AVERTISSEMENT

Cette nouvelle édition ne diffère pas essentiellement de la précédente, et

elle en reproduit les idées générales sans importantes modifications.

La principale de ces idées, c'est que, dans notre littérature, la fortune

du roman historique est indissolublement liée à celle du romantisme

lui-même. Impossible avant le XIXe siècle, il ne triomphe à partir de 1820

que pour disparaître presque immédiatement après 1830. La vogue en fut un

moment prodigieuse: elle fut plus éphémère encore. De ce problème

d'histoire littéraire et d'esthétique, bien digne, semble-t-il, de piquer

la curiosité, l'objet des pages qui suivent est d'essayer une solution.

Nous y maintenons deux points encore sur lesquels on nous permettra

d'attirer la réflexion du lecteur.

La _Chronique de Charles IX_ a ici la place d'honneur, et nous la mettons

délibérément au-dessus de _Notre-Dame de Paris_. Non qu'il s'agisse de

préférer le talent, très distingué sans doute, mais d'assez faible

envergure, de Mérimée, au génie prestigieux de Victor Hugo. C'est de tout

autre chose qu'il est question. La _Chronique_ a un mérite, incontestable,

qui est d'être un excellent roman historique, c'est-à-dire de tirer tout

son intérêt de son exactitude, de sa fidélité à reproduire des moeurs

historiques. Et l'on ne prétend certes pas que ce genre de vérité soit

absent de _Notre-Dame de Paris_; mais enfin, s'il y a de l'histoire dans

l'oeuvre de Victor Hugo, il y a peut-être plus encore de poésie, de

fantaisie, d'imagination: toutes choses intéressantes, fort précieuses

même, qu'il sera prudent néanmoins de ne pas étaler avec trop de

complaisance dans un roman historique, parce qu'elles le gâteront

infailliblement, qui gâtent en effet _Notre-Dame de Paris_, et qui

expliquent ainsi que, dans l'évolution de notre genre, c'est l'oeuvre

diligente du prosateur exact, et non celle du prodigieux poète, qui

représente le degré le plus voisin de la perfection.

De même, nous persistons à croire que, si Augustin Thierry doit beaucoup à

Chateaubriand, il se pourrait qu'il fut encore plus redevable à Walter

Scott. Bien loin d'être téméraire et inattendue, l'assertion, croyons-nous,

ne doit paraître que très simple et très naturelle à quiconque voudra

bien prendre la peine d'y regarder d'un peu près,--et sans jamais perdre

de vue que des influences étrangères se sont exercées alors sur notre

littérature, avec continuité et profondeur. Il serait par trop fâcheux du

reste que l'application d'une méthode particulière ne fit pas rencontrer

de temps à autre quelque modeste trouvaille.

Contrairement à la formule, nous aurions pu écrire: «Nouvelle édition,

revue et considérablement... diminuée.» La nécessité de réduire la

rédaction primitive a supprimé beaucoup de pages; elle en a écourté

d'autres: et c'est sans doute un avantage. Mais elle a aussi fait

disparaître, ou à peu près, toutes les notes. Le livre a ainsi l'air

d'être privé de ses appuis, pour ne pas dire de ses fondements: et c'est

peut-être un inconvénient sérieux. Mais enfin on a droit de rappeler que

ces fondements existent; et le lecteur scrupuleux saura toujours où

retrouver preuves et justifications.

_Clermont-Ferrand, décembre 1911_.

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Le Roman Historique a l'Epoque Romantique - Essai sur l'Influence de Walter Scott · 第 2 / 39 题