Je vous ai acheté un voile bleu avant de quitter Londres. Je voulais
vous écrire; mais mon ministre m'avait accablé de commissions, et
c'eût été de la charité de votre part que de venir m'aider à m'en
acquitter. J'ai choisi des robes, des chapeaux et des rubans, tout cela
le plus fantastique que j'ai pu. Je crains que les chiens de France
ne courent après les infortunées qui porteront ces belles choses de
mon choix; je suis fâché de vous voir si opposée à une excursion en
Angleterre, pendant que j'y suis. Cela ne vous plaît pas. Vous sentez
bien qu'il n'y a pas de bruyères et de montagnes que je ne quitte avec
empressement pour vous voir avant votre départ. Qu'il nous reste au
moins un souvenir heureux en nous quittant pour si longtemps. . . . . .
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J'ai mené depuis huit jours une vie à rendre poussif un cheval pur
sang, le jour en courses, _shopping and visiting_; le soir dînant en
ville chez les aristos, où je trouvais toujours les mêmes plats et
presque les mêmes visages. Je ne me rappelais guère les noms de mes
hôtes, et, quand ils ont des cravates blanches et des habits noirs,
je trouve que tous les Anglais se ressemblent. Nous sommes ici fort
détestés et encore plus craints. Rien n'est plus drôle que la peur
que l'on a de nous et qu'on ne prend pas la peine de dissimuler. Les
volontaires sont encore plus bêtes que la garde nationale ne l'était
chez nous en 1830, parce qu'on apporte à tout dans ce pays-ci un air
sérieux qu'on n'a pas ailleurs. Je connais un fort galant homme de
soixante-seize ans, qui fait l'exercice tous les jours en culotte
de zouave. Le ministère est très-faible et ne sait ce qu'il veut,
l'opposition ne le sait pas davantage. Mais grands et petits sont
d'accord pour croire que nous avons envie de tout annexer. En même
temps, il n'y a personne qui ne sente qu'une guerre serait impossible
tant qu'il ne sera pas question d'annexer les trois royaumes. Je n'ai
pas été très-content de la lettre de l'empereur à M. de Persigny. Il
me semble que mieux aurait valu ne rien dire du tout, ou leur dire
seulement ce que je leur répète tous les soirs, c'est qu'ils sont
bien bêtes. Je vous conseille de me répondre au plus vite, car je
suis fort mélancolique et j'ai besoin de consolations. Je retourne
à Londres lundi prochain. Ãcrivez-moi: 18, _Arlington street_, chez
M. Ellice. Je n'y resterai pas longtemps et j'irai tout de suite je
crois à Glenquoich, avec lui.--Cette ville-ci est très-jolie. Il n'y a
pas trop de fumée et on voit partout des collines couvertes d'herbes
et d'arbres. Il n'y fait pas trop froid. J'y suis chez des amis gens
d'esprit, et il y a des bains qui me font du bien. Adieu. . . . . .
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