du mariage, où ce ne sont plus des richesses qui sont en

jeu, mais où il s'agit de nous et de nos mères, de nous et nos sœurs, de

nous et de nos filles, oh! alors nous sommes intraitables dans nos lois,

nous n'admettons plus d'égalité; nous voulons que la femme se déclare

notre inférieure, notre servante, qu'elle nous jure obéissance.

«Vraiment nous tenons plus à l'argent qu'à l'amour; nous avons plus de

considération pour des sacs d'écus que pour la dignité humaine: car nous

émancipons les femmes en tant que propriétaires; mais en tant que nos

femmes, notre loi les déclare inférieures à nous. Il s'agit pourtant du

lien où l'égalité de l'homme et de la femme est la plus évidente, du lien

pour ainsi dire où éclate cette égalité, où elle est si nécessaire à

proclamer que sans elle ce lien n'existe pas. Mais par une absurde

contradiction, notre loi civile choisit ce moment pour proclamer

l'infériorité de la femme; elle la condamne à l'obéissance, lui fait

prêter un faux serment, et abuse de l'amour pour lui faire outrager

l'amour.

«Ce sera, je n'en doute pas, pour les âges futurs, le signe

caractéristique de notre état moral que cet article de nos lois qui

consacre en termes si formels l'inégalité dans l'amour. On dira de nous:

ils comprenaient si peu la justice, qu'ils ne comprenaient pas même

l'amour, qui est la justice à son degré le plus divin; ils comprenaient

si peu l'amour, qu'ils n'y faisaient pas même entrer la justice, et que

dans leur livre de la justice, dans leur Code, la formule du mariage, le

seul sacrement dont ils eussent encore quelque idée, au lieu de consacrer

l'égalité, consacrait l'inégalité; au lieu de l'union, la désunion; au

lieu de l'amour qui égalise et qui identifie, je ne sais quel rapport

contradictoire et monstrueux, fondé à la fois sur l'identité et sur

l'infériorité et l'esclavage. Oui, comme ces formules de la loi des Douze

Tables que nous citons aujourd'hui, quand nous voulons prouver la

barbarie des anciens romains, et leur ignorance de la justice; cet

article de nos codes sera cité un jour pour caractériser notre

grossièreté et notre ignorance, car l'absence d'une notion élevée de la

justice y est aussi marquée que l'absence d'une notion élevée de l'amour.

«Tout suit de là relativement à la condition des femmes, ou plutôt tout

se rattache à ce point: car respecterons-nous l'égalité de la femme comme

personne humaine, quand nous sommes assez insensés pour lui nier cette

qualité comme épouse? La femme aujourd'hui est-elle vraiment, en tant que

personne humaine, traitée en égale de l'homme? Je ne veux pas entrer dans

ce vaste sujet. Je me borne à une seule question: quelle éducation

reçoivent les femmes? Vous les traitez comme vous traitez le peuple. A

elles aussi vous laissez la vieille religion qui ne nous convient plus.

Ce sont des enfants à qui l'on conserve le plus longtemps possible le

maillot, comme si ce n'était pas là le bon moyen pour les déformer, pour

détruire à la fois la rectitude de leur esprit et la candeur de leur âme.

Que fait d'ailleurs la société pour elles? De quelles carrières leur

ouvre-t-elle l'accès? Et pourtant il est évident pour qui y réfléchit,

que nos arts, nos sciences, nos industries, feront autant de progrès

nouveaux quand les femmes seront appelées, qu'ils en ont fait, il y a

quelques siècles, quand les serfs ont été appelés. Tous vous plaignez de

la misère et du malheur qui pèsent sur vos tristes sociétés, _abolissez

les castes qui subsistent encore; abolissez la caste où vous tenez

renfermée la moitié du genre humain_.»

Ces quelques pages, lecteurs, vous donnent la mesure des sentiments des

Saint-Simoniens orthodoxes et dissidents, et justifient la sympathie

qu'éprouvent les femmes _majeures_, pour ceux qui ont si chaleureusement

plaidé leur cause.

La femme affranchie, vol. 1 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes · 第 18 / 41 题