Chaque taupinière est l’orifice d’un puits. La ligne des puits jalonnant
la foggara souterraine, court droit à la palmeraie, qu’on distingue à
l’horizon, à gauche. Le bâtiment carré est le caravansérail des autos.
A gauche du portail la tache blanche quadrangulaire porte, au-dessous
d’une flèche, l’inscription : Bourem 1200 kilomètres.]
On connaît mal la route entre Koufra et le Borkou, la région au nord du
Tibesti est parfaitement inconnue. Il est évident que les vallées du
massif doivent s’y prolonger plus ou moins et y alimenter une nappe
souterraine. Koufra est dans un paysage de falaises et de garas,
découpées par l’érosion dans le grès. Le contraste est vif avec la
plaine sans fin du serir d’une monotonie désespérante à travers laquelle
on arrive à Koufra par le nord. Lapierre a vu dans le sud immédiat de
Koufra, une chaîne de montagnes qui serait, d’après les indigènes, un
dernier éperon du Tibesti ?
En tout cas, Koufra est resté domaine Tibbou jusqu’à une époque voisine
de nous, on le sait déjà. Non seulement à Koufra, mais aussi à Ouaou-el-
Kebir, on voit encore, d’après Lapierre, les ruines de villages tibbous.
La conquête arabe des Senoussistes est récente. Cette conquête militaire
se poursuit et se prolonge par une pénétration pacifique. Les Arabes de
Koufra sont une autre espèce d’hommes que les Ouled-Sliman, commerçants,
lettrés, affinés, des intellectuels ; ce qui s’accorde très bien, en
Orient, avec un fanatisme religieux exaspéré. Le Tibesti et le Borkou ne
sont nullement fermés à leur influence. Ils y font du commerce et ils y
ont des mosquées, ils y acquièrent des clients et des prosélytes.
Un autre groupe d’oasis serait aussi du domaine Tibbou. C’est le Kaouar,
avec les salines de Bilma. Mais ici, nous sommes dans une région
saharienne toute différente, très individualisée, le Fezzan.