I. Dessein de l'auteur.--II. Milieu où Mlle Dillon passa ses premières
années.--Son grand-oncle Arthur Dillon, archevêque de Narbonne.--Son
père Arthur Dillon, 6e colonel propriétaire du régiment de Dillon.--Sa
mère, dame du Palais.--Sa grand'mère Mme de Rothe: son caractère altier
et emporté, sa haine pour sa fille.--III. Résultat sur le caractère de
Mlle Dillon, l'auteur de ces mémoires.--Son enfance triste et sa précoce
expérience.--Elle est préservée de la contagion par sa bonne, la
paysanne Marguerite.--IV. Moeurs de la société, à la fin du XVIIIe
siècle, avant la Révolution.--Fortune et manière de vivre de
l'archevêque de Narbonne.--La toilette des hommes et des femmes.--Les
dîners, les soupers. Les bals plus rares qu'aujourd'hui.--V. Le château
de Hautefontaine: la vie qu'on y menait.--Louis XVI jaloux de l'équipage
de Hautefontaine.--À dix ans, Mlle Dillon se casse la jambe à la chasse.
On lui joue des pièces de théâtre au pied de son lit, on lui fait la
lecture de romans.--Développement de son goût pour les ouvrages
d'imagination.--VI. Séjour à Versailles en 1781.--Le bal des gardes du
corps, après la naissance du premier Dauphin.--Rapprochement entre cette
brillante prospérité et les malheurs qui suivirent.--La reine et Mmes de
Polignac.--Amitié de la reine pour Mme Dillon.--VII. Note généalogique
sur la famille des Dillons, colonels propriétaires du régiment de même
nom.--Historique sommaire du régiment de Dillon.
I
Le 1er janvier 1820.
Quand on écrit un livre, c'est presque toujours avec l'intention qu'il
soit lu avant ou après votre mort. Mais je n'écris pas un livre. Quoi
donc? Un journal de ma vie simplement. Pour n'en relater que les
événements, quelques feuilles de papier suffiraient à un récit assez peu
intéressant; si c'est l'histoire de mes opinions et de mes sentiments,
le journal de mon coeur que j'entends composer, l'entreprise est plus
difficile, car, pour se peindre, il faut se connaître et ce n'est pas à
cinquante ans qu'il aurait fallu commencer. Peut-être parlerai-je du
passé et raconterai-je mes jeunes années, par fragments seulement et
sans suite. Je ne prétends pas écrire mes confessions; mais quoique
j'eusse de la répugnance à divulguer mes fautes, je veux pourtant me
montrer telle que je suis, telle que j'ai été.
Je n'ai jamais rien écrit que des lettres à ceux que j'aime. Il n'y a
pas d'ordre dans mes idées. J'ai peu de méthode. Ma mémoire est déjà
fort diminuée. Mon imagination surtout m'emporte quelquefois si loin du
sujet que je voudrais poursuivre, que j'ai peine à rattacher le fil
rompu bien souvent par ses écarts. Mon coeur est encore si jeune que j'ai
besoin de me regarder au miroir pour m'assurer que je n'ai plus vingt
ans. Profitons donc de cette chaleur qui me reste et que les infirmités
de l'âge peuvent détruire d'un moment à l'autre, pour raconter quelques
faits d'une vie agitée, mais bien moins malheureuse, peut-être, par les
événements dont le public a été instruit, que par les peines secrètes
dont je ne devais compte qu'à Dieu.