Ce grand système de cassures, d’effondrements et de surrections, qui
court du fossé des grands lacs africains à la Cœlé-Syrie, n’est pas un
trait extrêmement ancien de la face terrestre, du moins à la façon dont
les géologues comptent le temps. Il est jalonné de volcans, dont
quelques-uns ont conservé leur appareil tout frais ; il en est même qui
sont encore en activité. La vallée même du Nil a les caractères des
vallées jeunes ; en Egypte, elle est coupée de cataractes célèbres,
montrant que le fleuve n’a pas eu le temps de régulariser son lit.
Un examen plus attentif de la vallée apporte peut-être quelques
précisions relatives sur l’époque où le régime actuel s’est établi.
Aujourd’hui la chaîne arabique nous apparaît sculptée d’ouadis, de
vallées mortes, qui paraissent un équivalent exact des oueds
quaternaires dans le Sahara Central. Aucun de ces ouadis ne franchit la
vallée du Nil avec laquelle ils confluent sur la rive droite. Et ils
n’ont aucun équivalent sur la rive gauche. C’est donc la vallée du Nil
qui a soustrait au désert libyque égyptien le bénéfice des érosions
quaternaires. Par son influence négative, par la barrière qu’elle a
opposée à la pénétration des torrents acheminant les pluies des
montagnes, la vallée du Nil est responsable du désert libyque.
Ces ouadis lorsqu’ils vivaient, à l’époque pluvieuse, n’ont pas pu
manquer de contribuer puissamment le long de la vallée au travail de
l’érosion. Ils ont aidé le Nil à la sculpter. Et, en effet, la vallée
nilotique d’érosion, telle que nous l’avons actuellement sous les yeux,
s’explique insuffisamment par le travail du fleuve actuel, si puissant
qu’il soit resté.
Lorsque nous cherchons à comprendre le Nil, nous sommes donc conduits
une fois de plus à prendre en considération cette période relativement
pluvieuse qui a précédé la nôtre. Dans une certaine mesure, le Nil est
lui aussi, un oued quaternaire, mais il a parmi les autres l’originalité
unique d’avoir survécu.
L’OUED SAOURA. — Les eaux tropicales ne sont pas les seules qui viennent
apporter de la vie au Sahara. Il faut ajouter, dans le nord-ouest, les
fleuves qui prennent leur source dans l’Atlas, tout particulièrement
dans l’Atlas marocain dont les sommets avoisinent 4.000 mètres. Ceux-là
sont une catégorie bien distincte. Et d’abord ils sont beaucoup moins
puissants. L’Atlas, même marocain, n’est pas un château d’eau comparable
aux massifs tropicaux, battus par les pluies équatoriales : le versant
sud de l’Atlas, qui seul est à considérer, est lui-même très mal dégagé
des influences désertiques. Les fleuves qui en sortent ne sont, dans
aucune partie de leurs cours, autre chose que des oueds.
D’autre part, le Sahara Septentrional au sud de l’Atlas, n’est pas comme
les confins du Soudan une plaine aux pentes indécises. Entraînés sur des
pentes assez marquées, les oueds de l’Atlas pénètrent encore
aujourd’hui, par leurs crues, très loin à l’intérieur du désert ; et
pourtant ils y restent. Bien mieux que les fleuves équatoriaux, ils
offrent l’occasion d’analyser la vie d’un cours d’eau désertique, sa
lutte contre les influences contraires, son agonie et sa mort. Le Sahara
marocain, dans sa partie centrale, alimente deux grands oueds sahariens,
dont il n’y a presque rien à dire. Nous savons encore si peu de chose
sur le Sahara marocain. Ce sont l’oued Draa et l’oued Tafilalelt. Nous
savons qu’ils alimentent chacun une très belle oasis à l’orée du désert,
et nous n’en savons pas beaucoup plus long.
Comme type d’oued venu de l’Atlas il faut prendre l’oued Saoura. Le
réseau de la Saoura articule le Sahara algérien, qui est bien connu,
semé de postes français depuis un quart de siècle.
Malgré le voile de l’erg, le dessin général du réseau ressort nettement
jusqu’au Touat : on voit avec une netteté parfaite tout ce grand chevelu
de chenaux converger vers le point le plus bas, le fond de la cuvette,
occupé aujourd’hui par la sebkha du Gourara. C’est une sebkha très
allongée, sinueuse, bordée de hautes falaises, qui attestent des
érosions puissantes. Dans sa prolongation on suit facilement le lit
principal jusqu’aux oasis du Haut Touat.
Au delà, l’incertitude commence. Au large du Touat la dépression dans
laquelle a dû s’écouler la Saoura quaternaire est occupée par l’erg Ech-
Chech, un erg très dur, très aride, encore très mal connu, qui garde son
secret.
Tout le réseau supérieur de la Saoura garde sa netteté admirable parce
que la vie des oueds n’est pas complètement éteinte. Les pluies telles
quelles qui tombent, si médiocres soient-elles, trouvent du moins pour
leur écoulement un modelé aménagé par l’érosion quaternaire. Les chenaux
sont à sec la plus grande partie du temps, mais il arrive une fois l’an
peut-être, ou plus rarement encore, mais enfin il arrive invariablement
un jour ou l’autre, qu’ils soient suivis tout d’un coup par une crue
formidable, qui les balaie et les entretient. Les chefs de détachement
conduisant des troupes françaises dans le Sahara algérien ont pour
instructions de ne jamais camper, sous aucun prétexe, dans le lit d’un
oued, si mort soit-il. Un orage tombé très loin, qu’on ne voit ni
n’entend, peut y déclancher un mascaret qui arrive inopiné, sans
prévenir et qui emporte tout. Il est arrivé ainsi, à maintes reprises,
que des voyageurs se soient noyés au Sahara.
Le cœur du réseau est naturellement le point où les chenaux se sont le
plus mal conservés. C’est, en effet, le fond de la cuvette où le
colmatage des oueds quaternaires a pris le pas sur l’érosion.
L’établissement du climat désertique a livré ces masses d’alluvions
meubles au vent qui les a vannées et transposées en dunes. Là se trouve
aujourd’hui ce que les Algériens appellent le grand erg occidental, ou
encore l’erg du Gourara, et qui serait mieux nommé peut-être l’erg de la
Saoura ; car il représente évidemment la décomposition centrale du vieux
réseau.
[Illustration :Fig. 5. — L’OUED SAOURA ET SON ERG, d’après les
_Territoires du Sud_.]
La masse de l’erg ferme aujourd’hui à tous les oueds de l’Atlas l’accès
de leur terminus ancien, la sebkha du Gourara. Elle le ferme du moins
aux crues massives, d’eau courante superficielle. Pourtant de Timmimoun,
capitale du Gourara, qui surplombe la sebkha du haut de la falaise, la
sebkha n’apparaît ordinairement que comme une plaine terne, d’un brun
rougeâtre. Or, certains jours, inopinément, on voit cette plaine se
couvrir de taches blanches scintillant au soleil. C’est qu’il y a eu un
orage dans l’Atlas ; la crue progressant dans un des chenaux (oueds
Namous, Rarbi, Seggeur) a été arrêtée par les dunes ; mais l’eau
acheminée sous le sable a fini par atteindre la sebkha, au bout d’une
semaine environ à ce qu’on estime ; elle y fait monter le sel en surface
par capillarité, attestant ainsi que le vieux réseau n’est pas encore
tout à fait mort.
Dans tout ce réseau, le chenal aujourd’hui le plus régulièrement vivant
de beaucoup est le plus occidental. C’est lui seul à proprement parler
qui porte le nom d’oued Saoura, que nous avons étendu au réseau pour la
commodité de l’exposition.
L’oued Saoura actuel est le seul chenal du réseau qui prenne sa source
dans l’Atlas marocain par son artère principale, l’oued Guir. Le Haut
Atlas marocain, beaucoup plus élevé que l’Atlas saharien d’Algérie, est
un château d’eau bien plus important. La Saoura est balayée par de
grandes crues au moins une fois et souvent plusieurs fois par an. Et
elle est balayée d’un bout à l’autre : des montagnes jusqu’à la zone
d’épandage dans la région du Touat. Grâce au chenal de la Saoura, les
neiges et les pluies de l’Atlas acheminent leur influence bienfaisante
droit au cœur du désert, jusqu’à une profondeur de cinq ou six cents
kilomètres. Ce serait un phénomène unique dans tout le Sahara si le Nil
n’existait pas.
A une échelle très humble, la Saoura est un petit Nil : de tous les
oueds périphériques au Sahara, c’est certainement le seul qui puisse lui
être comparé, de très loin naturellement, pour la puissance de
pénétration de ses crues au cœur du désert.
La Saoura finit, bien entendu, dans une zone d’épandage et cette zone
d’épandage est très bien connue. L’oued y débouche après avoir franchi
les gorges de Foum-el-Kheneg taillées dans une arête de grès dur, à
l’extrémité méridionale de la chaîne d’Ougarta. Et là, brusquement, la
crue ne sait plus où aller, le delta d’épandage commence. Par une
branche méridionale, très mal tracée, les crues les plus fortes
continuent à progresser droit au sud et elles atteignent les oasis du
Haut Touat. Ce sont elles assurément qui ont empoissonné de barbeaux les
canaux d’irrigation dans ces oasis. Le phénomène est très rare, mais il
a été observé plusieurs fois depuis l’occupation française. La branche
septentrionale du delta est suivie par toutes les crues habituelles, et
elle aboutit à une grande cuvette fermée, la sebkha de Timmoudi :
terminus des crues. La sebkha de Timmoudi a un aspect très original,
très différent de celui qu’offrent la plupart des sebkhas et des chotts
et qu’on vient de décrire à propos de la sebkha du Gourara. Dans celle
de Timmoudi, le sel se dépose à peu près pur, en assise de sel gemme,
comparable à la couche de glace à la surface d’un lac du nord. Les
variations de température font éclater la couche de sel, épaisse de
plusieurs centimètres, en grandes dalles irrégulières, qui arrivent à
chevaucher les unes sur les autres, comme les blocs de glace polaire.
C’est qu’ici la crue n’arrive pas comme dans la sebkha du Gourara par
infiltration souterraine ; elle arrive directement, totale et massive,
pour s’étaler et s’évaporer. Ainsi finit la Saoura, et sa fin nous
documente sur la façon dont se sont formées dans le passé d’autres
salines en bancs puissants : celle de Taoudéni, par exemple.
[Illustration :FIG. 6. — COURS TERMINAL DE LA SAOURA.
Au point où la chaîne d’Ougarta, à son extrémité sud, s’ennoie sous les
alluvions anciennes, la Saoura finit en zone d’épandage. Après avoir
franchi les gorges de Foum el Kheneg, elle se divise en deux branches
deltaïques. Celle de droite aboutit à un lac salé (Sebkha de Timmundi).
Par celle de gauche, des crues très rares atteignent les oasis du
Touat.]
Une autre particularité de la Saoura actuelle est la dissymétrie très
curieuse de son chenal. A peu près d’un bout à l’autre, sur 300
kilomètres, l’épaulement occidental de la vallée est constitué par des
lignes de collines rocheuses, calcaires en amont d’Igli, gréseuses en
aval ; calcaires et grès sont du roc nu, décharné, balayé, vernissé ;
c’est le désert de pierres. La rive gauche, au contraire, l’orientale,
est longée régulièrement par le rebord du grand erg. La Saoura est le
fossé limite auquel s’arrête exactement l’erg du Gourara sur toute sa
bordure occidentale. Il y a là un fait très curieux, sur lequel il faut
arrêter un instant l’attention. Le chenal de la Saoura est très bien
marqué, pourtant c’est un simple fossé, profond de quelques dizaines de
mètres aux points où il l’est le plus, parfaitement à sec 340 jours par
an. Est-il possible qu’un obstacle aussi médiocre ait mis à lui tout
seul une borne définitive à la progression du grand erg, à travers les
âges ? Quand on y regarde de plus près on s’aperçoit que l’explication
est autre.
La Saoura actuelle est constituée, sous son nom de Saoura, à la petite
oasis d’Igli, par la réunion de ses deux artères de tête principales :
d’une part, le Guir, qui est de beaucoup le plus important, et qui vient
du Haut Atlas ; d’autre part, la Zousfana, qui vient de l’Atlas
saharien. C’est avec la Zousfana que le bord du grand erg vient en
contact d’abord. Une fois établi, ce contact durera pratiquement sans
interruption jusqu’à Foum-el-Kheneg ; il s’établit nettement à la petite
oasis de Taghit, qui est dans le lit de la Zousfana. Dans cette oasis
l’examen des conditions topographiques révèle le phénomène qui s’est
produit. Tout le long de l’oasis, comme en amont, la Zousfana coule,
bien entendu pendant ses crues, dans un chenal quaternaire ; c’est une
vieille vallée bordée de terrasses, qui a évidemment un passé ancien.
Les conditions changent brusquement à l’extrémité aval de la palmeraie,
au petit village de Zaouïa Tahtania. Là on voit très nettement la vallée
quaternaire s’enfoncer sous l’erg, à peu près droit au sud, suivant ce
qui semble bien être en somme la pente générale du terrain dans une
direction qui devait acheminer l’oued quaternaire vers le point de
convergence du réseau, la sebkha du Gourara. L’oued actuel, à Zaouïa
Tahtania, abandonne le vieux chenal, que l’accumulation des dunes a
rendu impraticable. La crue se fraie un chemin sur la droite vers l’oued
Guir et vers Igli, se glissant comme elle peut entre le bord de l’erg et
la falaise calcaire. Dans toute cette partie inférieure de son cours la
Zousfana est un oued sans vallée, presque sans chenal, une simple
échappatoire des crues. Celles qui franchissent cet obstacle, et qui ne
sont pas les plus nombreuses, vont tomber, en chenal suspendu, dans le
Guir, qui est lui, derechef, une vieille vallée quaternaire bien nette.
Nous saisissons ici sur le fait la poussée vers l’ouest du grand erg,
obstruant et désorganisant le réseau quaternaire, et refoulant sur son
bord externe le chenal des crues.
Les rapports du grand erg et de la Saoura sont bien loin d’avoir été
étudiés partout dans le détail. On pourrait indiquer pourtant entre Igli
et Foum-el-Kheneg un certain nombre de points où une analyse attentive
décèlerait des phénomènes analogues à ceux qu’on observe entre Zaouïa
Tahtania et Igli.
En réalité, la Saoura actuelle ne coule pas dans un chenal quaternaire,
mais bien dans des tronçons de chenaux anciens, raccordés bout à bout
tant bien que mal par des chenaux de fortune. Elle est le résultat d’une
série de captures imposées par l’obstruction des dunes.
Si donc la Saoura actuelle sert de limite occidentale au grand erg ce
n’est pas qu’elle l’arrête à la façon d’un fossé ; c’est même exactement
le contraire ; elle a été repoussée par l’assaut irrésistible des dunes
jusqu’à la position où nous la voyons. Elle borde l’erg parce que celui-
ci force les crues à le contourner.
Notez que cette poussée vers l’ouest des dunes est en rapport évident
avec le régime actuel des vents. Dans tout ce secteur du Sahara, où les
stations météorologiques ne font pas défaut, il est parfaitement établi
que le vent dominant est le nord-est ou le nord-est-est apparenté avec
les vents étésiens de la Méditerranée et avec l’alizé de la zone sub-
tropicale.
Notez encore que l’étude même sommaire du terrain sur la bordure opposée
du grand erg révèle des phénomènes inverses et corrélatifs. Le fond de
la cuvette, celui où l’amas des alluvions était le plus favorable à
l’alimentation de la dune, c’est la sebkha du Gourara. Elle est
parfaitement libre de dunes. Il semble bien qu’elle ait perdu une
tranche importante de ses alluvions primitives sous l’action du vent :
les falaises de Timmimoun sont déchaussées, nettoyées et avivées ; le
fond même de la sebkha est comme récuré ; à travers le manteau troué des
alluvions, en grandes plaques chauves, on voit saillir le fond de
vieilles roches primaires. Sur cette face, le grand erg a toute
l’apparence d’avoir reculé à travers les âges, dans la mesure où il
avançait sur la face opposée.
[Illustration :FIG. 7. — CAPTURE PAR ENSABLEMENT DE L’OUED ZOUSFANA PAR
L’OUED GUIR.]
L’erg est immuable dans les limites de la vie et de la mémoire humaine.
Mais il n’en est plus de même si nous envisageons le même grand erg du
point de vue d’où les géologues mesurent le temps. Nous voyons alors
l’erg se déplacer dans toute sa masse sous la poussée des vents
dominants. Depuis la fin du quaternaire, c’est-à-dire depuis la fin
d’une période géologique toute proche de nous, il est évident que l’erg
du Gourara a notablement bougé ; tout entier, en bloc, il tend à
remonter les pentes de sa cuvette vers l’ouest, refoulant la Saoura.
L’OUED IGHARGHAR. — Les massifs montagneux du Sahara lui-même, ceux qui
se dressent, à des altitudes considérables, au cœur même du désert, sont
naturellement eux aussi des lieux de sources, pour de grands oueds
quaternaires, qui survivent plus ou moins dans des oueds modernes. Le
Tibesti semble bien être le plus élevé de ces massifs. La mission Tilho
évalue l’altitude de l’Emi Koussi à 3.400 ou 3.500 mètres ; c’est
environ 500 mètres de plus que l’Ilaman, point culminant du Hoggar. La
carte Tilho nous montre le Tibesti sculpté de vallées bien nettes qui
divergent en auréole dans toutes les directions ; ils ont des trous
d’eau pérennes puisque Tilho en a rapporté un crocodile. Mais les
destinées ultérieures de ces oueds sont bien mal connues dans les
cuvettes inexplorées qui entourent le massif.
L’Aïr est d’altitude plus humble. Le plus haut sommet ne dépasse guère
1.700 mètres. C’est pourtant un centre hydrographique important d’où
divergent des vallées d’oueds. L’Aïr est le plus anciennement connu des
massifs sahariens ; il a été vu par Barth et souvent revu depuis ; on en
a des cartes relativement bonnes. Parmi les oueds de l’Aïr, les
soudanais, ceux dont les vallées se dirigent vers le Niger, sont à peu
près connus dans leurs lignes générales. Mais sur la face orientale de
l’Aïr, les oueds proprement sahariens sont tout à fait inconnus.
En revanche nous sommes assez bien renseignés sur le Hoggar et sur les
oueds qui en descendent. Encore faut-il distinguer. L’oued Tafassasset,
avec un réseau puissant, n’est autre que la tête, aujourd’hui presque
complètement desséchée, du Bas Niger. L’oued Tamanrasset allait, semble-
t-il, à l’époque quaternaire, rejoindre le Niger dans la cuvette de
Taoudéni. Mais le Tafassasset et le Tamanrasset ne sont connus que très
en gros ; on les entrevoit. On voit nettement, au contraire, l’oued
Igharghar. Son réseau tout entier, mais surtout la moitié
septentrionale, la zone d’épandage, est en plein Sahara algérien, dans
une région qui sort déjà de l’âge des explorations, pour entrer dans
celui des levés topographiques. Il est possible d’analyser l’Igharghar
comme nous avons analysé l’oued Saoura.
L’oued quaternaire, ancêtre de l’Igharghar, se laisse reconstituer
intégralement, de la source à la zone d’épandage, au rebours de la
Saoura quaternaire, dont la zone d’épandage est encore inconnue. On
mesure cet oued considérable, qui avait sa source sous le tropique et sa
cuvette terminale près de Biskra ; un millier de kilomètres de
développement à vol d’oiseau ; quelque chose d’intermédiaire comme
longueur entre le Danube et le Rhin. Sa pente générale était accusée,
puisqu’il avait sa tête à plus de 2.000 mètres d’altitude, et le fond de
sa cuvette terminale au-dessous du niveau de la mer. Son réseau
d’affluents était très développé, touffu, et il se déchiffre aisément
encore aujourd’hui dans ses lignes générales entre les frontières de la
Tripolitaine et l’arête centrale du Tadmaït. C’est probablement le plus
beau fossile actuellement connu d’oued saharien.
[Illustration : _Cliché d’aviation_