NAPOLÉON RAMÈNE L'ARMÉE SUR LA SEINE.--COMBAT D'ARCIS.

(Du 16 au 21 mars.)

Napoléon trouve dans la lecture de ses dépêches des renseignements qui

lui permettent de jeter un regard autour de lui.

Au nord, le général Maison continue de manoeuvrer entre Tournay, Lille

et Courtray, et contient l'ennemi.

Le général Carnot est resté maître de la campagne d'Anvers, et tient les

Anglais à distance. Ceux-ci, après avoir échoué dans la tentative d'un

bombardement dont notre flotte était le point de mire, viennent

d'éprouver un échec plus sanglant.

Leur général, Graham, avait des intelligences dans Berg-Op-Zoom; la nuit

du 8 au 9 mars, ses troupes surprennent l'entrée d'une porte; quatre

mille Anglais pénètrent dans la place; ils s'en croient maîtres: mais la

présence d'esprit du général Bizannet retourne le péril contre ceux qui

l'ont apporté: il rallie ses troupes, marche aux Anglais, les surprend

dans l'hésitation de la nuit, les chasse de rue en rue, les accule aux

portes qui se sont refermées sur eux; et tout ce qui est entré dans la

place y demeure mort ou prisonnier. Bayard n'aurait pas mieux fait!

Du côté de Lyon l'horizon s'est rembruni. Le duc de Castiglione, au lieu

de remonter la Saône, et de se porter franchement sur Vesoul, s'est

amusé à guerroyer avec le général Bubna, qu'il a renfermé dans Genève;

mais tandis qu'il avait son quartier général à Lons-le-Saulnier, les

généraux Hesse-Hombourg et Bianchi, détachés de la grande armée

autrichienne, arrivaient à marche forcée sur Dijon, pour occuper les

routes de la Saône, et préserver les alliés de la plus dangereuse

diversion qu'ils eussent à redouter.

Augereau surpris s'est vu forcé de faire une contre-marche vers eux. Le

7 mars, il a abandonné le pays de Gex et la Franche-Comté. Ses illusions

à l'égard de Bubna, qu'il croyait son seul ennemi, sont dissipées: mais

il est trop tard. Il a manqué l'occasion de sauver la France. Ses

efforts vont se borner à couvrir Lyon; et, dès ce moment, il cesse de

peser dans la balance des grands événements de la campagne. Napoléon se

décide à remplacer Augereau par un général plus actif et plus

entreprenant. Il jette d'abord les yeux sur son frère Jérôme; mais, pour

inspirer confiance aux troupes, il faut un général dont la réputation

soit populaire, et Napoléon arrête définitivement son choix sur le

maréchal Suchet.

Au pied des Pyrénées, tout annonce de la part de l'armée et de son chef

un dévouement qui semble défier même les revers. Le maréchal Soult,

après avoir tenu en échec, pendant près de deux mois, toutes les forces

de Wellington devant Bayonne, a dû abandonner la ligne de l'Adour. Il y

a été forcé le 27 février par la perte de la bataille d'Orthez. Sa

retraite se fait sur Toulouse dans un ordre admirable; et déjà le 2

mars, au combat de Tarbes, il vient de prendre sa revanche en taillant

en pièces les troupes portugaises du général d'Acosta. Mais cette brave

armée est affaiblie par les renforts qu'elle ne cesse d'envoyer sur

Paris; Bayonne est donc abandonnée à ses propres forces, et le chemin de

Bordeaux est ouvert.

A Paris, l'on tremble encore une fois. Les ducs de Tarente et de Reggio

n'ont pu conserver Troyes; ils l'ont évacué le 4 mars. Ils ont ensuite

essayé d'arrêter l'ennemi au passage de la Seine à Nogent: «Mais l'armée

de Schwartzenberg, écrivent-ils, s'avance avec assurance, et ils

prévoient qu'ils vont être forcés à continuer leur retraite.»

Les progrès de l'ennemi, par tant de routes différentes, commencent à

donner de la consistance aux espérances de la maison de Bourbon. Le duc

d'Angoulême étend ses intelligences jusqu'à Bordeaux et dans tout le

midi; M. le comte d'Artois se fait voir dans la Franche-Comté et la

Bourgogne.

On a signalé ses agents dans Paris [...] et les amis de la dynastie

impériale en ont pris l'alarme. Le prince Joseph, pour conjurer l'orage,

a risqué de donner à l'impératrice le conseil d'écrire secrètement à son

père; mais cette princesse s'est refusée à faire une pareille démarche

sans l'aveu de Napoléon.

La tentative du prince Joseph suffirait seule pour faire entrevoir à

Napoléon à quelles inquiétudes on s'abandonne. Décidé à combattre à

outrance, il n'a plus de temps à perdre; il veut porter un coup décisif,

et ce ne peut être qu'en risquant le tout pour le tout.

Il faut d'abord sauver Paris; l'ennemi peut y être le 20. C'est donc sur

Schwartzenberg qu'il faut marcher. Mais on a besoin d'un avantage

signalé, et ce n'est pas en attaquant de front qu'on pourra l'obtenir;

l'armée française est maintenant trop peu nombreuse: c'est en queue

qu'il faut aller prendre les Autrichiens. Cette manoeuvre offre la

chance de jeter le désordre dans l'arrière-garde ennemie, de faire des

prises importantes, de déranger les combinaisons de l'attaque

principale, et de placer les souverains alliés au coeur de la France

dans une position faite pour les inquiéter. Au pis aller, notre retraite

pourra toujours se faire sur les places de la Lorraine.

On suppose Schwartzenberg arrivé à Nogent. Pour déboucher sur le dos de

l'ennemi, l'armée française va donc se diriger sur Épernay,

Fère-Champenoise et Méry. Le corps du prince de la Moskowa, qu'il avait

été question de détacher en partisan sur la Lorraine, suspendra

l'exécution de ce plan pour venir prendre part aux efforts que toutes

nos forces réunies vont encore risquer. Ce corps d'armée suivra la

grande route de Châlons à Troyes, et gagnera l'Aube; le rendez-vous est

sur les bords de cette rivière.

Mais, pendant le mouvement, Paris va se trouver découvert. Déjà Blücher

pousse des partis sur Compiègne. L'impératrice et le roi de Rome

resteront-ils exposés à être renfermés dans la capitale, sous

l'influence des ennemis du dedans et du dehors? Napoléon veut avant tout

assurer la liberté de sa femme et de son fils. Il enjoint au prince

Joseph de les faire partir de Paris, à la moindre apparence de danger,

et de les envoyer avec les ministres sur la Loire.

En même temps Napoléon écrit à son plénipotentiaire à Châtillon, et,

dans ce dernier moment de la crise, il n'hésite plus sur les

concessions, quelles qu'elles puissent être, pourvu que l'évacuation

immédiate du territoire soit la première conséquence du traité. Les

dépêches sont expédiées par triplicata. Deux courriers partent ainsi que

M. Frochot, auditeur au conseil d'état, qui, né à Châtillon, connaît les

localités et doit plus facilement qu'un autre franchir les obstacles qui

peuvent retarder sa marche[36].

[Note 36: Voir la dépêche de Reims, du 17 mars, au supplément de la

seconde partie, nº 35.]

Toutes ces dispositions faites, l'armée se met en route le 17 au matin.

On ne laisse à Reims que le corps d'armée du duc de Raguse. Il doit

s'entendre avec le duc de Trévise pour disputer pied à pied le chemin de

la capitale aux masses de Prussiens, de Russes et de Suédois qui vont

les déborder.

Napoléon arrive de bonne heure à Épernay. Il descend chez M. Moitte,

maire de la ville. C'est là qu'il apprend les événements de Bordeaux.

Les Anglais y sont entrés; ils y ont été appelés par le maire lui-même,

par le comte de Lynch. D'abord les propositions de ce maire ont étonné

l'ennemi, qui a hésité à s'y confier. Les gazettes[37] retentissaient

encore de ses protestations de dévouement à Napoléon, et Wellington lui

faisait l'honneur de craindre un piége dans sa double conduite; mais le

duc d'Angoulême avait été entièrement rassuré à cet égard par les

missions de M. de la Roche-Jacquelin, qui, depuis quelques jours, allait

de Bordeaux chez le prince, et de chez le prince à Bordeaux.

[Note 37: En novembre, le comte de Lynch, accouru au pied du trône pour

y donner de nouveaux gages de sa fidélité, s'écriait: «Napoléon a tout

fait pour les Français; les Français feront tout pour lui.» (Voyez le

Moniteur du 28 novembre 1813.) Et le 29 février, en remettant les

drapeaux de la garde nationale de Bordeaux, il n'avait parlé à ses

administrés que de leurs devoirs «envers leur auguste souverain, dont

tous les soins avaient pour but de conquérir une honorable paix.» Il

avait traité de _téméraires les alliés, qui cherchaient à envahir notre

territoire_; et si le danger s'approchait de Bordeaux, «il promettait de

donner l'exemple du dévouement.» (Voyez le Moniteur du 6 mars 1814.) Il

est remarquable que c'est à ce même comte de Lynch qu'on a cru devoir

donner le premier cordon de la Légion-d'Honneur qui ait été distribué

après la restauration.]

Wellington, cédant aux instances du duc d'Angoulême, avait donc consenti

à détacher la division du général Béresford pour donner aux partisans de

la maison de Bourbon l'appui qu'ils réclamaient; et ceux-ci, dès qu'ils

s'étaient vus protégés par les baïonnettes anglaises, avaient proclamé

Louis XVIII. Cette résolution avait eu lieu le 12 mars. Le duc

d'Angoulême était attendu a Bordeaux pour y faire son entrée.

Cette défection n'étonne pas Napoléon; il semble s'attendre à de plus

douloureuses épreuves!

Les bons habitants d'Épernay avaient défoncé leurs cachettes pour faire

accueil à l'armée: pendant quelques heures, le vin de Champagne fait

oublier aux soldats leurs fatigues, et aux généraux leurs inquiétudes!

Le 18, l'armée continue sa marche vers l'Aube. On suit la lisière qui

sépare la Champagne de la Brie, et l'on s'arrête à Fère-Champenoise pour

y passer la nuit.

Dans la soirée, Rumigny arrive de Châtillon. Il annonce à Napoléon que

les temporisations diplomatiques touchent à leur terme. Les

plénipotentiaires des alliés, n'ayant plus d'inquiétude pour Blücher,

ont renfermé aussitôt le duc de Vicence dans un délai de trois jours

pour souscrire aux conditions proposées: pressé de cette façon, le

plénipotentiaire de France a remis le 15 un contre-projet; mais dans une

pareille démarche, et surtout lorsqu'il ne s'agit que de cessions et

d'humiliations, le duc de Vicence n'est pas homme à avoir dépassé ses

pouvoirs; il est donc probable que son contre-projet, quelque modéré

qu'il puisse être, va devenir le signal de la rupture. Tandis que nos

derniers courriers font mille détours au gré des caprices des

commandants de troupes alliées, le délai fatal doit avoir expiré: ainsi

le sort en est jeté.

La sensation qu'en d'autres temps cette nouvelle aurait pu faire va se

perdre dans la gravité des événements qui surviennent presque aussitôt.

Les renseignements que Napoléon reçoit sur l'ennemi sont de nature à le

faire persister dans sa marche sur Méry.

Schwartzenberg avait ces jours derniers son quartier général à Pont; il

y a passé la nuit du 13 au 14. Il paraît être en pleine marche sur

Paris; son avant-garde, commandée par Witgenstein, était le 16 à

Provins. Le duc de Tarente et le duc de Reggio ne cessent d'écrire

qu'ils sont poussés sur Paris par toute l'armée autrichienne. Tout

confirme donc Napoléon dans l'espoir qu'il va tomber sur l'arrière-garde

et sur les bagages de l'ennemi.

Le 19 au matin, on se hâte de partir de La Fère-Champenoise pour aller

passer l'Aube à Plancy, et dans la soirée notre avant-garde, débouchant

à travers les cendres de Méry, se retrouve au hameau de Châtres, sur la

grande route de Troyes à Paris. On intercepte des bagages, on culbute

des pontons, on fait quelques prisonniers, on recueille de nouveaux

renseignements, et la véritable situation des choses s'éclaircit.

Napoléon a été trompé par les alarmes de la capitale. Depuis cinq jours,

les ennemis ne marchent plus sur Paris. Ils sont revenus à Troyes; leur

avant-garde s'est en effet avancée jusqu'à Provins, mais le gros de

l'armée autrichienne est resté presque stationnaire pendant tout le

temps qu'a duré l'incertitude des alliés sur les événements de Laon et

de Reims. L'échec éprouvé par Saint-Priest et le séjour de Napoléon à

Reims ont encore ajouté à l'indécision des généraux ennemis. Ils avaient

d'abord fait dire à leur avant-garde de s'arrêter; ils lui avaient

ensuite ordonné de se replier sur Nogent et Villenoxe. La nouvelle que

Napoléon revenait sur la Seine, et qu'il était à Épernay, avait converti

soudain ce premier mouvement en une retraite générale. Platoff, qui

était à Sezanne avec tous ses Cosaques, était revenu le 17 sur Arcis;

les ponts de Nogent avaient été levés précipitamment; le grand quartier

général des alliés s'était replié sur Troyes; les gros bagages avaient

reculé plus loin. Il était même question chez l'ennemi de se retirer

jusqu'à Bar[38]. Les troupes que nous venons de surprendre à Châtres

sont l'arrière-garde de l'arrière-garde; elles appartiennent au corps de

Giulay, et ramènent les derniers bateaux du pont qui avait été jeté à

Nogent.

[Note 38: C'est dans cette terreur panique que l'empereur Alexandre fit

dire, à quatre heures du matin, au général Schwartzenberg qu'il fallait

envoyer un courrier à Châtillon pour qu'on signât le traité de paix que

demanderait le duc de Vicence. (Voyez Wilson sur la Russie, édition de

Paris, de 1817, page 90.) On assure que l'anxiété que l'empereur

Alexandre éprouva à cette époque fut si grande, qu'il disait lui-même

«que la moitié de sa tête en grisonnerait.» (Voyez l'ouvrage de M. de

Beauchamp, page 112, tome II.)]

Ainsi, plus de doutes; la grande armée autrichienne a rétrogradé; Paris

en est délivré, et le retour de Napoléon a suffi pour ce résultats.

Mais ici le succès tourne contre nous; il dérange nos plans, fait venir

l'armée, au pas de course, de Reims jusqu'à Méry, pour frapper sur le

vide, et nous rejette dans le cercle des incertitudes, en imposant à

Napoléon la nécessité d'entreprendre un nouveau système d'opérations. Le

seul avantage qu'on ait obtenu, c'est la jonction avec les corps des

ducs de Tarente et de Reggio. Ces maréchaux arrivent de Villenoxe à

Plancy, croyant suivre les traces de Witgenstein; malgré cette réunion,

nos forces sont encore tellement disproportionnées, qu'il est impossible

de se commettre aux hasards d'une bataille rangée. Les considérations

qui à Reims ont décidé à manoeuvrer sur les derrières de Schwartzenberg

se représentent avec les mêmes probabilités. Napoléon reprend donc son

premier plan. Nous avons tourné trop court en rabattant de

Fère-Champenoise sur Plancy; maintenant, pour nous replacer dans la

direction qui conduit sur les derrières de l'ennemi, nous allons

remonter l'Aube jusqu'à Bar s'il le faut.

Le 20 mars, toute l'armée était donc en marche pour remonter l'Aube: on

arrive de bonne heure à la hauteur d'Arcis. On ne devait pas s'y

arrêter; mais on aperçoit sur la route de Troyes quelques troupes

ennemies: des détachements vont les reconnaître; ils trouvent de la

résistance, l'avant-garde s'engage, le canon gronde. Napoléon accourt,

il appelle successivement toutes ses troupes; les forces de l'ennemi

s'accroissent aussi, mais dans une proportion bien plus forte; et

bientôt Napoléon, qui a eu l'espoir de tomber sur un corps isolé,

reconnaît que c'est l'armée de Schwartzenberg tout entière qu'il a

devant lui.

De nouvelles résolutions chez les alliés avaient amené de nouveaux

hasards.

Au moment où le prince Schwartzenberg se disposait à évacuer Troyes pour

continuer sa retraite, l'empereur Alexandre s'était opposé à ce

mouvement. Un conseil de guerre avait été convoqué dans la nuit, et l'on

avait avisé aux moyens de ne pas toujours reculer devant nos petites

armées. A cet effet, on était convenu de se procurer une masse de forces

telle que le nombre pût désormais l'emporter sur le courage, triompher

des manoeuvres et maîtriser toutes les chances. Le nouveau plan consiste

à réunir en une seule armée les forces immenses de Blücher et de

Schwartzenberg. Toute opération d'attaque ou de retraite doit être

ajournée jusqu'après cette grande concentration. Déjà l'ordre avait été

donné à Blücher de se rapprocher des bords de la Marne; en conséquence,

il n'y a plus qu'à se mettre en marche pour aller au-devant de lui. Le

rendez-vous général est donné dans les plaines de Châlons:

Schwartzenberg s'y rendait par la route d'Arcis.

Combien Napoléon, fatigué de conseils timides et de récits

décourageants, était loin de soupçonner qu'il pût encore intimider ses

ennemis au point de leur inspirer des marches d'une si haute prudence!

En cherchant à manoeuvrer sur leurs flancs, il est tombé dans la

nouvelle direction qu'ils viennent de prendre, et retrouve leur

avant-garde. Cette rencontre est extrêmement critique pour l'armée

française. Napoléon y court personnellement de grands risques. Enveloppé

dans le tourbillon des charges de cavalerie, il ne se dégage qu'en

mettant l'épée à la main. A diverses reprises il combat à la tête de son

escorte; et loin d'éviter les dangers, il semble au contraire les

braver. Un obus tombe à ses pieds; il attend le coup, et bientôt

disparaît dans un nuage de poussière et de fumée: on le croit perdu; il

se relève, se jette sur un autre cheval, et va de nouveau se placer sous

le feu des batteries!... La mort ne veut pas de lui.

Tandis que l'ennemi se développe et forme un demi-cercle qui nous

renferme dans Arcis, l'armée française se rallie sous les murs crénelés

des maisons des faubourgs. La nuit vient la protéger dans cette

position, mais on ne peut espérer de s'y maintenir long-temps; à chaque

instant l'ennemi nous resserre davantage. Les boulets se croisent dans

toutes les directions sur la petite ville d'Arcis; le château de M. de

la Briffe, où se trouve le quartier impérial, en est criblé. Les

faubourgs sont en feu, et nous n'avons qu'un seul pont derrière nous

pour sortir de ce mauvais pas. Napoléon met la nuit à profit; le 21 au

matin, un second pont est jeté sur l'Aube, et le mouvement d'évacuation

commence.

Cependant l'affaire s'est engagée de nouveau sur toute la ligne, et dure

une partie de la journée. On ne combat plus pour la victoire, mais on

fait tête à l'ennemi; on le retient, on l'arrête, quand il pouvait nous

écraser, et l'on repasse l'Aube avec ordre. Les ducs de Tarente et de

Reggio restent les derniers sur la rive gauche[39].

[Note 39: Avant de quitter Arcis, Napoléon envoie deux mille francs de

sa cassette aux soeurs de la charité, pour que, dans ce désastre, elles

aient de quoi pourvoir aux premiers besoins des blessés et des

malheureux. C'est le comte de Turenne qui est chargé de ce message.

Si Napoléon était mort sur le trône, combien de traits semblables,

révélés par la reconnaissance, auraient déjà fatigué l'éloquence des

panégyristes! (_Note de l'éditeur._)]

Cette affaire achève de convaincre l'armée qu'elle est trop faible pour

lutter corps à corps contre les masses de l'ennemi. N'ayant pu leur

barrer le passage de l'Aube, pouvons-nous penser à leur disputer le

chemin de la capitale? Napoléon ne veut point reculer devant

Schwartzenberg jusqu'aux barrières de Charenton. Il abandonne la route

de Paris, et opère sa retraite par les chemins de traverse qui

conduisent du côté de Vitry-le-Français et de la Lorraine.

Manuscrit de mil huit cent quatorze, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon · 第 58 / 126 题